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4) Le Musée de la mine de Příbram, sous terre et à ciel ouvert

Le Musée de la mine de Příbram

Le Musée de la mine de Příbram est non seulement l’un des plus anciens musées tchèques, mais également le plus important de par le nombre de ses expositions permanentes. La plupart des sites dont il se compose se trouvent dans le quartier de Březové Hory, autrefois centre de minage considérable à l’échelle du pays.

Ecomusée dont la fondation remonte à 1886, Le Musée de la mine de Příbram présente à ses visiteurs l’exploitation des mines et son histoire, en soulignant le fait qu’il s’agit d’une véritable tradition dans le pays. Son directeur, Josef Velfl, explique la mission du musée :

Josef Velfl | Photo: Romana Marksová,  Radio Prague Int.

« Nous essayons d’attirer l’attention sur le fait qu’autrefois, l’industrie minière était un élément considérable du développement économique et culturel des régions où les mines se trouvaient. Nous travaillons en partenariat avec d’autres musées de la mine européens, comme par exemple le Deutsches Bergbau-Museum de Bochum et le Musée industriel de Dortmund, en Allemagne, ou encore le musée de Banská Štiavnica, en Slovaquie. Nous faisons des échanges d’expérience et nous nous prêtons des expositions, entre autres collaborations. »

La mine Anna | Photo: Le Musée de la mine de Příbram

La majeure partie de ses attractions sont dans le quartier de Březové Hory, à Příbram, donc, où se trouvent les mines appelées Anna, Vojtěch et Ševčinský. Là, des expositions dans les bâtiments autrefois utilisés pour l’exploitation et l’administration des mines présentent aux visiteurs l’histoire de l’extraction de l’argent, de l’uranium et d’autres minerais. Ils ont également la possibilité de faire un tour en petit train minier en surface et sous terre, d’explorer plusieurs kilomètres de galeries, et même de faire une glissade sur un toboggan de 50 mètres pour arriver à une gigantesque roue à eau qui servait à faire fonctionner différentes machines sous terre. Josef Velfl :

Le toboggan dans la mine Drkolnov | Photo: ČT

« Si j’avais à nommer le moment le plus fort de la visite de notre musée, ça serait certainement le petit train souterrain. Les trois lignes de train en fonctionnement sur le site suivent les traces des anciens mineurs ; les visiteurs ont donc la possibilité de se mettre dans leur peau. Sous terre, ils peuvent également tester à quel point il était difficile d’extraire la roche à l’aide d’outils de travail très élémentaires. De plus, dans la mine Drkolonov, ils ont la possibilité de faire une glissade sur un toboggan de 51 mètres qui les amène jusqu’à une roue à eau. Elle est gigantesque, d’une hauteur correspondant à un immeuble de trois étages, un véritable monstre ! »

La mine Vojtěch | Photo: Ivo Bešťák,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 3.0

« Nous sommes également le seul musée d’Europe qui permet à ses visiteurs de jeter un œil dans un puits d’extraction d’une profondeur de 1 600 mètres, qui est éclairé et surmonté d’une grille en acier. Ce puits est appelé Prokop. Et puis, dans la mine Vojtěch, nous avons également l’une des plus anciennes machines d’extraction à vapeur utilisés pour l’extraction de minerai. Elle date de 1873 et a été utilisée jusqu’en 1978. D’un point de vue esthétique, elle est absolument magnifique. De nombreux groupes de heavy metal se sont pris en photo avec cette machine, et nous avons également organisé ici plusieurs concerts de rock. »

La machine d’extraction à vapeur dans la mine Vojtěch | Photo: Pavel Pavlas,  ČRo
L’écomusée de Vysoký Chlumec | Photo: Richenza,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 3.0

Outre les mines et bâtiments du site de Březové Hory, donc, les visiteurs peuvent voyager dans le temps grâce à trois sites se trouvant à une trentaine de kilomètres de Příbram. Il y a tout d’abord l’écomusée de Vysoký Chlumec, où se trouvent des bâtiments datant du XVIIe siècle au début du XXe siècle et mettant en évidence la richesse de l’architecture rurale et son évolution dans une région fortement marquée par l’extraction de pierre. Ensuite, l’exposition du musée Špýchar de Prostřední Lhota présente la vie quotidienne au XIXe et XXe siècle. Enfin, à Nový Knín, un musée est dédié au travail et à l’extraction de l’or dans la région.

