Stress hydrique, baisse des rendements, perte de qualité aromatique : les producteurs tchèques de houblon cherchent à s’adapter aux changements climatiques
Pour mieux faire face à la pénurie d’eau et aux dommages causés aux houblonnières par la sécheresse, l’Institut du houblon de Žatec, dans le nord-ouest de la Bohême, travaille à la sélection d’une variété mieux adaptée aux changements climatiques. Un projet de « houblon résistant » auquel le ministère de l’Agriculture pourrait consacrer jusqu’à 60 millions de couronnes (près de 2,5 millions d’euros).
Que serait la bière tchèque sans son houblon de Žatec ? Que serait la pils tchèque sans son « Žatecký poloraný červeňák », ce noble houblon si aromatique, mieux connu dans les milieux brassicoles du monde entier sous son appellation « Saaz » (nom allemand de la ville de Žatec où, jusqu’à son exil après la guerre en 1945, a vécu une population majoritairement germanophone), qui, depuis plus de 700 ans, est la variété la plus cultivée en Bohême ?
Si ces questions n’ont pas (encore) lieu d’être posées, elles n’en préoccupent pas moins, au fil d’étés désormais régulièrement très chauds et secs, les esprits des producteurs tchèques. Car même si le houblon, grâce à ses racines profondes qui lui permettent d’aller chercher l’humidité dans le sol, peut supporter certains épisodes de sécheresse, il n’en reste pas moins une plante dont les besoins en eau sont particulièrement importants.
Fin août, au bout d’un été météorologique qui a été le deuxième le plus chaud en République tchèque depuis 65 ans, et après un hiver précédent déjà pauvre en précipitations, la Fédération des cultivateurs de houblon de République tchèque (SPCH ČR) a ainsi fait savoir qu’elle s’attendait à ce que la récolte 2026 soit l’une des plus mauvaises de ces dernières années, et ce, tant en termes de rendement que de qualité.
Une baisse, en volume, de l’ordre de 20 à 25 % par rapport à la production moyenne sur le long terme (près de 6 500 tonnes ont été récoltées en République tchèque en 2025, dont environ 75 % dans la région de Žatec) qui s’accompagnera d’une teneur plus faible en acides alpha, ces indispensables composés chimiques qui, lors de l’ébullition du moût, se transforment pour équilibrer la douceur du malt et, ainsi, donner l’amertume à la bière.
« L’eau nous fait cruellement défaut. Le houblon souffre : il fleurit moins bien, produit moins de cônes et, d’après nos analyses, certaines parcelles présentent des taux d’acides alpha plus faibles », confirme Vladimír Lichnovský, vice-président de la SPCH ČR, qui cultive du houblon sur près de 200 hectares, principalement en Moravie.
« Les variétés traditionnelles ne sont pas adaptées à des sécheresses aussi extrêmes. Nous essayons de compenser cela par l’irrigation tout en menant divers projets pour aider ces houblons », complète pour sa part Vladimír Nesvadba, responsable du département de sélection à l’Institut du houblon de Žatec, dans un reportage diffusé par Český rozhlas Sever, la station régionale de Bohême du Nord de la Radio tchèque. « Parallèlement, nous avons lancé un nouveau projet, que nous avons baptisé « Odolchmel » (composé de l’adjectif « odolný » - « résistant » et du substantif « chmel » - « houblon »), et créé des variétés plus résistantes à la sécheresse », ajoute-t-il.
Toujours, selon Vladimír Nesvadba, la variété la plus répandue à l’Institut, le Saaz Shine, est cultivée sur environ dix hectares, tandis que le Saaz Comfort, autre variété issue d’un croisement entre le célèbre « Žatecký poloraný červeňák » (ou Saaz traditionnel) et une autre variété, l’est, lui, sur trois hectares (ces deux variétés, le Shine et le Comfort, ont été enregistrées en 2019).
L’Institut souhaite également mettre au point des variétés plus résistantes encore à l’évolution du climat. « Nous avons déposé un projet complémentaire visant à sélectionner des variétés moins sensibles aux températures élevées, car le constat est que certaines plantes souffrent réellement. Malheureusement, le ministère de l’Agriculture ne l’a pas approuvé », regrette-t-il.
La situation devrait toutefois évoluer dans un proche avenir. Conscient des enjeux dans un pays où le houblon est produit par quelque 120 exploitants sur une surface totale (légèrement en baisse) d’un peu moins de 4 800 hectares (après les États-Unis et l’Allemagne, la République tchèque est le troisième plus grand producteur au monde), et alors que 60 % de cette production est destinée à l’export, le ministre de l’Agriculture, Martin Šebestyán, a récemment annoncé que le gouvernement entendait soutenir ce programme de développement d’un « houblon résistant ».
Concrètement, entre 40 et 60 millions de couronnes pourraient y être consacrés à compter de l’année prochaine. « Nous sommes actuellement en discussion avec les différents instituts de recherche, les organisations professionnelles ainsi que l’Académie des sciences », a-t-il confirmé.
Parallèlement à ce projet scientifique en cours de développement, le ministre a également rappelé le programme de soutien à l’irrigation, des subventions visant à la construction de bassins de rétention et de stations de pompage, et ce, alors que seul un quart des plantations de houblon en République tchèque sont équipées d’un système d’arrosage. « À une échelle locale, certains producteurs s’efforcent également de rapprocher leurs plantations des sources d’eau. Mais le déplacement d’une telle installation agricole temporaire nécessite entre 14 et 18 mois, et nous aimerions accélérer ce processus », a ajouté Martin Šebestyán.




