Une retouche discutable du panorama de Prague

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Un cube de verre se dressera au premier plan du célèbre panorama du Château de Prague et du quartier de Mala Strana. Vaclav Richter.

C'est le ministre de la Culture, Pavel Dostal, qui a tranché un débat houleux sur la reconstruction des moulins Sova au centre historique de la capitale tchèque. Il a autorisé les architectes à couronner l'édifice historique d'une cage d'escalier en forme de cube en verre qui dépassera le toit de presque 3 mètres et sera visible de loin. C'est un nouveau chapitre d'une discussion sur la reconstruction de ces anciens moulins, au bord de la Vltava, choisis pour abriter la collection d'art moderne de Mme Meda Mladkova.

Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, l'historienne d'art, Meda Mladkova, qui a vécu en France et aux Etats-Unis, a réuni une importante collection d'oeuvres d'artistes tchèques et notamment de Jiri Kolar, d'Otto Guttfreund et de Frantisek Kupka considéré comme un des fondateurs de l'art abstrait. Elle a décidé de faire don de sa collection, évaluée à 380 millions de couronnes, près de 70 millions de FF, à la ville de Prague. Elle a obtenu la promesse de la municipalité de reconstruire les moulins Sova pour abriter sa collection. Les travaux dont le coût est évalué, pour l'instant, à 122 millions de couronnes, ont été accompagnés de nombreux problèmes de financement. Meda Mladkova n'a pas respecté le résultat d'un appel d'offre, a confié les travaux à une architecte de son choix et scandalisé les spécialistes plusieurs fois en cherchant à ajouter au projet initial des éléments jugés incompatibles avec le caractère historique de l'endroit. Elle insistait aussi sur la construction d'une cage d'escalier en verre dépassant le toit qui devrait attirer l'attention des passants et des visiteurs du musée.

Bien que ce projet ait été rejeté par la majorité des responsables des institutions de protection du patrimoine, Meda Mladkova n'a pas déposé les armes et a présenté l'affaire au ministre de la Culture, Pavel Dostal. Ce dernier a tranché en sa faveur en déclarant que le cube discutable pourrait être considéré comme une oeuvre d'art d'un genre spécial. Sa décision a provoqué un désaccord quasi total des milieux de protection du patrimoine. Les spécialistes sonnent l'alarme. A leur avis, le cube jurera avec les toits historiques de Mala Strana qui sont en tuiles et en ardoises, et sera lourd de conséquences car il fera tomber un tabou respecté plus ou moins jusqu'à présent. "Il s'agit d'une forme cultivée de la publicité, déclare le directeur de l'Institut de protection du patrimoine, Josef Stulz. Aujourd'hui elle est imposée par Meda Mladkova, demain une pareille demande pourra être présentée par la firme Mac Donald's, par exemple."