Il y a 85 ans, le moteur du régime de terreur Reinhard Heydrich arrivait dans le protectorat de Bohême-Moravie
En septembre 1941, tout semblait aller pour le mieux pour l’Allemagne nazie : ses forces armées avançaient à travers l’Union soviétique et l’Europe était aux pieds du Troisième Reich. Pour Hitler, cependant, il était essentiel que les usines d’armement tchèques tournent sans s’arrêter. C’est pourquoi il a alors décidé de remplacer le protecteur en poste, Neurath, par celui qui était considéré comme l’homme le plus intransigeant du régime. Reinhard Heydrich arrive à Prague avec une seule mission : éliminer de sang-froid la résistance tchèque, pacifier la société et préparer le terrain pour la « solution finale » de la question tchèque.
Le 27 septembre 1941, lorsque l’avion transportant Reinhard Heydrich atterrit à l’aéroport de Kbely, peu d’habitants du protectorat de Bohême-Moravie savent de qui il s’agit. Dès le lendemain, son arrivée au château de Prague est accompagnée d’un pompeux défilé militaire au son des hymnes nazis. Bientôt, son nom devient synonyme de terreur.
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Adolf Hitler n’était pas satisfait de son prédécesseur, Konstantin von Neurath : selon lui, son style aristocratique de gouvernement n’était pas efficace face aux sabotages et à la résistance tchèque. Pourtant, la machine de guerre allemande dépendait cruellement des performances de l’industrie de l’armement tchèque. A l’inverse, le technocrate froidement avide de pouvoir Reinhard Heydrich était un homme dépourvu d’émotions personnelles, ce qui le rendait d’autant plus efficace.
La loi martiale et l’exécution des élites
Heydrich ne perd pas son temps : e jour même de son arrivée, il fait arrêter le président du gouvernement, le général Alois Eliáš, qui a des liens avec la résistance aussi bien intérieure qu’à l’étranger. Puis il proclame la moi martiale.
Plutôt que de mettre en place une germanisation sur le long terme, le nouveau protecteur choisit l’intimidation immédiate. Les cours martiales nazies condamnent les gens à mort en quelques minutes seulement. Sa stratégie vise les piliers de la nation : des pelotons d’exécution éliminent les principaux représentants du groupe de résistants Défense de la Nation (Obrana národa) ; sont arrêtés et exécutés des représentants du mouvement patriotique Sokol, des scouts, des professeurs et des responsables de collectivités locales. Heydrich interdit les activités du Sokol, et plus de 1500 de ses membres sont envoyés dans des camps de concentration.
L’ampleur des répressions paralyse également les responsables politiques du protectorat. Après l’arrivée d’Heydrich, le président Emil Hácha et le gouvernement renoncent à toute forme de résistance, devenant de simples marionnettes dans les mains des occupants.
Le bâton pour l’intelligentsia, la carotte pour les ouvriers
Toutefois, Heydrich emploie une stratégie à deux poids, deux mesures. Alors que l’intelligentsia et la résistance sont éliminées sans aucune pitié, les ouvriers de l’armement et de l’industrie lourde bénéficient d’une approche plus pragmatique. Heydrich prône le slogan selon lequel l’ouvrier tchèque doit être nourri pour pouvoir fabriquer des armes pour la Wehrmacht.
Ainsi, alors que le pays souffre d’une pénurie générale avec un régime de rationnement, les ouvriers bénéficient de rations de denrées alimentaires, de matières grasses et d’alcool plus élevées ; de plus, ils ont la possibilité de profiter de cures thermales. Un calcul social qui permet à Heydrich de pacifier une partie de la société et d’assurer la continuité de la production d’armement.
Vers l’opération Anthropoid
Néanmoins, si le réseau de résistants dans le pays est soumis à une pression énorme et que nombre de ses figures clés sont éliminées ou arrêtées, la répression suscite une réaction à l’étranger.
Les informations faisant état d’exécutions massives de patriotes tchèques indignent le gouvernement tchécoslovaque en exil à Londres. Quelques jours seulement après l’arrivée au pouvoir de Heydrich, un plan visant à l’éliminer commence à prendre forme. La détermination des résistants restés au pays associée à un commando parachuté depuis la Grande-Bretagne aboutira finalement, le 27 mai 1942, à l’opération Anthropoid, un attentat qui réécrira l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et mettra définitivement fin à la validité de l’accord de Munich après la guerre.





