Un premier ministre tchèque sur les lieux de la signature des accords de Munich

Bohuslav Sobotka et Horst Seehofer, photo: ČTK

Pour la première de ses deux journées de visite en Bavière, Bohuslav Sobotka s’est rendu sur les lieux mêmes où furent signés de triste mémoire les accords de Munich en 1938 ; une première pour un chef du gouvernement tchèque en exercice. L’occasion pour le social-démocrate de vanter les mérites de l’Union européenne dans un contexte où elle se déchire pourtant, notamment en lien avec la question des réfugiés, un des thèmes principaux, avec les échanges économiques, qu’il a abordés avec Horst Seehofer, le ministre-président de la Bavière.

Les accords de Munich, photo: Bundesarchiv, Bild 183-R69173 / CC-BY-SA
« Dans ce bâtiment ont été signés le 28 septembre 1938 les accords de Munich, qui ont conduit à la dislocation de la Tchécoslovaquie. » C’est ce qu’il est possible de lire, pour peu qu’on maîtrise l’allemand, le tchèque ou le slovaque, sur la plaque commémorative installée sur cet édifice typique de l’architecture nazie, rue Arcisstrasse, qui sert aujourd’hui d’école de musique mais qui était à l’époque connu sous le doux nom de Führerbau, soit le bâtiment du Führer. Suite à la signature des accords entre Hitler, Mussolini, Chamberlain et Daladier, ces deux-là pensant à tort avoir évité la guerre, le Reich put annexer la région des Sudètes avant d’occuper la Tchécoslovaquie au mois de mars 1939, instituant le Protectorat de Bohême-Moravie tandis que la Slovaquie, indépendante, devenait de fait un Etat satellite de l’Allemagne.

Ce jeudi, en présence de Horst Seehofer, le ministre-président de la Bavière chrétien-démocrate (CDU), qui a qualifié les accords de Munich de « honte historique », et de Bernd Posselt, le président de l’association des Allemands des Sudètes, Bohuslav Sobotka a fait part de son sentiment après la visite du dit bâtiment :

Bohuslav Sobotka et Horst Seehofer, photo: ČTK
« Ici, les Tchèques ne furent pas admis à la table des négociations en 1938. Il y a été question de la Tchécoslovaquie, sans la Tchécoslovaquie. Ce lieu a un lien si profond et si tragique avec notre histoire que je dois dire que cette visite a constitué pour moi une expérience très forte […]. Je suis persuadé que la meilleure façon d’éviter que des négociations se tiennent sur une nation européenne, quelle qu’elle soit, en son absence, est justement le fait que nous soyons aujourd’hui réunis autour de la même table des négociations dans le cadre d’une Europe unie, dans le cadre de l’Union européenne. Même s’il ne fait pas de doute qu’il y a toute une série de raisons d’être mécontent avec l’Europe, de la critiquer, son importance pour la coopération pacifique des peuples est inestimable. »

Les problèmes auxquels font face l’Union européenne ont constitué le plat de résistance du menu des discussions entre Bohuslav Sobotka et Horst Seehofer. La rencontre était en fait prévue l’été dernier, mais en raison de l’actualité brûlante entre Bruxelles et la Grèce, la partie bavaroise avait décidé de la reporter. Evoquant la question des réfugiés, le chef du gouvernement tchèque a indiqué que la fermeture de la route dite des Balkans, telle que voulue par l’UE, ne résolvait pas tout et qu’il faudrait concentrer les efforts sur la frontière entre la Grèce et la Turquie. Le dirigeant bavarois a pour sa part informé du fait que 500 réfugiés arrivaient chaque jour dans son Land. « C’est maîtrisable », a-t-il poursuivi.

Gourmands, les deux hommes ont en fait dégusté un second plat de résistance puisque la thématique des échanges économiques a également été longuement discutée. Il faut dire que la Tchéquie est le premier partenaire en la matière de Munich pour ce qui est des pays de l’ex-bloc soviétique. De la même façon, parmi les Etats fédérés allemands, la Bavière limitrophe est numéro un auprès des entreprises tchèques. Economie numérique, industrie automobile, industrie aéronautique ou encore recherche sont autant de domaines où les deux parties voient des opportunités d’intensifier leurs relations. Et il y a aussi le souci des liaisons de chemin de fer entre les deux territoires, problème fermement pointé du doigt par Bohuslav Sobotka :

« Quand vous regardez à quoi ressemblent les lignes de chemin de fer entre la République tchèque et la Bavière, vous vous apercevez qu’elles ont les paramètres d’infrastructures du XIXe siècle. Nous avons besoin de liaisons ferroviaires du XXIe siècle. »

Olga Sippl, photo: ČTK
Poursuivant sa visite ce vendredi, le premier ministre a remis la médaille Karel Kramář à Olga Sippl. Membre du parti ouvrier social-démocrate des Sudètes allemandes à partir de 1936, cette femme fut poursuivie par les nazis notamment en raison de sa loyauté à l’égard de la Tchécoslovaquie après les accords de Munich. Invitée à rester dans le pays après la guerre malgré les décrets Beneš, elle préféra partir vivre en Bavière. « J’admire la force d’Olga Sippl, qui, nonobstant les aléas de sa destinée, a consacré sa vie à bâtir des ponts et à essayer d’approfondir la compréhension entre Tchèques et Allemands », a déclaré Bohuslav Sobokta.