Succès inattendu de la rétrospective Švankmajer à Paris

'Alice'

Alice, Possibilités du dialogue, Les Conspirateurs du délice, Nourriture, La Fin du stalinisme en Bohême, Otesánek… Voilà quelques-uns des films les plus connus du cinéaste Jan Švankmajer, 76 ans, qui viennent d’être présentés dans le cadre de la rétrospective de son œuvre au Forum des images à Paris. Plusieurs événements ont eu lieu dans le cadre de cette intégrale : des rencontres et discussions avec le public, une leçon de cinéma entre Švankmajer et l’historien de cinéma Pascal Vimenet, une table ronde en présence des membres de groupes surréalistes, ainsi que l’avant-première du nouveau long-métrage de Švankmajer, intitulé Přežít svůj život (Survivre à sa vie). La manifestation a suscité un vif intérêt du public, comme nous le raconte le collaborateur de Jan Švankmajer, Bertrand Schmitt :

« La rétrospective a eu un succès presque inattendu. La première manifestation a été l’avant-première qui s’est passé dans la grande salle du Forum des images, une salle de 500 places. Mais 200 personnes n’ont pas pu renter, donc il y a eu véritablement des drames personnels… Dès le premier soir, c’était donc un succès phénoménal. La presse française qui est d’habitude assez discrète par rapport à l’œuvre de Jan Švankmajer s’est déplacée : il y a eu une double page en Libération, des articles dans Le Monde, Télérama, des interviews pour la radio et la télévision…C’était, en fait, depuis très longtemps, la première fois que l’ensemble des œuvres de Jan Švankmajer était montré à Paris. Ses longs-métrages ont parfois été montrés en France, mais les tout derniers films de Švankmajer sont inconnus du public français, à part quelques privilégiés qui ont pu les voir dans des festivals. »

Le nouveau film de Švankmajer, Survivre à sa vie, a-t-il des chances de sortir en France ?

'Survivre à sa vie'
« J’espère ! En tout cas, des personnes liées à la distribution et à l’édition des DVD étaient ont assisté à la présentation du film avant-première et se sont montrées très intéressées. J’espère donc qu’il trouvera le distributeur en France, contrairement à deux derniers longs-métrages de Švankmajer, Otesánek et Šílení (Démence). C’est un appel que je lance à toutes les personnes de bonne volonté, distributeurs ou autres, qui entendraient cette émission et qui le voudraient. Le succès de la manifestation au Forum des images montre qu’il y a un véritable public, un public de fans, jeune, mais pas seulement. Il y a un fort potentiel autour de cette ouvre qui est très riche. »

Jan Švankmajer est énormément apprécié en Grande-Bretagne, au Canada et même au Japon, où on ne s’attendait peut-être pas à une telle résonance de son œuvre… Comment l’expliquez-vous ?

« En Grande-Bretagne et au Canada, cela s’explique par le travail du terrain. Le critique de cinéma Peter Hames a été un des premiers à s’intéresser à son travail. Il a publié un livre qui s’appelle ‘Dark Alchemy: The Films of Jan Švankmajer’. Il a contribué à ce qu’un certain milieu, universitaire et cinématographique s’intéresse à l’œuvre de Švankmajer. Aussi, ses films ont rapidement trouvé un distributeur en Grande-Bretagne. Ensuite, il y a eu des réalisateurs qui ont revendiqué leur dette avec le travail de Jan. Je pense aux frères Quay, qui sont des Néo-Zélandais, à Terry Gilliam, à David Cronenberg et d’autres. Ils ont permis de connaitre son travail dans les pays anglo-saxons. Le succès au Japon, c’est quelque chose de très étonnant. Pour vous donner un exemple, lors de la rétrospective au Forum des images, à chaque séance, environ un quart du public était japonais, certains s’étant déplacés depuis le Japon spécialement pour voir le dernier film de Jan Švankmajer. C’est un véritable phénomène de société. Pourquoi ? Il y a, au Japon, une tradition des contes, des histoires liées à l’imaginaire, à l’inconscient. La magie est beaucoup plus présente au Japon que dans nos sociétés occidentales, beaucoup plus cloisonnées. Je pense que le public japonais retrouve dans les films de Švankmajer qui mélangent réalité et rêve, conscient et inconscient, qu’ils y retrouvent des choses qui sont assez proches de leur propre culture, de leur littérature et leur mythologie. »

Rendez-vous avec l’univers fantasque de Jan Švankmajer, un des auteurs de cinéma d’animation le plus inventifs dans le monde, ce jeudi, dans les Tchèques célèbres et moins célèbres.