À Brno, le « retour » réussi des Allemands des Sudètes sur le sol tchèque
C’est par une cérémonie en hommage aux victimes du nazisme que s’est achevé, ce lundi à Brno, le congrès des Allemands des Sudètes, premier rassemblement du genre à s’être tenu sur le sol tchèque. Cinq jours durant, et malgré des manifestations d’opposants et de nationalistes tchèques, des descendants des plus de deux millions de personnes issues de la minorité germanophone qui ont été exclues de l’ancienne Tchécoslovaquie ont célébré le rapprochement avec les Tchèques. Un moment que Markus Söder, le ministre-président de Bavière, a qualifié « d’historique ».
« Na zdraví - Prost ! » Comme Bernd Posselt, chef de l’Association des Allemands des Sudètes (SdL), dont le congrès annuel, pour la première fois depuis la fin de la guerre, s’est tenu en dehors de l’Allemagne, Allemands et Tchèques réunis à Brno ont souvent trinqué au nom de l’amitié difficilement restaurée entre anciens compatriotes devenus voisins après la Deuxième Guerre mondiale.
Des voisins qui, longtemps, se sont d’abord profondément haïs avant de se regarder essentiellement en chiens de faïence, puis d’apprendre malgré tout, au fil du temps qui passe, à mieux se connaître pour finalement entretenir une relation plus saine et « normale » dans l’Europe du XXIe siècle.
Un peu plus de 80 ans après l’expulsion de plus de deux millions de personnes issues de la minorité germanophone qui vivaient dans les régions limitrophes de l’ancienne Tchécoslovaquie, la capitale de la Moravie a été le théâtre, tout au long du week-end écoulé, d’un rassemblement que beaucoup de ses participants ont qualifié « d’historique ».
Les Allemands des Sudètes, plus concrètement quelques derniers survivants des événements tragiques de 1945 et 1946 et leurs descendants, étaient donc de retour en République tchèque, pays d’origine de leurs ancêtres, et c’était indéniablement pour la bonne cause, comme s’en est félicité le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, présent à Brno samedi :
« J’ai rencontré ici des gens de tous âges, mais surtout beaucoup de jeunes, pour qui la réconciliation est tout simplement la priorité. Il ne faut certes pas ignorer les autres aspects qui ont entouré ce congrès, notamment les manifestations, mais il ne faut pas non plus les placer au centre du débat politique. »
Si le président tchèque Petr Pavel et son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier ont eux aussi salué le chemin parcouru par leurs deux pays sur la voie de la compréhension, du respect et du partenariat depuis la fin de la guerre en publiant une déclaration commune dès vendredi pour l’ouverture du congrès, la tenue de celui-ci sur le sol tchèque, en marge d’un festival local appelé « Meeting Brno », n’a cependant pas plu non plus à tout le monde.
Mobilisant pour la plupart d'entre elles tout au plus quelques centaines d’opposants, plusieurs manifestations se sont ainsi également tenues parallèlement au congrès. Le principal incident aura été, samedi matin, la découverte de croix gammées peintes pendant la nuit sur le mémorial Pohořelice, point de départ de la traditionnelle Marche de réconciliation menant jusqu’à Brno.
Une marche à laquelle ont cette année également participé quelques Allemands, comme Kathrin, randonneuse d’une cinquantaine d’années :
« Nous avons une histoire commune et nous personnellement faisons partie de ceux sur qui l’on compte pour que nous ayons aussi un futur commun au sein de l’Europe. Nous savons parfaitement tout le mal et tous les torts que le nationalisme a pu causé et peut encore causer, et c’est précisément la raison pour laquelle nous sommes ici aujourd’hui. »
En plus, donc, d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire des relations tchéco-allemandes, comme s’en est félicité le vice-président de la SdL, Steffen Hörtler, dimanche, lors de la « grande assemblée » qui en constitue traditionnellement le point d’orgue, ce congrès à Brno a aussi confirmé que le temps avait fait, et continuait de faire, son œuvre.
Preuve supplémentaire de ce rapprochement, si besoin encore en était, ce lundi, avant de quitter la Moravie, Bernd Posselt a même évoqué l’idée que ce congrès des Allemands des Sudètes pourrait à l’avenir être organisé alternativement en Bavière et en République tchèque. Une perspective que ne verrait pas d’un mauvais œil non plus Jan Grolich, le président chrétien-démocrate de la région de Moravie du Sud :
« J’ai entendu dire cela, et compte tenu de la façon dont les choses se sont déroulées tout au long du week-end, je pense même pouvoir dire qu’il s’agit d’une évolution naturelle. Nous ne voulons pas refaire ou réécrire l’histoire, mais montrer la véritable force de la vérité et de l’amour, qui mènent à la réconciliation, à l’amitié et à la liberté. Les protestations ont été marginales, ce qui démontre de très belle manière le chemin que nous avons parcouru en tant que société. Nous avons dépassé ce sujet, et j’en suis extrêmement heureux. »






