2015, année exceptionnelle pour le sport en République tchèque

O2 Arena, photo: Filip Jandourek, ČRo

Qui dit année impaire en sport, dit année sans Jeux olympiques, Coupe du monde ou Euro de football. Et la Coupe du monde de rugby à l’automne prochain ne passionnera pas spécialement les Tchèques. Pour autant, 2015 sera tout sauf une année ennuyeuse ou de simple transition pour les amateurs de sport en République tchèque. De la tenue à Prague des championnats d’Europe en salle d’athlétisme en mars à la phase-finale de l’Euro espoirs de football en juin en passant, bien entendu, par l’organisation du championnat du monde de hockey sur glace en mai, l’année sportive 2015 sera particulièrement riche en grands événements, à l’échelle locale, en République tchèque.

Les championnats d’Europe d’athlétisme ont été lancés officieusement mi-décembre à Prague avec le vernissage à la Galerie Harfa d’une exposition consacrée à l’histoire de l’athlétisme tchèque depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. L’inauguration s’est faite en présence des trois plus grandes athlètes tchèques de la seconde moitié du XXe siècle : Dana Zátopková, sacrée championne olympique du lancer du javelot en 1952 à Helsinki le même jour que son coureur de mari Emil Zátopek, la lanceuse de poids Helena Fibingerová et la toujours recordwoman du monde du 800 mètres Jarmila Kratochvilová. L’exposition, qui restera ouverte jusqu’au 15 mars, doit constituer une mise en bouche avant l’ouverture d’un événement très attendu par les amateurs du sport roi des Jeux olympiques, parmi lesquels figure précisément Jarmila Kratochvilová, qui entraîne toujours des jeunes dans la petite ville de Čáslav, en Bohême centrale :

« Prague méritait d’accueillir une grande compétition. Cela faisait tellement longtemps que nous n’avions plus rien eu que c’est déjà bien que nous puissions voir ces championnats d’Europe en salle. »

Ceux-ci reviennent donc dans la capitale tchèque pour la première fois depuis trente-sept ans et seront disputés dans l’O2 Arena. L’attente du public est grande puisque tous les billets pour les deux jours de finales, les samedi après-midi et dimanche, ont déjà été vendus. Les spectateurs espèrent assister au succès d’au moins un des leurs, un des principaux prétendants à une médaille étant le champion du monde et d’Europe en titre du 400 mètres Pavel Maslák, de retour à la compétition après une saison 2013 tronquée par les blessures :

« Il y a plusieurs facteurs qui se sont ajoutés les uns aux autres : d’abord ce sera une compétition à domicile et ensuite je défendrai mon titre après une année dernière compliquée. Niveau motivation, je peux donc difficilement espérer beaucoup mieux. Ce sera un des grands moments de la saison à venir pour moi. Si je pouvais donc conserver mon titre, ce serait super ! »

Pavel Maslák ne sera pas le seul sprinter attendu. Champion d’Europe en salle du 60 mètres haies en 2011, Petr Svoboda a effectué son grand retour sur les pistes en 2014 après pas moins de trois ans et demi qui l’ont tenu éloigné des pistes en raison d’une blessure à un talon d’Achille. Le hurdler tchèque visera un podium, tout comme la championne du monde en titre du 400 mètres haies Zuzana Hejnová, elle aussi de retour à la compétition après une saison 2014 blanche. Même si sa discipline de prédilection ne figure pas au programme des épreuves organisées en salle, celle qui a été élue meilleure sportive tchèque de l’année 2013 entend faire bonne figure et décrocher une médaille sur le 400 mètres plat. Une ambition qui sera celle également des perchistes Jan Kudlička et Jiřina Ptáčníková, tous deux doubles médaillés en salle comme en plein air ces dernières années, ou encore du lanceur de poids Ladislav Plašil, médaillé de bronze, lui, aux championnats d’Europe en salle en 2013. Avec une salle annoncée pleine durant quatre jours, le spectacle offert par le gratin de l’athlétisme tchèque et européen devrait donc être au rendez-vous à Prague du 5 au 8 mars prochain.

Le Mondial de hockey sur glace de retour en Tchéquie

O2 Arena, photo: Filip Jandourek, ČRo
Moins de deux mois après ce grand rendez-vous de l’athlétisme européen, c’est cette fois l’élite mondiale du hockey sur glace qui évoluera devant les 17 000 spectateurs de l’O2 Arena. Onze ans seulement après, la République tchèque accueille en effet de nouveau, à Prague et à Ostrava, le championnat du monde de hockey, événement toujours à marquer d’une croix rouge dans le calendrier sportif tchèque.

