Radio Farda menacée par l’Iran : Prague renforce sa vigilance autour du média persanophone
Radio Farda, l’antenne en farsi de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), fait l’objet de nouvelles menaces venues de Téhéran. Les forces armées iraniennes ont en effet inscrit la station basée à Prague parmi leurs « cibles militaires », aux côtés d’autres médias persanophones installés à l’étranger.
Les autorités tchèques prennent la menace au sérieux. Prague évalue actuellement la situation, sans vouloir préciser les éventuelles mesures de sécurité prises autour de Radio Free Europe/Radio Liberty, dont le siège se trouve dans le quartier de Hagibor.
« Le ministère de l’Intérieur et la police tchèque suivent et évaluent continuellement la situation dans un contexte sécuritaire et international plus large. Sur la base de ces informations, des mesures appropriées sont prises », a déclaré le ministre Lubomír Metnar. Pour des raisons tactiques, a-t-il précisé, il ne peut en détailler la nature : « Certains sites font depuis longtemps l’objet d’une attention particulière et, si nécessaire, d’une protection renforcée. »
Pour Radio Free Europe, ce n’est pas une première. Depuis son installation à Prague après la chute du communisme, la radio américaine a régulièrement été la cible de régimes autoritaires qui voyaient dans ses émissions un danger pour leur contrôle de l’information. Au début des années 2000, alors que Radio Free Europe diffusait notamment des programmes pour la population de l’Irak dirigé par Saddam Hussein, les services de renseignement tchèques avaient révélé l’existence d’un projet d’attaque fomenté par Bagdad contre son ancien siège pragois au centre de la capitale.
La sécurité du bâtiment de Radio Free Europe/Radio Liberty est ainsi depuis longtemps renforcée. Une réalité directement liée à la nature même de la mission de ce média financé par le Congrès américain (et qui survit malgré les menaces de fermeture de l’administration Trump), dont les journalistes couvrent certains des pays les plus dangereux au monde.
Radio Farda, une voix difficile à faire taire
Radio Farda occupe une place particulière dans ce dispositif. Depuis Prague, ses journalistes fournissent aux Iraniens des informations non validées par le régime des ayatollahs dans un pays où les autorités contrôlent étroitement les médias et bloquent régulièrement l’accès à Internet. La station a notamment repris ses émissions en ondes courtes afin de contourner une nouvelle coupure numérique imposée par les autorités iraniennes pendant que les manifestations étaient réprimées dans le sang.
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Les journalistes de Radio Farda et leurs proches ont, au fil des années, été victimes de harcèlement, de cyberattaques et de menaces. En 2013, la radio avait notamment recensé plusieurs cas d’interrogatoires et de pressions exercées en Iran contre des membres des familles de ses journalistes travaillant à Prague.
La pression sur les médias persanophones installés à l’étranger ne s’est pas relâchée. Début août, le régime iranien a encore désigné Radio Farda comme un média « hostile », dans un contexte de durcissement de la répression et de contrôle de l’information.
Des journalistes de RFE/RL régulièrement exposés au danger
Le risque ne concerne d’ailleurs pas seulement les équipes iraniennes. Les journalistes de RFE/RL paient régulièrement le prix de leur travail. L’un des cas les plus emblématiques est celui d’Alsu Kurmasheva, journaliste de RFE/RL arrêtée en Russie en octobre 2023 alors qu’elle s’était rendue dans le pays pour des raisons familiales, puis détenue pendant des mois sur la base d’accusations dénoncées par son employeur et de nombreuses organisations internationales.
Dans d’autres zones de couverture de la radio, certains journalistes ont été arrêtés, agressés ou tués. Les anciens services de RFE/RL destinés à l’Irak ont notamment perdu plusieurs journalistes dans les violences qui ont suivi l’invasion américaine du pays.
Aux côtés de Radio Farda, les forces armées iraniennes ont également désigné comme cibles BBC Persian et Iran International, accusant ces médias d’entretenir des liens avec les services de renseignement américains et israéliens.
Pour la diplomatie tchèque, RFE/RL joue pourtant un rôle essentiel : celui d’une source d’information indépendante capable d’atteindre des populations lorsque le régime local censure Internet et réprime la liberté d’expression.
Quelques jours seulement avant cette nouvelle menace de Téhéran, le ministère tchèque des Affaires étrangères accueillait à Prague les lauréats des bourses Václav Havel et Jiří Dienstbier destinées à de jeunes journalistes indépendants, remerciant à cette occasion RFE/RL « pour ce partenariat de longue date et son engagement en faveur de la liberté des médias ».
Ce jeudi en début d’après-midi, le chef de la diplomatie tchèque Petr Macinka a indiqué à l'agence ČTK qu’il allait convoquer dans les prochains jours l’ambassadeur iranien en raison des menaces contre Radio Farda.





