Le retour de Mikulas Medek

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140 tableaux et 40 estampes du peintre Mikulas Medek sont réunis actuellement à la Galerie Rudolfinum, à Prague. C'est pour la première fois, qu'on a l'occasion de voir à Prague un tel ensemble d'oeuvres du peintre que certains critiques comparent à un Dubuffet ou à un Tapies. Parmi de nombreux Pragois, qui ont visité cette exposition, il y a eu aussi notre collègue Vaclav Richter.

"Entre la tragédie et le grotesque noir" - tel était le domaine de ce peintre dont le langage artistique prenait source dans le surréalisme, et qui a évolué vers une expression originale à la limite de l'abstraction. Il n'a vécu que 48 ans, mais l'ampleur de son oeuvre est considérable. Artiste exceptionnel, il est né, en 1926, dans une famille exceptionnelle. Son père était écrivain et général de l'armée tchécoslovaque, sa mère était la petite fille du peintre Antonin Slavicek, roi des impressionnistes tchèques. Déjà lors de ses études, il côtoyait l'avant-garde tchèque, réunie atour des surréalistes Vratislav Effenberger et Karel Teige, et ces fréquentations ne sont pas restées sans conséquences sur son oeuvre. C'est la figuration qui prédomine sur ses tableaux des années cinquante, les personnages rouges, qu'il peint à cette époque, sont tourmentés, déchirés, écrasés par des forces intérieures et extérieures. Plus tard, il renonce à la figure humaine et commence à faire des compositions moins concrètes. Il pose sur ses toiles plusieurs couches de couleurs imitant des structures naturelles, dans lesquelles il grave l'image symbolique de ses visions. Des trous inquiétants, des abîmes béantes et des gosiers dangereux s'ouvrent sur ses tableaux entourés de griffes, de crocs et de pinces. Sur d'autres tableaux, des sphères, des carrés, des ronds forment des compositions mystérieuses, fascinent le spectateur et lui transmettent des messages inexprimables par les paroles. Ces tableaux, que Mikulas Medek appelle "événements psychiques" portent des titres étranges qui intriguent, surprennent et n'expliquent rien. En voici quelques uns: "Chaire de la Croix", "Souffrances de 16 000 centimètres rouges", "L'ange assoiffé", "Une fleur magnétique". C'est dans cette veine, que le peintre persistera, jusqu'à sa mort survenue en 1974. Célèbre et presque mythifié dans les années 60, personnage emblématique de la vie culturelle pragoise de ces années-là, il fréquente de nombreux artistes tchèques, les influence et en est influencé. La fin de sa vie sera assombrie par la maladie et la disgrâce du régime communiste qui se poursuivra encore, après sa mort. Aujourd'hui donc, grâce à sa rétrospective, Mikulas Medek revient en force, et reprend sa place dans les arts plastiques tchèques.