Pour cette édition 2015, les organisateurs entendent établir un nouveau record de spectateurs pour l’ensemble du tournoi, un record de fréquentation que détenait la République tchèque depuis 2004 mais qu’a battu la Biélorussie l’année dernière avec un peu plus de 643 000 billets vendus. Un objectif pas impossible selon le secrétaire général de la Fédération tchèque de hockey sur glace, Martin Urban :

« Notre record, qui était d’un peu plus de 552 000 spectateurs, a tenu dix ans jusqu’à ce que Minsk le dépasse. Nous avons le potentiel pour faire mieux encore cette année. Pour cela, nous aurons besoin de moyennes d’environ 13 5000 spectateurs par match à l’O2 Arena à Prague et de 7 000 spectateurs à la ČEZ Arena à Ostrava. »

Une chose est déjà acquise : les matchs de l’équipe de République tchèque, dont celui de groupe contre la France le 7 mai, seront disputés à guichets fermés. Dès le lancement de la vente au grand public le 4 novembre dernier, les billets pour chacune des sept rencontres de la Reprezentace au premier tour, et notamment celles contre le Canada et la Suède, adversaires traditionnels, se sont arrachés en moins de sept heures, faisant comme souvent de nombreux mécontents.

En 2004 déjà, malgré l’achèvement et la livraison de salle à Prague flambant neuve quelques jours seulement avant le début de la compétition, la Fédération internationale s’était félicitée du choix de confier l’organisation du Mondial à la République tchèque, comme l’avait confié son président suisse à Radio Prague. A l’époque, les Tchèques avaient littéralement vécu au rythme du championnat durant quinze jours et René Fasel s’était dit enchanté par l’ambiance qui avait régné à Prague et à Ostrava :

« Fantastique ! Nous avons vécu des moments extraordinaires dans cette superbe patinoire de Prague. J'apprécie, j'aime beaucoup la passion que les Tchèques ont pour ce jeu, le cœur qu'ils ont pour le hockey et dont ils ont su faire preuve même suite à la défaite de leur équipe contre les Etats-Unis en quarts de finale. Ils ont également été très fair-play avec leurs joueurs perdants. Je respecte vraiment le fan de hockey tchèque parce qu'il est animé de beaucoup de passion et connaît très bien le hockey sur glace. »

Il y a onze ans de cela, bien qu’éliminée aux tirs au but par les Etats-Unis dès le stade des quarts de finale, la République tchèque avait pu compter sur une équipe composée pour l’essentiel de quelques-uns des meilleurs joueurs NHL. Cette année, la présence des vedettes évoluant dans la prestigieuse ligue nord-américaine pourrait être moins importante, une évolution des choses qui ne réduirait cependant en rien ou presque l’intérêt du public pour le tournoi. Depuis l’apparition entretemps de la ligue continentale KHL, championnat eurasiatique qui a remplacé l’ancienne Superliga russe, beaucoup de très bons joueurs qui défendaient autrefois les couleurs d’une franchise NHL exercent désormais leur talent sur les patinoires européennes et seront donc à la disposition des équipes nationales pour le championnat du monde au printemps prochain. Pour autant, si le légendaire Jaromír Jágr, toujours en exercice en NHL malgré ses 43 ans et auteur d’un triplé avec les Devils de New Jersey ce week-end, acceptait d’effectuer une dernière pige avec l’équipe nationale en mai prochain, personne ne s’en plaindrait quand même…

Et enfin l’Euro espoirs de foot…

Et puis un mois à peine après la finale du Mondial de hockey, le 17 mai, place sera faite au football avec le championnat d’Europe espoirs (-21 ans). Qualifiée d’office en tant que pays organisateur de la phase finale, la République tchèque affrontera le Danemark, la Serbie puis l’Allemagne lors de ses trois matchs de groupe. Probablement renforcés par quatre joueurs régulièrement appelés par le sélectionneur de l’équipe seniors, comme Pavel Kadeřabek ou Ladislav Krejčí, les jeunes Lions tchèques auront pour objectif d’atteindre au moins les demi-finales. Une place sur le podium leur permettrait ainsi de se qualifier pour le tournoi olympique de Rio de Janeiro en 2016.

Surtout, l’espace de trois semaines alors que les toutes les compétitions nationales sur le continent seront achevées, la République tchèque, et plus précisément Prague, Olomouc et Uherské Hradiště, lieux des matchs, deviendra la capitale européenne du football. Tout juste peut-on regretter qu’à la différence des championnats d’Europe d’athlétisme ou du Mondial de hockey, cet Euro doive se dérouler sans une présence française. Mais c’est là une autre histoire…