Un stade flambant neuf en perspective pour les Bohemians, le club de Panenka
Le projet de rénovation prévoit que le nouveau du stade des Bohemians pourrait être achevé en 2030. Surnommé Ďolíček, cette enceinte est partie intégrante de l’histoire du quartier de Vršovice.
La dernière fois qu’on avait évoqué le sujet avec la légende vivante et président du club Antonin Panenka, en 2023, le plus célèbre moustachu du foot ne se montrait guère optimiste :
« Je dois dire que je n’ai pas un bon feeling. Le Ďolíček est spécial, c’est un morceau d’histoire de Prague, il y a une tradition, un ‘genius loci’. Hélas aujourd’hui il risque de disparaître même si l’actuel propriétaire, la mairie de Prague, avait promis de le rénover. La disparition, je ne veux même pas l’envisager, j’espère que tout va bien se terminer... »
Et pourtant, l’année dernière, le club a signé un contrat à long terme pour l’utilisation du stade Ďolíček pendant 60 ans.
« Lorsqu’il est devenu évident que la ville de Prague ne nous aiderait pas, car elle prévoyait de financer d’autres projets, et que nous avons découvert que nous devions tout organiser nous-mêmes, nous avons commencé à négocier », explique Darek Jakubowicz, directeur des Bohemians 1905.
« En 2016, il y avait un accord selon lequel nous échangerions des terrains avec le Xe arrondissement de Prague, mais la municipalité est intervenue. Deux ans plus tard, nous avons signé un contrat de cinq ans et après cette période, nous avons appris que le stade n’était pas une priorité. Nous avons donc commencé à négocier. Nous voulions un bail à long terme, étant entendu que nous le rénoverions nous-mêmes », admet Dariusz Jakubowicz, le père de Darek et président du conseil d’administration.
Mi-mai, des images du projet de rénovation du stade ont été rendues publiques. L’initiative vise à moderniser l’enceinte tout en conservant son esprit historique. Pour l’heure, les travaux n’ont pas encore de date de début précise, comme l’explique à Radio Prague International Darek Jakubowicz.
« Nous voulons commencer au plus vite, tout dépendra de quand nous obtiendrons le feu vert des autorités. Il reste à finaliser la documentation du projet, puis à entamer le processus de construction. Mais tout laisse à penser que nous pourrions commencer idéalement en décembre. Parallèlement, nous testons comment fonctionnent les institutions, et en fonction de cela, nous saurons comment avancer dans les étapes suivantes et à quel rythme. On estime que le projet durera entre quatre et cinq ans. »
La Bombonera des Boca Juniors parmi les inspirations
Pendant la rénovation, les Bohemians envisagent de continuer à jouer dans leur stade. Le nouveau Ďolíček ne sera pas réservé uniquement à l’équipe locale : il pourrait aussi accueillir certaines compétitions internationales. Darek ajoute que l’objectif est de retrouver la capacité historique du stade, soit environ 8 000 spectateurs, dans lequel s’est même produite Tina Turner dans les années 1990.
Un des aspects du projet qui a suscité le plus d’attention est la tribune Est, qui ne fera que 4,5 mètres de large, devenant ainsi l’une des plus étroites du monde. Son design a été comparé par plusieurs journalistes tchèques à celui des loges de la légendaire Bombonera de Buenos Aires, conçue par l’architecte slovène Viktor Sulčič et inaugurée le 25 mai 1940.
Darek Jakubowicz confirme qu’ils ont étudié différents stades dans le monde durant la première phase du projet, et que celui de Boca Juniors est une référence incontournable, tout en soulignant les différences majeures entre les deux sites.
« Tout le monde pense à la Bombonera quand on évoque une tribune proche du terrain, c’est toujours une référence. Cela dit, je ne sais pas si l’on peut vraiment dire que nous nous en sommes directement inspirés, car notre stade est bien plus petit. On s’est surtout adapté à l’espace disponible, plutôt que de chercher volontairement à construire une tribune étroite. »
Au-delà de l’influence concrète du stade des Boca Juniors sur le futur Ďolíček, Darek Jakubowicz estime que les deux clubs partagent aussi plusieurs similitudes notables, notamment leur année de fondation : 1905.
