Presse : Jan Palach, un symbole usurpé dans la campagne électorale
Cette nouvelle revue de presse s’intéresse à la manière dont certains partis politiques s’approprient le legs des grandes figures de l’histoire tchèque. Autres sujets à son menu : le fossé entre les régions prospères et les régions défavorisées, l’interdiction des symboles communistes dans la sphère publique, la réaction de la Chine à la rencontre du président Petr Pavel avec le dalaï-lama, et le refus par la Tchéquie des touristes russes.
« Allumons en nous la flamme de Palach – non pas par la douleur, mais par la vérité. Non pas par le feu, mais par l’amour. Non pas par le sacrifice, mais par l’action. Votons contre le mensonge ! » Voilà le slogan de l’une des candidates de la coalition Stačilo ! (« Assez ! »), menée par le parti communiste (KSČM), pour les élections législatives d’octobre. L’occasion pour l’éditorialiste de l’hebdomadaire Respekt de s’interroger : « Les communistes parviendront-ils à s’approprier le legs de Jan Palach ? » Et de prévenir :
« La Tchéquie est au bord d’une révolution. Après les élections, le pays risque d’être dirigé par une coalition qui souhaite inverser la trajectoire qu’il suit, malgré diverses péripéties, depuis 1989. Le mouvement Stačilo ! veut faire sortir le pays de l’Union européenne et de l’OTAN, tout comme le promet le parti d’extrême droite SPD. Toute révolution a besoin d’une histoire et de symboles. Depuis longtemps déjà, nous entendons donc ces partis antisystème se comparer à des dissidents, à Jan Hus ou à l’écrivain Karel Čapek. Ils veulent donner l’impression qu’ils sont victimes d’injustice, qu’ils sont opprimés. Il est pourtant prouvé que rien de tout cela n’est vrai. »
Le fait que le parti dont la politique a poussé Jan Palach à mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu, en janvier 1969, abuse de son nom, s’inscrit parfaitement dans cette stratégie. « Les communistes ont détourné le sens du geste de Palach, s’appropriant un symbole qui portera leur marque. C’est un crime, non pas au sens pénal, mais un crime contre un homme qui ne peut se défendre », dénonce l’éditorialiste, avant de chercher une réponse à la question :
« La meilleure défense est une société éduquée, qui connaît le poids du legs de Jan Palach, Karel Čapek et Jan Hus. Une société qui comprend que ce sont souvent les mêmes personnes contre lesquelles ces derniers ont lutté toute leur vie qui se réclament aujourd’hui des héros nationaux. Mais c’est un projet à long terme. »
Le fossé entre les régions prospères et les régions défavorisées
La Tchéquie est un pays à deux vitesses. Prague et le sud de la Moravie se dirigent vers la prospérité, tandis que le nord-ouest du pays est en passe de faire faillite. C’est ce que relève l’éditorialiste du quotidien Hospodářské noviny, s’appuyant sur un nouveau rapport des conseillers économiques du gouvernement, connus sous le nom de NERV. Celui-ci indique que le pays est désormais divisé entre plusieurs centres dynamiques et des zones périphériques qui s’éloignent de la moyenne européenne plutôt que de s’en rapprocher :
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« Si le produit intérieur brut par habitant atteint en Tchéquie 92 % de la moyenne de l’UE, c’est uniquement grâce à Prague et à la région de Moravie du Sud. Les régions d’Ústí et de Karlovy Vary (dans le nord et nord-ouest du pays) en sont très éloignées. Alors que, dans la Pologne voisine, toutes les régions ont connu une croissance de 55 à 80 % au cours des vingt dernières années, certaines régions tchèques stagnent nettement. On observe également des différences dans la proportion de diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 25 à 64 ans : environ 40 % à Prague, contre à peine 20 % dans le nord-ouest du pays. Plus alarmant encore, dans certaines régions défavorisées, jusqu’à 12 % des enfants ne terminent pas l’école primaire, alors qu’en Bohême centrale, ce chiffre est d’environ 2 %. »
Selon l’éditorialiste, les inégalités régionales sont en réalité des inégalités d’opportunités : accès à une meilleure éducation, à une meilleure qualité de vie, à une meilleure compréhension de la démocratie. « Évidemment, plus le retard des régions est important, plus celles-ci sont enclines au populisme et aux tentations autoritaires », résume-t-il. Mais des réformes susceptibles d’offrir une nouvelle chance aux périphéries ne devraient pas voir le jour dans les quatre prochaines années. « Dans les programmes électoraux, rien n’indique un changement. Peu importe qui gagnera », conclut-il.
