Profession de foi pro-européenne de deux artistes contre le président de la République

Borek Sipek and Michael Kocab, photo: CTK
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C'est en apportant symboliquement le drapeau bleu étoilé de l'Union européenne que Borek Sipek, artiste plasticien, et Michael Kocab, musicien, figure du groupe Prazsky Vyber, ont lancé leur appel au président de la République tchèque, sous forme d'une lettre ouverte. Ils lui reprochent sa position critique à l'égard de l'Union européenne.

Borek Sipek et Michael Kocab, photo: CTK
Michael Kocab n'est pas un « bleu » dans l'engagement politique : en 1989, il faisait partie des fondateurs du Forum civique de Vaclav Havel, et après la Révolution de velours, il s'est distingué notamment en présidant la commission parlementaire chargée d'organiser le départ complet et définitif des troupes soviétiques de la jeune Tchécoslovaquie démocratique. S'il est revenu à la musique, l'engagement politique ne lui est pas devenu étranger pour autant. Ce mercredi, avec Borek Sipek, il était devant le Château de Prague, expliquant pourquoi ils demandaient l'installation du drapeau européen sur le bâtiment, siège du chef de l'Etat. Michael Kocab au micro d'Alexis Rosenzweig :

« Il n'aurait pas tant besoin d'être mis en place si Vaclav Klaus n'exprimait pas aussi souvent ses positions eurosceptiques et ne mettait pas notre pays dans une situation de fauteur de troubles. Ça fait une sorte d'accumulation : d'un côté, l'image de rouspéteurs continuels, puis on a un parti qui décide qu'il va soutenir l'entrée de la Turquie dans l'Europe, un autre qui veut s'allier aux communistes, et tout cela mis bout à bout, on se retrouve avec la perspective d'une éventuelle isolation de la RT à l'avenir. Dans une démocratie, les citoyens peuvent par principe s'exprimer, et lorsqu'ils ont le sentiment que quelque chose ne va pas, ce que nous ressentons justement, ils font entendre leur voix, comme nous. Le président de la République n'est certes pas obligé de faire installer le drapeau, mais je pense personnellement qu'il devrait s'y trouver, exactement comme partout ailleurs en Europe. »

Pour Michael Kocab et Borek Sipek, c'est une question de responsabilité, également pour l'avenir. Comme le précise le chanteur de Prazsky Vyber, même si Vaclav Klaus ne réagit pas à cette lettre, personne ne pourra leur reprocher de ne pas s'être engagés. Michael Kocab :

Photo: Commission europeéenne
« Pour l'heure, il semblerait que le rôle que s'est attribué le président, de mettre en péril de manière permanente les bases de l'Union européenne, lui réussisse, il semblerait que les gens aient cessé d'y faire attention et qu'ils partent du principe que, comme il s'agit du chef de l'Etat, cela ne pose pas de problème. Moi je dirais au contraire qu'il est le représentant de l'Etat, et que si en tant qu'ancien président et père spirituel de l'ODS, il a le droit d'avoir une opinion totalement opposée, en tant que président de la République, il a le devoir de respecter les résultats d'un référendum qui dit clairement que nous sommes des membres à part entière et égaux en droits de l'UE. Nous n'allons quand même pas cacher le drapeau de l'UE, en donnant ce type de justification incroyable que j'ai pu entendre - et je ne dis pas que Vaclav Klaus lui-même l'ait dit - qu'installer ce drapeau, ce serait comme si les drapeaux tchèque et soviétique étaient côte à côte ! »

Rappelons cependant que Vaclav Klaus critique de manière récurrente la conception actuelle de l'Union européenne et, lors de récentes conférences à l'étranger, a appelé à la constitution d'une « organisation des Etats européens ».