« Le français, ça fait onduler la langue »

Andrea Šteflová

Parmi les enseignants mis à l’honneur lors de la remise des prix « Un grand merci » de l’Association des anciens élèves des sections tchèques en France, figurait Andrea Šteflová, professeure de français à Český Těšín, ville de l’extrême est de la République tchèque située sur la frontière avec la Pologne. Une femme à l’enthousiasme contagieux, habitée par la nécessité de transmettre son amour du français à ses jeunes élèves, et qui, après la cérémonie qui s’est récemment tenue au siège du ministère des Affaires étrangères, a évoqué sa passion pour son métier au micro de RPI :

« Je m’appelle Andrea Šteflová et travaille au lycée Józef Božek (Gymnázium Josefa Božka) de Český Těšín, à une trentaine de kilomètres d’Ostrava, ma ville de naissance. Pourquoi le français ? J’ai d’abord fait des études géologie et de géochimie à l’Université Charles, et comme j’étais plutôt une bonne étudiante, il me restait un peu de temps libre. Je me suis donc dit que je pourrais étudier quelque chose d’autre en dehors des cours... Mais aujourd’hui, je ne serais plus très bien vous dire pourquoi j’ai alors choisi le français. Peut-être que ça me semblait une langue suffisamment difficile pour remplir mes journées. En même temps, c’est une langue jolie et intéressante, et il faut que ça le soit. »

« Une fois mon master de géologie et géochimie en poche, je suis partie en France, parce que je me suis très vite rendu compte qu’en restant ici, je n’apprendrai pas suffisamment vite. Or, je ne voulais pas rester une éternelle débutante. Je me suis lancée et c’est comme ça que j’ai passé un an à Troyes comme fille au pair. La passion m’animait, le désir de découvrir, de me faire des amis, de créer des relations d'amitié, et j’y suis d’ailleurs parvenue puisque nous sommes toujours restés en contact et continuons de nous voir avec la famille qui m’avait alors accueillie. Pour vous donner une idée de cette amitié, ce sont aujourd’hui mes élèves qui travaillent comme filles au pair dans la famille de la fille que j’ai autrefois moi-même gardée... La seule différence est qu’elle habite à Nantes. »

Le lycée Josef Božek | Photo: Gymnázium Josefa Božka,  CC BY 4.0 DEED

Qu’est-ce qui motive vos élèves ?

« Ce n’est pas toujours facile à dire parce que ce sont souvent les parents qui décident à la place des élèves, surtout pour les 11-12 ans. Mais j’enseigne aussi depuis déjà 16 ou 17 ans, donc une forme de tradition s’est créée et j’en profite. Et même si ce n’est pas très modeste de ma part de le dire, certains élèves viennent d’autres villes que Český Těšín pour travailler avec moi. »

« Avec un collègue, nous avons aussi créé, il y a 11 ans, un festival qui s’appelle ‘Je sais faire en français’. J’ai longtemps eu cette idée avant de pouvoir la réaliser, mais je n’avais pas de sponsors. Or, pour motiver les jeunes, il faut aussi pouvoir leur proposer quelque chose qu’ils peuvent ‘toucher’. Je travaille aussi au sein du comité de l’Association tchèque des professeurs de français, qui nous soutient financièrement. Et ce festival incite justement les jeunes à apprendre davantage, puisqu’ils veulent montrer à eux-mêmes et aux autres qu’ils savent et peuvent le faire. »

« C’est un festival où personne ne gagne, ou plus précisément où tout le monde est gagnant, et où tous les élèves, qui viennent de toute la République tchèque et même de la Slovaquie voisine, sont récompensés. Cette année, par exemple, nous avons eu 113 élèves qui se sont produits sur scène, avec des chansons, de la poésie, du théâtre. C’est quelque chose de très apprécié. Ce festival participe beaucoup à la promotion du français. »

Le lycée André Malraux à Remiremont | Photo: Lycée Polyvalent André-Malraux

« Mais j’essaie aussi de découvrir d’autres façons, nous tournons par exemple des vidéos avec de la poésie. Et puis nous avons une école partenaire en France, le lycée André Malraux à Remiremont, avec lequel nous collaborons depuis 2007. C’est là aussi quelque chose de très attirant pour les élèves, ils ont envie d’y aller. Eux aussi veulent créer des relations d’amitié. Il y a donc vraiment beaucoup de choses que nous essayons de faire. Je n’oublie pas les concours de l’Alliance française d'Ostrava, les Olympiades... Cette année, un de mes élèves a participé au concours national ici à Prague après avoir remporté le concours régional. Tout ça, ce sont des choses que les élèves se disent. Ils se transmettent les informations, et ça fonctionne ! »

Dans quelle mesure cette notion de plaisir est-elle importante selon vous dans l’apprentissage d’une langue ? Beaucoup de Tchèques ont tendance à dire que le français, c’est difficile...

« Déjà, ce qui les effraie, c’est la prononciation, les accents bizarres... Une fois, une élève a dit 'Le français pour moi, c’est comme une danse. Il y a toujours des accents aigus, circonflexes, c’est comme si je dansais'. Depuis, je dis souvent à mes élèves ‘allez, venez danser avec moi !’ C’est vrai, le français, ça fait bouger, ça fait onduler la langue. »

« Je sais que ça peut sembler difficile au début, mais je leur dis toujours de ne pas faire attention à la prononciation, ne serait-ce que lorsqu’ils commencent l’apprentissage. Ce n’est pas le plus important. On peut très bien se faire comprendre sans savoir prononcer le « r » comme un Français ou en le roulant, pas de souci. Et puis je compare aussi avec l’anglais et l’allemand... Le résultat à la fin est toujours le même : si vous obtenez quelque chose sans effort, cela ne sert à rien. À chaque fois, il faut transmettre votre énergie et votre goût d’apprendre. Voilà, c’est ça ! »

Suite de l’entretien dans la version audio.