Pour son dernier voyage, le navire tchèque Třinec sera remorqué jusqu’en Pologne

Le navire tchèque Třinec

Le tout dernier navire tchèque, vestige de temps révolus où la Tchéquie avait une histoire maritime – et donc une petite marine – va entreprendre d’ici un ou deux ans son ultime voyage vers le port de Szczecin en Pologne : là, le Třinec sera démantelé, et une partie du bateau devrait ensuite rejoindre son pays d’origine pour devenir l’objet d’une exposition.  

Belle bête de 199,1 mètres de long et 24,5 mètres de large, le navire Třinec a vu le jour il y a un demi-siècle dans les chantiers navals de Szczecin en Pologne où il a été construit et assemblé. Et c’est à Szczecin qu’il devrait retourner au tournant de 2026-2027 pour achever dignement sa vie de bateau.

Le Třinec a cessé de battre pavillon en 1998, date à partir de laquelle tous les navires de l’ancienne compagnie maritime tchèque ont été progressivement vendus. Lui, a fini entre les mains d’une compagnie maritime néerlandaise. Après 23 années sur les eaux, c’est à Rotterdam que le bateau a posé l’ancre définitivement, devenant un point de repère visible dans le port, mais surtout un navire de stockage de matériaux en vrac pendant plusieurs années. Mais la société néerlandaise ayant fait construire une nouvelle installation de transbordement à terre, l’ancien navire tchèque ne lui est désormais plus d’aucune utilité. A Rotterdam, en juillet, les représentants du propriétaire du navire et de la Compagnie maritime tchèque, toujours existante, ont fini par conclure un accord préliminaire, scellant son destin.

Environ 40 % du navire, une partie du pont du capitaine et la majeure partie de la proue, devraient finir dans un musée tchèque qui soutient le projet de sauvetage. Trois énormes remorqueurs doivent à terme transporter le Třinec jusqu’en Pologne et les pièces que veut récupérer la partie tchèque pourraient être acheminées par voie fluviale.

En Tchéquie, le Musée maritime de Veletov, en Bohême centrale, une petite institution unique en son genre en Europe centrale – et pour cause  –,  s’est en effet donné pour mission de sauvegarder le plus possible de l’ancien navire amiral de la marine tchécoslovaque. A la tête du projet, Martin Bednář de la Compagnie maritime tchèque qui gère le musée qui devrait accueillir des parties du navire à l’avenir.

Au sommet de sa gloire, le bateau qui arborait sur sa proue l’aigle de Moravie-Silésie, a servi au transport du minerai de fer, de céréales ou d’autres matières premières, comme s’en était récemment souvenu un de ses commandants, Štefan Havlík :

« La compagnie de navigation maritime tchécoslovaque était unique en ce sens qu’elle a toujours suivi l’évolution technique, elle était exceptionnellement à jour sur les nouvelles technologies qui étaient à la pointe à cette époque. C’était vraiment un excellent navire destiné à transporter par exemple du charbon et d’autres types de matériaux en vrac. En ce qui concerne le chargement, cela peut paraître surprenant, mais on était capable de charger des tonnes de matériau en une nuit. Pour le déchargement, cela dépendait vraiment du terminal où on accostait. En fonction du niveau technologique du terminal, cela pouvait aussi prendre jusqu’à deux semaines. »

Plusieurs institutions sont associées au projet de retour du Třinec – en première ligne, les aciéries Třinecké železárny et la ville de Třinec, qui souhaite symboliquement faire l’acquisition de l’ancre et aimerait exposer certaines parties dans l’espace public. C’est dans cette ville du nord-est du pays et d’après laquelle le navire a été baptisé que certaines pièces ont été construites à l’époque avant d’être envoyées pour être montées en Pologne.

Le Musée national technique slovaque s’intéresse également à certaines pièces. Et, comme le note Martin Bednář, le ministère tchèque des Transports, représenté lors des négociations par le directeur du département des transports fluviaux Evžen Vydra, qui est également l’un des derniers marins à avoir navigué sur le Třinec, est également partie prenante dans le projet de retour du navire en Tchéquie.

Le musée maritime de Veletov | Photo: Site officiel du musée maritime de Veletov

Contre toute attente, la Tchécoslovaquie, puis la Tchéquie, a été une puissance maritime à sa petite échelle : elle a longtemps possédé la deuxième plus grande flotte pour un pays sans accès à la mer, après la Suisse. Créée en 1959, la compagnie appelée Navigation maritime tchécoslovaque (Československá námořní plavba) a, au cours de son histoire, possédé 44 navires et employé 3 500 marins. Mais même avant cette époque, dans l’entre-deux-guerres, des navires ont sillonné les mers sous pavillon tchécoslovaque, comme le navire Legie qui appartenait à la Banque des légions tchécoslovaques, tandis que d’autres bateaux étaient aux mains d’entreprises privées, comme celle du chausseur Baťa.

Depuis 2023, le musée maritime de Veletov présente, à travers des dizaines d’artefacts, l’histoire de la navigation sur les mers et les océans depuis le milieu du XVIIe siècle jusqu’à la grande époque de la navigation maritime tchécoslovaque. On peut y voir des drapeaux, des uniformes, des maquettes, des pièces de bateaux, des rapports financiers, des instruments de navigation, des services de vaisselle en porcelaine, des équipements de sauvetage, des canots, des combinaisons en néoprène ou des photographies historiques. Hormis les parties plus encombrantes du navire Třinec, il reste également des bleus de travail, de la vaisselle, des journaux vieux de 30 ans ou des cabines meublées. Autant de choses qui pourraient se retrouver également dans quelques années dans le Musée de Veletov, ultime escale du tout dernier bateau de la marine tchèque.

Auteur: Anna Kubišta | Source: iROZHLAS.cz
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