Petr Globočník : portrait d’un écolo infatigable qui se bat pour son quartier

Le quartier de Janov, photo: Thibault Maillet

Il décrit volontiers son quartier comme « la plus grande zone socialement exclue de République tchèque », mais n’entend pas le laisser sombrer. Petr Globočník y a grandi, et désormais, avec la double casquette de travailleur social et de militant écologiste, il espère bien faire sortir Janov, à Litvínov, en Bohême du Nord, de ses nombreux problèmes. Ses nouvelles fonctions de conseiller régional à Ústí nad Labem devraient l’y aider.

Petr Globočník,  photo: Thibault Maillet

Petr Globočník est né à Janov, un quartier de la ville industrielle de Litvínov, dans le nord-ouest de la Bohême. S’il ne l’a jamais vraiment quitté, il revient aujourd’hui, à 38 ans, dans les immeubles de son enfance afin d’y monter un projet solidaire.

Depuis la rue, la maison qu’il a achetée a l’air délabré. Maintenu par un cadenas, un portail en fer barre l’entrée. Derrière, un édifice de trois étages. Les fenêtres sont calfeutrées, la façade est en mauvais état. Au sommet, un promontoire qui pourrait accueillir une cloche donne au bâtiment l’apparence d’une église. En réalité, seules les caméras de surveillance, indispensables pour éviter les squats selon Petr Globočník, rappellent que le bâtiment n’est pas à l’abandon. Tout en nous guidant entre les murs, il nous explique son projet d’y créer un centre social et culturel :

« Cette partie de la maison a été nettoyée. Il y a encore beaucoup de travail, mais c’est déjà plus propre. Quand nous sommes venus ici pour la première fois, il y avait de la poussière, des briques et du verre partout… C’est bien mieux maintenant ! L’été dernier, nous avons accueilli une vingtaine de militants écolo à vélo pour une nuit. Dans cette pièce, on veut créer une scène pour organiser des concerts, des conférences, des ateliers ou même de la cuisine... »

La villa Libuše,  photo: Google Maps

« Ici, il y aura des ateliers de graffiti, et là, c’est la salle pour les geeks, ceux qui jouent à Magic [un jeu de cartes en ligne]. Mais là, elle est fermée, parce qu’ils sont des geeks ! »

« [...] A l’avenir, j’espère que nous pourrons créer quelques appartements ici, des hébergements d’urgence si quelqu’un perd son logement. Nous fournirons un toit pour quelques jours, et, à côté, il y en aura deux autres pour les projets internationaux. Si quelqu’un vient par exemple de Barcelone ou de France, il pourra dormir ici. »

« [...] Et la dernière partie, c’est un peu notre attraction touristique : le grenier. Attention à la tête ! »

« [...] Et de là, on peut voir le renouveau. »

Depuis ce perchoir, c’est toute la plaine et la ville voisine de Most qui s’étendent à l’horizon. Au milieu de ce paysage, des usines crachent de la fumée et de la vapeur d’eau par leurs cheminées. C’est là qu’est raffinée une partie du charbon extrait dans la région.

Chemopetrol Litvínov,  photo: Juan de Vojníkov,  CC BY-SA 3.0

Mais le grenier offre aussi une vue idéale sur le quartier de Janov, situé en contrebas. Une partie des immeubles sont laissés à l’abandon, et voués à une démolition prochaine :

« Celui-là sera démoli, et là-bas, à droite, il y aura un grand lac. Pour le moment, c’est une mine de charbon. Ils devraient la fermer d’ici 2024, c’est donc pour bientôt. Ensuite, d’ici une quinzaine d’années, il devrait y avoir un lac à la place. »

Le quartier de Janov,  photo: Thibault Maillet

Transformer les anciennes mines en lacs semble faire consensus auprès des habitants de la région. Ils pourraient permettre de reverdir des zones dévastées par un siècle d’exploitation des sous-sols et de faire naître des activités touristiques synonymes d’emploi. Petr Globočník se dit lui-même plutôt emballé par le procédé, tout en émettant quelques réserves :

