Il y a cent ans naissait Mikuláš Medek, un peintre que le régime a essayé de faire taire
Mikuláš Medek est l’un des grands noms de l’art tchèque d’après-guerre. Créant en dépit des interdictions du régime communiste, son œuvre figure aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre de la peinture moderne tchèque. L’exposition Zákazu navzdory (« En dépit de l’interdiction ») et une monographie rétrospective en préparation rappellent cet anniversaire.
Une exposition qui a constitué un tournant de l’histoire
Pendant l’été 1963, un événement presque inconcevable dans la Tchécoslovaquie communiste a lieu à Teplice, dans la région d’Ústí nad Labem : le peintre Mikuláš Medek et le sculpteur Jan Koblasa organisent une exposition d’art abstrait, une forme d’expression que la politique culturelle officielle considère comme indésirable.
En effet, les œuvres alors exposées sur le site du manège du château local sont caractérisées par une urgence existentielle et une audace formelle qui contrastent radicalement avec les exigences du réalisme socialiste. Aujourd’hui, les historiens de l’art estiment que cette exposition a constitué une rupture dans l’histoire de l’après-guerre dans le pays. Les œuvres exposées ont vu le jour pendant une période de relâchement politique qui n’a cependant pas duré bien longtemps.
C’est cet événement que rappelle actuellement et jusqu’au 17 janvier 2027 l’exposition Zákazu navzdory au musée Kampa. A travers les œuvres de Mikuláš Medek et de Jan Koblasa ainsi que de documents d’époque, les visiteurs découvrent le fugace moment où l’art moderne tchèque est parvenu à se libérer des limitations idéologiques.
Le peintre du malaise, de la douleur et de la foi
Mikuláš Medek est né le 3 novembre 1926 à Prague. Pendant sa vie – d’ailleurs relativement courte – il produit une œuvre particulièrement fertile et singulière, qui échappe à toute classification simpliste. Elle va de l’inspiration surréaliste à l’art informel en passant par l’existentialisme. Dans ses dernières années, il revient de façon plus marquée à des motifs figuratifs et spirituels.
Ses tableaux sont empreints de tension, de blessures, de structures en relief et de symboles. Jamais faciles ni faits pour plaire, ils reflètent l’angoisse d’une personne vivant dans un siècle de guerres, de régimes totalitaires et de profondes transformations de la société. C’est justement cette urgence qui fait que l’œuvre de Medek n’a rien perdu de sa force même après plusieurs décennies.
Un artiste à la périphérie de la culture officielle
Même si aujourd’hui, Medek est l’un des peintres tchèques du XXe siècle les plus reconnus, de son vivant, il ne bénéficie pas de cette reconnaissance. Pour le régime communiste, son œuvre est inconvenable d’un point de vue idéologique, et Medek se retrouve régulièrement mis à l’écart de la culture officielle.
Ce n’est que pendant la courte période de relâchement des années 1960 qu’il peut créer de façon plus libre. Néanmoins, ce n’est pas pour autant qu’on lui accorde la visibilité que son œuvre aurait méritée : de son vivant, il n’a droit qu’à deux expositions personnelles à Prague, et bon nombre de ses tableaux sont restés inaccessibles au public pendant longtemps.
Son atelier n’en joue qu’un rôle plus important : il devient un lieu de rencontrer d’artistes, d’écrivains, de photographes et d’historiens de l’art. Alors que la culture indépendante est sous surveillance constante, c’est un îlot de liberté artistique.
Une importance reconnue après sa mort
En 1974, lorsque Mikuláš Medek décède à l’âge de 47 ans, il fait davantage partie des figures respectées mais peu connues de la scène artistique que des personnalités fameuses auprès du grand public. Ce n’est qu’après la chute du régime communiste qu’il est véritablement reconnu à sa juste valeur.
Aujourd’hui, ses tableaux font partie des grandes collections d’art et sont régulièrement exposés en Tchéquie et à l’étranger. A l’occasion du centenaire de sa naissance, la Fondation Emila et Mikuláš Medkovi a par ailleurs préparé la première monographie exhaustive et un catalogue de son œuvre picturale, dont la parution est prévue en 2026.
Cent ans après sa naissance, Mikuláš Medek reste donc l’une des personnalités clés de la scène artistique moderne tchèque, un peintre qui n’a cessé de créer en dépit des interdictions et des obstacles, et qui est parvenu à survivre à l’époque qui voulait le mettre à l’écart.
Medek et sa famille
Mikuláš Medek venait d’un milieu familial tout sauf banal. Il était le petit-fils du peintre Antonín Slavíček, le fils de l’écrivain, légionnaire et général Rudolf Medek, et le frère d’Ivan Medek, journaliste puis chancelier du président Václav Havel. Son épouse était la célèbre photographe Emila Medková. Par l’intermédiaire de la famille Slavíček, il était en outre apparenté à la famille Masaryk ainsi qu’à plusieurs personnalités marquantes de l’histoire de l’art tchèque.




