17 novembre : remise du prix Mémoire de la nation aux résistants anti-communistes

Le remise du prix Mémoire de la nation, photo: Lukáš Žentel/Post Bellum

Quatre personnes se sont vues remettre le prix Mémoire de la nation, à l’occasion d’une cérémonie tenue traditionnellement le 17 novembre au Théâtre national. Depuis 2010, une quarantaine d’anciens prisonniers politiques et de survivants de la Shoah ont ainsi été récompensés par l’association mémorielle Post Bellum.

Milena Blatná,  photo: Foto: ČTK / Vít Šimánek
Parmi les personnes distinguées cette année, le résistant anti-communiste et ancien prisonnier politique Jiří Světlík, Marta Szilárdová, survivante de l’Holocauste qui a sauvé la vie de sa sœur pendant une marche de la mort ou encore l’ancienne prisonnière politique Helena Kociánová, qui, elle, a perdu sa jambe un jour avant sa libération en aidant une codétenue. La quatrième lauréate du prix Mémoire de la nation, Milena Blatná, a apporté son aide aux prisonniers politiques dans les mines d'uranium de Jáchymov, en Bohême de l’Ouest. La dame de 84 ans s’est souvenue des activités clandestines qu’elle a menées, dans les années 1950, parallèlement à son travail officiel de contrôleuse des déchets radioactifs :

« Quand j’ai commencé à travailler dans les mines, j’avais 18 ans et j’étais encore pleine d’idéaux. Mais j’étais terrifiée par les conditions qui régnaient dans ce camp de travaux forcés. Les prisonniers n’y étaient pas uniquement pour purger leur peine. Ils y étaient torturés par la faim et par le froid. Mais ce qui était le plus difficile, peut-être, pour eux, c’est qu’ils étaient totalement coupés de leurs familles, de leurs enfants. Leur souffrance ne m’a pas laissée indifférente. Certes, j’approvisionnais les prisonniers en nourriture, mais surtout, je leur transmettais les lettres de la part de leurs proches et vice-versa. »

En faisant l’intermédiaire, pendant plusieurs années, entre les prisonniers politiques, parmi lesquels figurait aussi son futur mari Jiří, et leurs familles, Milena Blatná a risqué, elle aussi, une peine de prison. Elle y a échappé de justesse en 1954, lorsque son activité a été dévoilée :

« Une de ces lettres transmise à quelqu’un en secret a été retrouvée. Je ne sais pas comment c’est possible, mais il ne m’est rien arrivé, j’ai juste dû quitter mon poste. J’explique cela par le fait que cet incident est arrivé juste après la mort de Staline et de Gottwald (premier président de la Tchécoslovaquie communiste en 1948, ndlr). C’était une période d’incertitude et cela m’a probablement sauvée. »

Le remise du prix Mémoire de la nation,  photo: Lukáš Žentel/Post Bellum

Les lauréats 2018 du prix Mémoire de la nation ont été désignés par 6 000 membres, collaborateurs et sympathisants de l’association Post Bellum, notamment par des documentaristes, enseignants, étudiants et journalistes. C’est d’ailleurs l’objectif principal de cette ONG créée il y a une vingtaine d’années autour d’un petit cercle de journalistes de la Radio tchèque, d’historiens et de politologues : conserver et faire connaître les destins des témoins de l’occupation nazie de la Tchécoslovaquie puis des heures les plus sombres du communisme.

Post Bellum réalise à cet effet de nombreux projets destinés aussi bien à la jeunesse qu’aux adultes. L’un de ces projets qui donne la parole aux témoins des deux régimes totalitaires que le pays a connus au XXe siècle se déroule jusqu’au 9 décembre prochain dans les salles situées sous l’ancien monument à Staline, sur la colline de Letná, à Prague (cf. https://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/sur-la-colline-de-letna-une-exposition-interactive-sur-les-deux-totalitarismes.) Il s’agit d’une exposition interactive, basée sur des projections et des installations audiovisuelles. L’exposition est très prisée du public : les visites sont généralement complètes et il convient de les réserver préalablement sur Internet.

http://stalin.pametnaroda.cz/