1 100 bureaux de poste menacés

Photo: Archives de Radio Prague
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Deux pétitions pour une seule et même cause se trouvent actuellement sur le bureau du ministre social-démocrate de l’Intérieur, Milan Chovanec. Ces deux textes, qui ont recueilli ensemble près de 110 000 signatures, visent à empêcher la suppression de 1 100 bureaux de poste, dont beaucoup situés à la campagne. Radio Prague a interrogé deux initiateurs de ces pétitions pour mieux comprendre les enjeux qui entourent ce débat.

Photo: Archives de Radio Prague
La mobilisation citoyenne pour sauver les bureaux de poste est née d’une décision de l’Office national des télécommunications (ČTÚ). L’année dernière, l’Office a calculé que la poste tchèque pouvait fonctionner avec seulement 2 100 bureaux de poste, soit moitié moins qu’il n’en existe actuellement, précisément 3 227. Pour obtenir ce résultat, l’Office a respecté la double condition déterminée par la régulation législative des services de la poste. Tout d’abord, aucun domicile ne doit se trouver à moins de dix kilomètres d’un bureau de poste dans les villages et à moins de deux kilomètres dans les villes. Ensuite, chaque municipalité ayant plus de 2 500 habitants doit avoir au moins un établissement postal. Même s’il s’agit du nombre minimal de postes et que la Poste tchèque assure ne pas envisager la suppression de tous les autres bureaux, Jana Juřenčáková, présidente de l’Association des autorités locales (SMS – Sdružení místních samospráv) trouvait nécessaire de lancer une pétition sur ce sujet :

Jana Juřenčáková,  photo: Site officiel de Jana Juřenčáková
« Nous avons lancé la pétition pour sauver les postes à la campagne le 11 décembre 2013. Notre objectif était d’empêcher l’ancien gouvernement intérimaire de Jiří Rusnok de prendre des décisions dans ce domaine très politique. A terme, nous voulons éviter la suppression des bureaux de poste dans les villages. Pour ce faire, nous avons collecté 72 000 signatures en un mois. Avec les péripéties autour de la création du nouveau gouvernement, nous avons prolongé la pétition et avons terminé avec au total 107 838 signatures provenant de 870 villages et villes. »

Sans concertation préalable, une seconde pétition a été lancée au même moment et avec le même but – empêcher la suppression des bureaux de poste. Son auteur, Petr Socha de Liberec, ville du nord de la Bohême, explique :

« Je suis moi-même employé de la poste, je travaille à Liberec dans un centre de distribution où je suis responsable de la logistique. Mais notre établissement doit être supprimé le premier avril. Nous avons reçu un avertissement informel concernant cette décision déjà avant Noël et les gens étaient désespérés. Certains pensaient partir en congé maladie ou faire la grève pendant la période de Noël. Je trouvais que cela ne profiterait à personne et donc j’ai rédigé cette pétition. »

Pour sauver l’emploi de quatre-vingt-dix-neuf personnes à Liberec, Petr Socha a récolté près d’un millier de signatures et a envoyé le texte à un député de la région. Ainsi, les deux pétitions se renforcent mutuellement dans leur appel à ce que le gouvernement élabore une stratégie de fonctionnement de la Poste tchèque à long terme.

Car c’est au gouvernement qu’incombe la décision de suivre ou non les recommandations de l’Office des télécommunications sur le nombre minimal de bureaux de postes. Car la Poste tchèque est une entreprise publique dans le giron du ministère de l’Intérieur. Le ministre concerné ainsi que le Premier ministre, Bohuslav Sobotka ont promis que toute délibération sur l’avenir de la poste se fera en coordination avec les acteurs concernés, y compris donc avec l’Association des autorités locales. Mais malgré ces assurances des autorités publiques, Petr Socha affirme que la suppression des postes continue. Il dénonce la stratégie qu’adopte la direction de la Poste tchèque :

Photo: Filip Jandourek,  ČRo
« La Poste procède de manière suivante – elle réduit les horaires d’un bureau particulier, ensuite, elle le ferme temporairement et elle finit par le supprimer. Je comprends que les bureaux doivent être rentables, mais l’entreprise doit être capable de trouver de nouveaux financements, et compenser les pertes de certains bureaux non rentables. S’il fallait en fermer quelques-uns, il est possible d’envisager par exemple un système de prestations postales dans des locaux non postaux. »

Déléguer les services de la poste à d’autres établissements, de préférence à des administrations publiques, c’est une des solutions qu’envisage la direction de la Poste tchèque, si on se tient aux déclarations du porte-parole de l’entreprise, Ivo Mravinac. Selon lui, il faut regarder à l’étranger pour trouver de l’inspiration, par exemple en Autriche, où seuls 550 bureaux de poste sont gérés par la poste et les 2 000 restants sont gérés par des établissements non postaux. Néanmoins, cette délégation des services de la poste risque de réduire la gamme des services offerts. Et que faire si un centre commercial proposant des services postaux venait à fermer ?

Parmi les solutions envisagées, Petr Socha propose également que la poste devienne le fournisseur privilégié de la fonction publique, ce qui lui permettrait de compenser certaines pertes qui découlent d’une baisse de la demande en courrier. Le ministère de l’Intérieur a déjà affirmé qu’il utiliserait les services de la Poste pour faire des économies, car un distributeur unique, de plus sous l’égide de son ministère, permettrait de diminuer les coûts de livraison des colis. En tous les cas, les pétitions seront également prises en compte par la commission parlementaire des pétitions ainsi que par le gouvernement de Bohuslav Sobotka, lequel présentera prochainement une stratégie pour l’évolution de la Poste tchèque.