Tensions à l'aéroport de Prague

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Récemment, les tensions dans les aéroports européens se sont plutôt portées sur les risques d'attentat. A Ruzyne, l'aéroport international de Prague, un autre affrontement a vu le jour depuis la nomination de la nouvelle direction, et il concerne les commerçants présents dans les terminaux et les autorités de l'aéroport...

Les voyageurs qui transitent par l'aéroport Ruzyne de Prague croisent des douzaine de boutiques, restaurants et cafés. En coulisse, l'heure est au combat entre les propriétaires de commerces et la nouvelle direction de l'aéroport international. Nombre de commerçants affirment que celle-ci essaie tout bonnement de les expulser de l'aéroport, tandis qu'à la tête de Ruzyne, on ne parle que de corriger les erreurs commises par les prédécesseurs.

Retour sur cet été : Martin Kacur, directeur de l'aéroport, est remplacé par Hana Cernochová, qui entame une révision déchirante des closes existantes. Immédiatement se forme une grande coalition - inédite ! - des gérants de commerce, qui compte les patrons de restaurants et de boutiques. En tout 23 entités, parmi lesquelles Hugo Boss et Botanicus. D'après leur coordinateur, ces sociétés se sentent plus fortes ensemble. La plupart d'entre elles ont en effet essayé, jusqu'alors, d'éviter l'affrontement, par peur de problèmes. La compagnie aérienne tchèque Czech Airlines est également concernée : elle possède trois magasins en duty free dans l'aéroport de Ruzyne. En 2005, leur revenu cumulé s'est élevé à 589,5 millions de couronnes, soit 21 millions d'euros, pour un profit de 3,5 millions d'euros.

Se plaignant de conditions de location de plus en plus contraignantes, CSA poursuit depuis 2005 des négociations avec la direction de l'aéroport de Prague. D'autres commerçants, installés dans le nouveau terminal de Ruzyne, accusent l'aéroport de ne pas avoir prévu assez de portes d'accès dans le terminal. Ils n'ont presque aucun client, là où ils espéraient des dizaines de milliers de personnes lors des correspondances entre avions. Selon eux, la direction leur a promis de mettre en place des dizaines de portes à leur niveau mais rien n'a été fait.

Les loyers payés par les commerces aux autorités de l'aéroport se divisent en deux parties : l'une fixe, et l'autre selon le chiffre d'affaires. Celle-ci dépend du volume de biens vendus pendant un nombre de mois déterminés. Un minimum est également fixé et si les commerces ne l'atteignent pas, ils peuvent être expulsés de l'aéroport. L'ouverture du nouveau terminal a considérablement augmenté la capacité de l'aéroport, mais le nombre de passagers est à peu près resté le même. En conséquence, de nombreux commerces n'arrivent pas, même en haute saison, à se placer au-dessus de la barre fatidique.

De son côté, le directeur de Ruzyne, Hana Cernochova, met en avant que certains abus dans les fixations des prix s'étaient développés sous la direction précédente. La renégociation des contrats, qui a duré six mois et a vu la participation du ministre des Transports, n'a soulevé des problèmes que pour les plus vieux contrats. Hana Cernochova évoque Celebrity Lab, un magasin d'accessoires de mode, une boutique de vêtements de la marque Play Boy, et un restaurant de la chaîne Kogo. Selon elle, ils n'auraient eu aucune activité commerciale depuis leur installation. Pour le reste, elle affirme que les contrats ont été signés et seront appliqués dans le respect des conditions légales.

Les propriétaires de commerces, quant à eux, avancent que les nouvelles mesures ont été prises sans préavis et de manière unilatérale. Et de leur côté, ils avaient déjà investi des centaines de milliers de couronnes dans l'aménagement de leurs locaux. Ils rappellent également que trois directeurs commerciaux ont été limogés l'année dernière et remplacés de manière rapide. Bref, selon eux, il s'agit d'un programme prémédité de réaménagement.

Conflit d'intérêt, le mot est lâché. Les commerçants se basent sur les documents officiels de l'aéroport, où il apparaît que l'entreprise Flow East est à la fois membre du comité pour l'investissement et locataire d'un espace commercial dans l'aéroport. Pour sa défense, Cernochova, la directrice de l'aéroport, annonce plus de flexibilité dans la fixation des prix de location. Même en cours de contrat, ceux-ci pourraient être revus à la baisse, selon la situation. Des commissions spécialisées seront ainsi désignées pour chaque partie, afin d'évaluer de manière plus précise le coût des espaces de location, et ce au cas par cas.

Et à nouveau, le porte-parole de l'union des commerçants de l'aéroport donne une version différente. Selon lui, aucune proposition concrète n'a été faite. La direction de l'aéroport aurait ordonné un audit et rien n'aurait avancé depuis. L'union ne comprend enfin pas pourquoi les prix de location sont si élevés alors qu'il reste encore de nombreux espaces vacants dans les terminaux.

Nuançons ce constat : depuis la nomination de la nouvelle directrice de l'aéroport, 14 nouveaux commerces ont été enregistrés, parmi lesquels des bureaux de change, un café Internet, des magasins de souvenirs et de vêtements et même un sushi bar !

A l'extérieur de l'aéroport aussi, les places sont chères. Et là aussi, des conflits voient le jour.... La compagnie de taxi AAA, qui détenait un contrat d'exclusivité avec l'aéroport, se voit maintenant concurrencé par la société Dimo Taxi Praha. Des poursuites judiciaires ont été entamées...

Mais la nouvelle équipe dirigeante s'accompagne aussi d'innovations constructives. L'aéroport met actuellement au point une nouvelle procédure d'enregistrement des passagers. Ceux-ci devraient à terme pouvoir s'enregistrer tout seuls. Huit kiosques ont déjà été installés, dont un kiosque-test dans le nouveau terminal B. D'ici la fin de l'année, la plupart des grandes compagnies pourront offrir ce service à leurs clients. L'aéroport a investi 10 millions de couronnes (352 000 euros) dans ce projet. Il compte amortir ces frais par les taxes d'aéroport payées par les passagers, soit 468 Kc par vol et 200 Kc par transfert.

Pour les passagers qui transitent chaque jour par l'aéroport de Prague, l'année 2007 sera donc synonyme de simplification. Les conflits entre commerçants et direction passeront, quant à eux, bien inaperçus...