Le musée de l’or à Nový Knín | Photo: Marie Čcheidzeová,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0

Il est vrai que l’histoire et le développement de Příbram et de la Bohême Centrale sont étroitement liés à l’extraction des minerais. Comme le rappelle Josef Velfl, tout aurait commencé il y a bien, bien longtemps, du temps de Libuše, l’ancêtre mythique de la dynastie des Přemyslides et du peuple tchèque en général :

« D’après la légende, la princesse Libuše se tenait debout sur la colline de Vyšehrad, à Prague, le regard fixé vers le sud-ouest, et elle a déclaré à ses proches : ‘Allez-y. Je vois à l’horizon une colline de bouleaux. Elle est remplie d’argent ; creusez.’ Il s’agirait de l’endroit où nous nous trouvons en ce moment-même, que l’on appelle Březové Hory (‘monts de bouleaux’, ndlr). Ce n’est qu’une légende, mais des découvertes archéologiques datant du XXIIe et XIIIe siècle permettent d’affirmer qu’une activité minière intense y avait déjà lieu à l’époque. L’extraction se concentrait alors sur le métal que l’on trouvait le plus ici, à savoir l’argent. Plus tard, on commença également à extraire le plomb. »

Březové Hory | Photo: Miloš Turek,  Radio Prague Int.

Quelques siècles plus tard, au XIXe siècle, c’est donc avec l’argent et le plomb que la région connaît son… siècle d’or. Josef Velfl :

Photo: Romana Marksová,  Radio Prague Int.

« Dans les faits, le XIXe siècle constitue le plus grand boom de l’industrie minière dans la région. On y extrayait jusqu’à 90 % des stocks de l’Autriche-Hongrie, à savoir de toute l’Europe centrale, ou presque. De plus, au XIXe siècle, Příbram a été le lieu de plusieurs premières pour l’industrie minière européenne ou mondiale. Ainsi, dès 1836, on y utilisait des câbles métalliques. C’est également ici qu’ont été utilisées les premières machines d’extraction de minerai à vapeur, et ce dès 1846. Et à partir de 1849, les mineurs descendaient à la mine à l’aide d’une sorte d’ascenseur, et non plus par des échelles ou dans un tonneau. »

La mine de l’uranium | Photo: Hornické muzeum Příbram

« Ensuite, le deuxième boom de l’industrie minière a lieu après 1945, avec la découverte de l’uranium et de l’importance de l’énergie utilisée à la fin de la Seconde Guerre mondiale par les Américains lors du bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki. Cependant, dès 1945, la Tchécoslovaquie a conclu un accord que l’on qualifierait aujourd’hui d’étrange et de désavantageux d’un point de vue diplomatique. Il garantissait l’extraction et la fourniture d’uranium exclusivement pour l’Union soviétique. C’est à cette époque que le minerai d’uranium a commencé à être extrait dans la région de Příbram. Les premiers puits ont été percés en 1948, après une prospection géologique. On a extrait de l’uranium dans notre région jusqu’en 1991. »

Le mémorial Vojna | Photo: Barbora Kvapilová,  ČRo

L’extraction de l’uranium dans la région et ailleurs dans le pays n’aurait pu se faire sans l’exploitation d’une main d’œuvre qu’on imagine difficilement consentante : les prisonniers politiques que le régime communiste affectait aux mines. Le Musée de la mine de Příbram consacre l’un de ses sites, celui dit « Na vojně », à 6 km de Příbram, aux victimes du communisme et à l’histoire de l’extraction de l’uranium. Il s’agit d’un site pénitentiaire authentique et unique en Europe centrale.

Štědrovečerní šichta au Musée de la mine de Příbram | Photo: Hornické muzeum Příbram

Outre les expositions et visites permanentes, le Musée de la mine de Příbram organise également divers événements exceptionnels. Prochainement, il sera possible d’y voir comment les miniers passaient les fêtes de fin d’année. Par ailleurs, un événement appelé « Štědrovečerní šichta » (« la corvée du réveillon de Noël ») rappellera aux visiteurs qu’autrefois, les mineurs ne connaissaient pas de jour chômé.

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