Non aux symboles communistes
À partir de l’année prochaine entrera en vigueur une modification de la loi interdisant l’utilisation publique de symboles communistes tels que l’étoile rouge ou la faucille et le marteau. L’auteur d’une note publiée sur Forum24.cz explique pourquoi « tout le monde s’en réjouit, d’une certaine façon » :
« Cela fera plaisir aux adversaires du communisme, car il ne sera plus possible de faire passer le communisme, malgré tout ce qu’il a sur la conscience, pour quelque chose de “cool”. Les communistes, eux, y voient aussi un intérêt, car ils aiment se présenter comme des martyrs persécutés qui se battent pour le peuple. L’interdiction est certainement un geste politique fort, mais elle ne fera pas tomber le parti communiste ni ne mettra ses membres derrière les barreaux. Seule la pratique et l’interprétation judiciaire de la loi diront si quelque chose de significatif changera. »
L’histoire, rappelle l’auteur du texte, montre que l’interdiction d’un drapeau ou d’une idée n’a jamais suffi à faire disparaître un mouvement. Et il serait bon, selon lui, de se rappeler qu’il existe divers crimes — trahison, collaboration, négation des crimes de guerre — qui n’ont officiellement aucun drapeau.
Contacts entre la Chine et le président Petr Pavel suspendus
En réaction à la rencontre, le 27 juillet, du président Petr Pavel avec le Dalaï-lama en Inde, la Chine a décidé de mettre fin à tout contact avec le chef de l’État tchèque. Selon le chroniqueur du site info.cz, cette décision doit être saluée, car elle profitera à tous :
« Ce sont les citoyens tchèques qui en tireront le plus grand bénéfice. D’une part, ils seront épargnés des spectacles gênants lors des visites officielles de représentants chinois. D’autre part, personne (et surtout pas les agents chinois) ne pourra plus les frapper impunément dans la rue avec la complicité de notre police, comme ce fut le cas lors de la visite de Xi Jinping à Prague en 2016. Cet épisode reste l’un des plus grands échecs de la police tchèque. Il est doublement scandaleux : d’abord parce que la police l’a laissé se produire, ensuite parce qu’aucune enquête n’a été menée, même après la fin du mandat de Miloš Zeman. »
Il est donc positif, conclut le chroniqueur, que le président Pavel ait rendu visite au dalaï-lama pour son 90e anniversaire. « La diplomatie tchèque a bien dû préciser qu’il s’agissait d’un voyage privé, mais cela n’a pas d’importance. Personne ne peut dicter au président tchèque où il doit se rendre et qui il doit rencontrer. »
La Tchéquie refuse les touristes russes
« L’Europe hésite à utiliser l’une des armes efficaces dont elle dispose contre Vladimir Poutine : faire pression sur le Kremlin par le biais des touristes russes. » C’est l’avis exprimé dans un commentaire publié dans Hospodářské noviny, qui constate que, malgré la guerre, le tourisme russe en Occident reste étonnamment actif.
La Tchéquie, elle, peut se targuer d’une position claire :
« Depuis octobre 2022, la Tchéquie n’autorise plus l’entrée des ressortissants russes à des fins touristiques, culturelles ou sportives s’ils ne disposent pas d’un visa délivré par un autre État Schengen. Pourtant, ils continuent de venir : plus de 40 000 l’an dernier. C’est moins qu’avant la guerre, mais deux fois plus qu’en 2023. C’est parce qu’ils obtiennent leurs visas ailleurs. Les plus généreux sont l’Italie et la France, puis la Hongrie. Seuls les Tchèques, les Polonais, les Baltes et les Finlandais maintiennent une interdiction totale. »







