Petr Král commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres

Petr Král, Anne-Claire Veluire

Le poète, traducteur, écrivain, essayiste Petr Král a reçu, lundi, à l’ambassade de France en République tchèque la médaille de commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, qui correspond au plus haut grade qui puisse être attribué pour une décoration honorifique dans le domaine de la culture en France. Depuis 1968, date à laquelle Petr Král a quitté la Tchécoslovaquie pour la France, le poète a enrichi, par ses nombreuses traductions et compositions, le patrimoine littéraire français et tchèque. Pierre Levy, ambassadeur de France en République tchèque, était au micro de Radio Prague.

Petr Král et Pierre Levy,  photo: Anne-Claire Veluire
« J’ai remis à Petr Král la distinction très haute de commandeur de l’ordre des Arts et Lettres. C’est à la fois la récompense d’un travail poétique, d’un travail d’écriture, d’un regard sur le monde. C’est aussi la récompense d’un itinéraire puisque Petr Král a vécu une vie qui n’était pas facile. Il est parti en 1968, il s’est toujours battu contre les totalitarismes et il a choisi la France. C’est aussi la récompense d’un travail qui permet de rapprocher la République tchèque et la République française autour de ce que nous avons de plus précieux, qui est la langue et la culture. »

Vous avez insisté sur le rôle de passeur. C’est un rôle important pour vous ?

« C’est très important, et quand on lit les textes qu’il a écrits sur la ville, où il voit en quelque sorte la France à travers le pont Charles ou l’Europe de l’Est. Il y à la fois cette poésie, ces visions. Et le passeur, c’est d’abord l’homme qui traduit. Il a traduit beaucoup de textes, de recueils de poésie dans nos deux langues. Et c’est aussi celui qui donne des clés pour comprendre notre monde. »

Michel Deguy,  photo: Anne-Claire Veluire
Petr Král était accompagné de son ami Michel Deguy, poète et philosophe français, qui lui a également rendu hommage. Il nous offre son regard sur le poète tchèque :

« Il n’y a pas de particularité de sa poésie. Elle est à la fois lyrique traditionnelle, à certains égards baudelairienne, et en même temps dans l’écriture contemporaine, c’est-à-dire fragmentée, énigmatique, biographique, mondiale aussi par le côté où le monde n’est pas seulement l’agitation ou même l’intrigue romanesque. Le monde est le lieu où nous sommes. J’ai dit plus tôt que nous sommes tous d’ici, à savoir d’ici-bas et nous pouvons le reconnaître. »

Une des particularités de Petr Král reste tout de même sa dualité linguistique, puisqu’il est capable d’écrire aussi bien en français qu’en tchèque, de façon presque un peu schizophrénique, avoue-t-il. Mais elle a été aussi la clé de son parcours :

Petr Král,  Anne-Claire Veluire
« Le seul fait d’avoir décidé de changer de pays, de changer de langue et de l’avoir fait a eu une importance extrême. Il n’y a pas plus encourageant qu’un acte de liberté, même s’il pouvait sembler un peu fou, à ce moment-là. Il est évident que c’est la France m’attirait. Ce pays et cette langue ont été plus importants pour moi que d’autres. La cuisine française a été essentielle aussi, et du reste, cela fait partie de la culture. »

Vous êtes revenu à Prague il y a quatre ans après avoir passé quarante ans en France. Comment se passe ce retour, d’autant plus que vous continuez à écrire en français dans un pays qui n’est pas francophone ?

Pierre Levy et Petr Král,  photo: Anne-Claire Veluire
« J’ai décidé librement de faire ce retour, et je n’ai pas le droit en quelque sorte de revenir dessus. Je n’ai pas envie non plus d’y revenir. Ça correspond bien à ce que je suis maintenant ou ce dont j’ai besoin. »

Est-ce difficile de vivre entre deux pays ?

« C’est difficile mais c’est tonique en même temps. Ça oblige à refaire son équilibre, à l’envisager autrement. Ça permet de se renouveler, ce qui est bien. »

Petr Král et Michel Deguy sont les invités d'un café littéraire à l'Institut français de Prague, mardi 23 février.

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