SEIGNEUR ENTERRE VIVANT

La sombre et fraîche église St.Jacques, construite dans un style purement baroque, est située dans une des ruelles proches de la place de la Vieille Ville.

Jadis, l´église comptait de nombreux bienfaiteurs de rang noble qui désiraient reposer après leur mort dans les cryptes spacieuses. Parmi eux comptait Jan Vaclav de Mitrovice, grand chancelier du royaume de Bohême. D´âge avancé, il rêvait souvent de mort. Une nuit, il fit un cauchemar qu´on l´avait enterré vivant et qu´il avait repris conscience dans sa tombe. Le comte se réveilla effrayé et en sueur. Il ajouta immédiatement à son testament la formule exprimant le désir de se faire transpercer le coeur après la mort par son médecin personnel. Peu de temps après, le comte mourrut à Vienne. Son médecin n´était pas en mesure de percer le coeur d´un homme qui de son vivant était si bon et si généreux par une vulgaire aiguille. Pour agir au terme du testament, le médecin ne fit qu´une légère égratignure à l´emplacement du coeur.

Les somptueuses funérailles du comte se déroulèrent en présence de la noblesse de Bohême, d´Allemagne, de France, d´Italie et d´Autriche. Le comte fut posé dans un magnifique cercueil en bois rare, avec ferrures en argent et revêtement en satin bleu nuit. Le cercueil fut descendu dans la crypte de l´église St.Jacques. Sa mort n´étant que clinique, après quelques heures, le comte se réveilla dans son cercueil. Son visage se crispa lorsqu´il se rendit compte qu´il était enterré vivant. Pris de panique il commença à pousser le couvercle du cercueil. La peur d´étouffer lui donna une force surhumaine et, avec peu d´effort, il réussit à soulever le maudit couvercle. Il se retrouva alors dans la crypte en pierre froide. Il essaya de soulever la dalle, mais n´y arriva pas, car elle pesait très lourd. Il se mit à taper avec tous les objets qui lui tombèrent sous la main contre les parois de la crypte, mais en vain. Les gens priant à l´église entendaient bien des bruits, mais avaient peur de s´approcher croyant que les esprits malsains leur jouaient des tours.

Le deuxième jour, les bruits furent entendus par les moines de l´église St. Jacques. Sans hésiter, ils firent vaciller la pierre tombale. Ils descendirent l´escalier de la crypte, mais trouvèrent le pauvre comte asphyxié. Les traits de l´aristocrate étaient défigurés par l´horreur et la souffrance, qu´il avait vécues. Le comte Jan Vaclav de Mitrovice n´échappa pas à son destin qu´il craignait tellement.

Le cas évoqué n´était certainement pas exceptionnel à l´époque. Bien au contraire! Par crainte de se faire enterrer vivant, les membres de certaines familles aristocratiques se faisaient planter après le décès un poignard en plein coeur, jusqu´à la poignée.