« Bien sûr que ça peut-être utile ! Mais ce n’est qu’un élément parmi un ensemble de choses à réaliser en même temps. Si vous regardez le lac de Most, juste à côté il y a une décharge, et imaginez-vous en train de bronzer en face de ces grandes usines pétrochimiques … Ce n’est pas un endroit pour des vacances en famille ! »

Une spirale infernale entamée dans les années 90

Le quartier de Janov,  photo: Thibault Maillet

Pour autant, les questions environnementales sont loin de dominer les préoccupations des habitants. En cause, comme le raconte celui qui travaille aux côtés des plus démunis de la ville, les bouleversements démographiques suite à la révolution de Velours :

« Je suis né ici. Le quartier a été construit parce qu’il y avait de nombreuses usines chimiques et des activités minières. C’était dans les années 1960 et 1970. Mais dans les années 1990, la région a complètement changé, les gens n’étaient plus coincés ici. Pendant le communisme, ils était compliqué de déménager. Lorsqu’ils sont devenus libres, les plus riches s’en sont allés parce que la région est particulièrement polluée. »

Les autorités et les promoteurs immobiliers ont profité du contexte pour y déplacer les populations rom de Bohême et de Prague, créant de fait un ghetto. A Janov, les gens sont plus pauvres que dans le reste du pays, le chômage y est élevé. Petr Globočník parle d’un « cocktail insoluble » en l’état actuel des choses :

Litvínov - Janov,  photo: Jan Beneš,  ČRo

« Janov est un quartier unique en son genre. Pas tant pour ses problèmes, que pour sa taille. Si vous comparez avec d’autres zones socialement exclues dans notre région, celle-ci est la plus grande. La plus grande même de République tchèque. C’est un peu un mix de tous les problèmes possibles. Il y a une pauvreté très importante, un niveau d’éducation très faible, et aussi les problèmes de drogues…

Si vous avez un cocktail comme celui-ci, avec autant de gens, c’est presque impossible à résoudre. Vous devez diviser le problème pour le régler étape par étape. »

Litvínov - Janov,  photo: ČRo Wave

Joignant le geste à la parole et prenant les problèmes en question à-bras-le-corps, Petr Globočník s’est donc lancé dans le projet d’un centre culturel. Parallèlement, il s’est également présenté aux dernières élections régionales. Cela donne d’ailleurs lieu à quelques scènes amusantes lorsqu’il se promène dans la rue :

« Oh, désolé, un instant, il faut que je retire cette affiche. »

« [...] Je viens enlever l’affiche ! Merci ! »

« [...] Je ne suis que celui qui apporte les bidons d’eau, qui ravitaille, je ne suis pas une tête d’affiche. »

Le quartier de Janov,  photo: Thibault Maillet

« [...] Nous avons obtenu 6% de suffrages, quelque chose comme ça. Ce n’est pas si mal, au final, parce qu’on nous rembourse notre campagne. D’ailleurs, les gens qui ont des intérêts en commun avec l’industrie minière ont dépensé beaucoup plus d’argent, dix fois plus que nous … pour le même résultat ! »

Membre du parti écologiste, Petr Globočník menait une large coalition rassemblant jusqu’au centre-droit :

« TOP09 est un parti de droite, mais sur l’écologie, la nature et l’environnement nous ne faisons qu’un, nous les Verts et eux, TOP09. Le changement climatique est si important que si nous ne le réglons pas tous ensemble, tout le monde aura des problèmes sociaux. »

Petr Globočník,  photo: Zelení

Travailleur social le jour, œuvrant dès qu’il le peut pour monter son centre culturel, membre et élu du parti écologiste … Petr Globočník est sur tous les fronts. Alors que nous l’avons quitté en fin d’après-midi, il partait en Allemagne pour distribuer des prospectus, une activité qui lui permet de mener les projets qu’il finance essentiellement de sa poche.

Celui qui résume sans doute le mieux son mode de vie  est encore le principal intéressé :

« En fait, je suis un peu fatigué. Les Verts en République tchèque passent trop de temps à parler. Au bout du compte, nous n’avons pas fait grand-chose. Nous sommes responsables devant les gens, nous sommes des politiciens, et nous devons faire changer les choses. Assez parlé, agissons ! »

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