Petr Kolar : c'est un jésuite français qui m'a marqué le plus

Petr Kolar, photo: Josef Beranek, Portal

Ces jours-ci, 450 ans se sont écoulés depuis l'arrivée des jésuites dans les pays tchèques... Le jésuite Petr Kolar, vice-président du Conseil audiovisuel de la radio, a animé un des débats à la conférence internationale que Prague accueillait ces derniers jours et qui a été consacrée à l'événement. Nous avons abordé plusieurs éléments intéressants de l'histoire et des activités de la Compagnie de Jésus, dans les pays tchèques, de par le passé et aujourd'hui.

La trace des jésuites tchèques dans les pays tchèques est-elle ambiguë ?

« Bien sûr, surtout dans le pays comme la Bohême au XVIe siècle qui était un pays tiraillé entre la Réforme et le catholicisme, après les guerres hussites au XVe et la Guerre de Trente ans au XVIe siècle. Le roi de Bohême qui était catholique avec l'appui des jésuites a décidé de recatholiser le pays qui était plutôt penché du côté du protestantisme. Alors, ça c'est une trace plutôt négative. Mais les jésuites ne faisaient pas seulement les missions de recatholisation, ils travaillaient, par exemple, beaucoup dans l'enseignement... Ils ont fondé énormément d'écoles, au XVIIIe siècle, ils avaient en Bohême et en Silésie presque soixante collèges ce qui est un chiffre énorme. Ils ont aussi travaillé dans le domaine de la pharmacie, ils ont fondé des pharmacies, on dirait des pharmacies des pauvres... Mais il faut surtout parler de la contribution des jésuites à l'épanouissement de l'enseignement supérieur... »

Il existe beaucoup de mythes à propos des jésuites...

« Le mythe jésuite existe, aussi, en dehors de la Bohême... En Bohême, le début de cette tension, de ce conflit, remonte à la fondation de ces collèges, parce que très souvent, les états, les villes royales, la noblesse, étaient opposées à la fondation de ces collèges jugés comme un pion catholique dans leur pays, mais le roi a imposé sa volonté. Petit à petit, les états se sont dressés contre les jésuites et contre le roi et ça a culminé par la fameuse défenestration de Prague en 1618 qui était le début de la Guerre de Trente ans. Les jésuites étaient chassés du pays. Le premier acte écrit par les états révoltés a été justement l'expulsion des jésuites de Prague, mais ils ont perdu cette guerre et, évidemment, les perdants paient les dégâts et généralement ils n'aiment pas les vainqueurs... Encore aujourd'hui, les gens gardent dans la tête plutôt les schématismes d'avant, ils ne savent presque rien. En Bohême, il s'agit surtout d'un manque de connaissances et de formation... Dans un certain sens, c'est maintenant plutôt un retour à la normale ».

Quelle personnalité vous a plus particulièrement marqué ?

« J'ai vécu ma formation jésuite surtout en France et la personne qui m'a marqué le plus, là il n'y a pas de doute pour moi, c'était un certain père qui est maintenant décédé, père Pierre Gouet qui était maître de novices au début et puis mon accompagnement pendant toute sa vie au centre Sèvres de Paris, il est décédé en décembre il y a trois ans et quelques et j'ai encore maintenant sous mes yeux, dans mon bureau, une peinture qu'il m'a donnée à méditer dans des moments de spleen, il m'a dit - regarde ce tableau quand tu seras déprimé - et c'est un Dali, très très expressif. Voilà, un jésuite français qui m'a marqué le plus. «