A Postoloprty, la découverte de restes humains ravive la mémoire autour du massacre de civils allemands en 1945

La découverte de restes humains sur le chantier à Postoloprty

Plus de 80 ans après les faits, la justice tchèque s’intéresse à nouveau au massacre de civils allemands commis à la fin de la Seconde Guerre mondiale à Postoloprty, dans le nord-ouest de la Bohême. La découverte de restes humains sur le chantier d’un futur quartier résidentiel, à l’emplacement d’anciennes casernes, pourrait permettre de retrouver des victimes dont les corps n’ont jamais été identifiés.

Photo: Anna Kubišta,  Radio Prague Int.

« A toutes les victimes innocentes des événements de Postoloprty en mai et juin 1945 ». Sur un mur du cimetière de Postoloprty, une plaque discrète affiche un message dont l’euphémisme dissimule l’un des plus grands massacres de civils allemands des Sudètes sur le territoire tchèque. Installée en 2010 seulement, elle témoigne de la difficulté à trouver un consensus sur cette période post-Libération.

La marche étudiante reliant Postoloprty à Žatec | Photo: Daniela Honigmann,  Radio Prague Int.

Pourtant, en juin dernier, des bénévoles ont déposé dans le cimetière près d’un millier de pierres blanches portant les noms de victimes allemandes, afin de leur rendre une identité. Cette initiative s’inscrit dans un travail de mémoire plus large, mené depuis cinq ans dans la région, notamment à travers une marche étudiante reliant Postoloprty à Žatec, où des centaines de civils allemands ont été victimes des violences de l’après-guerre. Organisée chaque année, cette marche entend transmettre aux jeunes générations l’histoire de ces événements longtemps passés sous silence.

En effet, dans les derniers jours de mai et au début du mois de juin 1945, des centaines d’hommes, mais aussi d’autres habitants de langue allemande, ont été arrêtés, détenus puis exécutés. Les victimes de ces représailles étaient originaires de Postoloprty même, mais aussi de la ville voisine de Žatec et des communes environnantes.

Photo: ČT

Après six ans d’occupation de la Tchécoslovaquie par les nazis, les violences se déroulent dans un climat de vengeance, alors que la guerre vient de prendre fin et que la population tchécoslovaque porte encore les stigmates de la répression allemande. Des gardes révolutionnaires, des militaires et des policiers participent aux exécutions tandis que les casernes servent de lieu de rassemblement et de détention pour des milliers de personnes germanophones.

La découverte de restes humains sur le chantier à Postoloprty | Photo: ČT

C’est à la faveur de travaux de construction dans l’enceinte de ces anciennes casernes de Postoloprty que, début octobre, des ossements ont été mis au jour. Une partie du chantier a été interrompue afin de permettre aux archéologues d’examiner les lieux. Selon les premières informations rapportées par le Fonds Postoloprty et le site Aktualně.cz, les vestiges pourraient être liés à ces violences de mai et juin 1945, mais leur origine doit encore être établie.

Le parquet général de Prague s’est saisi du dossier, tandis que les autorités étudient les suites à donner à cette découverte. Les spécialistes doivent toutefois déterminer l’ancienneté des restes humains et établir s’ils appartiennent effectivement à des victimes du massacre, car la présence d’ossements sur un site associé aux exécutions ne suffit pas à elle seule à confirmer leur origine.

Les casernes de Postoloprty | Photo: ČT

Au printemps 1945, le sort des hommes a été particulièrement tragique : selon des témoignages historiques, des habitants de la commune et des environs, âgés de 13 à 65 ans, ont été arrêtés et plusieurs centaines d’entre eux exécutés. Des fosses communes ont ensuite été creusées, notamment près d’une école. Quant aux femmes, enfants et personnes âgées, tous ont été pour la plupart internés avant d’être expulsés vers l’Allemagne.

Exhumation des fosses communes à Postoloprty après la guerre | Photo: ČT

Les exhumations réalisées deux ans plus tard ont permis de retrouver les corps de 763 victimes. Toutefois, les estimations historiques évoquent un nombre bien supérieur, pouvant atteindre plusieurs milliers de morts. Une commission parlementaire constituée en 1947 avait, après enquête, avancé un total de 2 300 victimes, mais sans qu’aucun bilan définitif n’ait jamais pu être établi.

Après la chute du régime communiste en 1989, le massacre de Postoloprty a fait l’objet de nouvelles investigations, sans que les procédures n’aient permis d’aboutir à des condamnations, essentiellement en raison des difficultés à établir les responsabilités individuelles, plusieurs décennies après les faits.

Postoloprty | Photo: Jana Vitásková,  ČRo

81 ans après les faits, visiter Postoloprty est une expérience en soi : l’ancienne Postelberg, d’où est originaire l’arrière-grand-père paternel de Karl Marx, semble porter encore aujourd’hui les traces d’un passé qui ne passe pas. La traditionnelle place centrale des communes tchèques, avec son église et sa colonne baroque, contraste avec les façades parfois au crépi effrité, parfois aux couleurs criardes, des rues environnantes ou le château en ruines, envahi par la végétation. Dans cette commune cohabitent aujourd’hui les descendants de certaines victimes et de certains responsables du massacre.

Le château de Postoloprty | Photo: Anna Kubišta,  Radio Prague Int.

Au-delà de ce décor, c’est aussi toute la difficulté à assumer cet héritage historique qu’on perçoit de manière diffuse, dans une ville marquée successivement par l’occupation nazie, les violences de l’après-guerre et des décennies de régime communiste : autant de strates historiques qui ont laissé leur empreinte sur les lieux comme sur les mémoires.

C’est dans ce contexte très particulier que s’inscrit la découverte des restes humains à Postoloprty. Pendant longtemps, la reconnaissance publique des victimes allemandes s’est heurtée aux réticences d’une société tchèque marquée par l’occupation, les crimes commis au nom du régime nazi et la propagande communiste. Rappelons que pas plus tard qu’au printemps dernier, la tenue du congrès des Allemands des Sudètes à Brno dans le cadre d’un festival de la réconciliation, une première en Tchéquie, a suscité des passions – largement alimentées par l’extrême droite tchèque…

Cette découverte rappelle ainsi que l’histoire du massacre n’est pas entièrement éclaircie. Si leur lien avec les événements de 1945 est confirmé, les recherches pourraient contribuer à préciser le nombre de victimes et à mieux documenter leur destin.

Des noms des Allemands tués à Postoloprty | Photo: ČT
Auteur: Anna Kubišta | Source: Aktuálně.cz
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