En Tchéquie, même s'il y a du travail, près de 20 % des immigrés sont menacés de pauvreté

L’économie tchèque a beau avoir toujours besoin d’une importante main-d’œuvre, près d’un ressortissant étranger sur cinq séjournant en République tchèque est menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale, selon le rapport annuel de la branche nationale du Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN) Powerty Watch, dont les résultats pour 2026 ont été présentés par ses auteurs, mardi 10 octobre.

Si la pauvreté représente depuis déjà quelques années une menace toujours un peu plus concrète pour un nombre croissant de Tchèques, et notamment les familles monoparentales, en raison, entre autres, de la pénurie de logements abordables, d’un niveau de rémunération insuffisant pour beaucoup d’employés ou encore de l’augmentation des inégalités, les ressortissants étrangers n’en restent pas moins la tranche de la population la plus concernée, en nombre, par un manque de ressources financières ou matérielles les empêchant de subvenir à leurs besoins de base.

La situation précaire de beaucoup d’entre eux sur un marché du travail qui se caractérise certes par un taux de chômage structurellement parmi les plus bas de l’Union européenne mais aussi par sa forte libéralisation et flexibilité, de faibles revenus ou encore une maîtrise limitée de la langue tchèque constituent les principaux obstacles à une meilleure intégration dans leur pays d’accueil, selon le rapport en question, dont les auteurs recommandent l’adoption de diverses mesures pour réduire l’exploitation au travail, simplifier les démarches administratives et réformer le système des prestations sociales.

« Le statut des migrants et le caractère sûr ou précaire de leur séjour sont des éléments clés. Quel est leur accès au marché du travail ? Quel y est leur niveau de protection ? De quelle couverture sociale bénéficient-ils ? », a expliqué Andrea Krchová, du Consortium des organisations travaillant avec les migrants.

Photo illustrative: Martin Pařízek,  ČRo

Selon les données du ministère de l’Intérieur, 1,15 million de ressortissants étrangers résidaient légalement en République tchèque à la fin du mois de septembre. Parmi eux, 391 700 étaient des réfugiés ukrainiens bénéficiant du régime de protection temporaire. 413 800 étrangers, hommes et femmes, disposaient d’un titre de séjour permanent, tandis que 342 000 autres séjournaient en dans le pays à titre temporaire.

Autrement dit, ces ressortissants étrangers représentent environ un dixième de la population tchèque. « Bien qu’ils constituent une ressource essentielle pour l’économie tchèque, leur accès à un emploi stable, au système de sécurité sociale, aux soins de santé et au logement est inégal. L’environement législatif et social tchèque marginalise ainsi, par nature, certains groupes de migrants et les expose à un risque nettement plus élevé de pauvreté et d’isolement social », indique le rapport.

Comme le montre l’exemple des travailleurs philippins, que nous avions récemment évoqué sur RPI, les travailleurs étrangers occupent principalement des emplois non qualifiés et faiblement rémunérés. Dépendant pour un certain nombre d’entre eux d’intermédiaires et d’agences, méfiant aussi à l’égard des autorités tchèques, ils exercent souvent des professions nettement en deçà de leurs compétences et de leur niveau de qualification, à la fois en raison de la barrière linguistique et des difficultés liées à la reconnaissance de leurs diplômes. Autant de raisons qui, selon les experts et les organisations s’efforcant de les accompagner et de les aider sur le terrain, compliquent leur intégration sociale et favorise le phénomène d’exclusion.

Plus concrètement, environ un dixième de la population en République tchèque est menacée par la pauvreté et l’exclusion. Parmi les migrants, 18 % sont concernés, soit quelque 210 000 personnes, dont environ 180 000 proviennent de pays tiers de l’Union européenne.

Par ailleurs, les observations sur le terrain et les études montrent que la situation est en réalité plus grave à l’échelle de l’ensemble de la population et que la pauvreté est plus particulièremeent répandue parmi les personnes venues de l’étranger. « Nous estimons que plus d’un tiers des migrants se trouvent en situation de pauvreté relative en termes de revenus. Cette situation touche dans une moindre mesure les ressortissants de l’UE (environ 26 %) et 40 % des migrants issus de pays tiers. Les réfugiés ukrainiens constituent le groupe le plus vulnérable », souligne également le rapport.