« Je pense que l’enthousiasme des supporters unit ces deux clubs : tout comme les fans de Boca Juniors sont connus dans le monde entier, les supporters de Bohemka ont une identité unique dans le contexte tchèque, et probablement les plus fidèles du pays. »
Une lutte pour que le football reste joué à cet endroit
Malgré sa forte identité et des fans qui ont mis la main à la poche pour le sortir de mauvaises passes, le club des kangourous (klokani en tchèque) de Prague n’a remporté qu’un seul titre de champion, en 1983. Autre anecdote notable : le club a réussi à faire renommer l’arrêt de tramway situé à proximité du stade. Jusqu’en septembre 2012, il s’appelait Oblouková. Il porte désormais le nom du club : Bohemians. La défense du stade est, elle aussi, une belle histoire, comme le rappelle Darek Jakubowicz :
« Nous nous sommes beaucoup battus pour préserver le football ici, car le propriétaire du terrain ne voulait pas qu’on y joue, il ne voulait pas de stade. Il voulait le démolir. Nous avons tenté de préserver le stade grâce à la municipalité ou à l’administration locale, et nous y sommes finalement parvenus en 2016, en obtenant un contrat de location que nous avons depuis renouvelé. »
Le coût initial du projet a été estimé à 14 millions d’euros, bien que le montant final puisse être un peu plus élevé. La famille Jakubowicz en sera le principal financeur.
Il n’existe pas de statistiques officielles, mais tout semble indiquer que les Bohemians sont l’un des clubs de Prague les plus populaires auprès des étrangers. Il n’est pas rare d’entendre d’autres langues que le tchèque dans les tribunes pendant les matchs et notamment dans le kop derrière la cage côté nord.
C’est aussi ce que constate le directeur du club :
« Je pense que c’est lié à la structure du stade, qui est un lieu intéressant pour les groundhoppers, ces passionnés qui voyagent pour voir des matchs de foot partout dans le monde. De plus, à Prague, plusieurs matchs ont souvent lieu le même week-end, donc un groundhopper peut en voir trois ou quatre en quelques jours. Bohemka en fait souvent partie, notamment quand on joue à des dates proches du Slavia. Et oui, nous remarquons clairement qu’il y a beaucoup d’étrangers. C’est agréable. »
Le pouls du quartier de Vršovice bat régulièrement au rythme du football, le Slavia, récemment couronné champion national, ayant son stade juste à côté de l’antre des kangourous de la Bohemka :
« Le derby le plus local est contre le Slavia, car nous sommes à seulement 1,5 km de distance. En termes de supporters, la rivalité est plus forte avec le Slavia qu’avec le Sparta. Il y a aussi le Dukla, donc il y a aujourd’hui trois derbys en première division chaque année. Mais les plus intenses sont contre le Slavia et le Sparta. »
Ce même Sparta prévoit également de jouer dans un stade flambant neuf, là où se trouve actuellement l’immense stade Evžen Rošický sur la colline de Strahov. Le budget du club de Daniel Křetínský n’est pas comparable et le coût de ce nouveau stade, prévu pour 2035 et dont nous reparlerons bientôt, est estimé à 200 millions d’euros.
Côté sportif, la saison des Bohemians pourrait être qualifiée de « not great, not terrible », avec une dixième place au classement final de la Chance Liga. Mais l’important était peut-être ailleurs, avec un sublime record repris par le légendaire Josef Jindřišek pour son dernier match sous les couleurs verte et blanche au Ďolíček au début du mois de mai. À 44 ans, le défenseur est le joueur le plus âgé à avoir marqué un but (sur pénalty) dans l’histoire du championnat de l’élite nationale.
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