À l’ONU, Petr Pavel appelle la Chine à peser de tout son poids pour aider à mettre fin aux guerres

Petr Pavel à la tribune des Nations unies

À la tribune des Nations unies, mercredi 23 septembre, le président tchèque a appelé la Chine, dans son discours devant l’Assemblée générale, à user de son influence pour mettre fin à l’agression russe contre l’Ukraine, tout en rappelant que la Russie représentait une menace directe pour la sécurité de toute l’Europe.

Un discours dans lequel Petr Pavel a souligné que les règles internationales n’ont de sens que si elles engagent tous les États, y compris les plus puissants. S’adressant en premier lieu aux membres permanents du Conseil de sécurité, il a expliqué qu’à ses yeux, un pouvoir plus important s’accompagne également d’une plus grande responsabilité, et ce, tant en matière d’usage de la force que de retenue et de prévention des conflits.

Le chef de l’État tchèque a ainsi réaffirmé que la Russie, précisément en cette qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, avait déclenché et menait une guerre en violation de la Charte des Nations unies et des principes fondamentaux du droit international. « L’agression russe continue d’infliger d’immenses souffrances au peuple ukrainien. La population civile et les infrastructures continuent d’être prises pour cible sans distinction », a-t-il souligné.

Petr Pavel | Photo: Mehmet Eser,  Reuters

Plus globalement, toujours selon lui, cette « guerre menée par la Russie » a compromis la sécurité alimentaire mondiale et perturbé la production agricole, les exportations et les chaînes d’approvisionnement. « Nous en ressentons les effets dans mon pays, mais ils sont encore plus pressants dans certaines régions d’Afrique et ailleurs, en particulier dans les pays qui dépendent d’approvisionnements alimentaires stables et abordables », a déclaré Petr Pavel, au troisième jour de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Une réunion à laquelle le chef de l’État tchèque participe en compagnie du chef de la diplomatie, Petr Macinka.

Interrogé par la Radio tchèque, Zbyněk Dubský, analyste en politique étrangère à la Faculté des relations internationales de l’École supérieure d’économie à Prague, a réagi à ce discours en expliquant que la seule chose qui l’avait peut-être surpris étaient « les propos relativement forts sur la nécessité de mettre en place un ordre international fonctionnel et d’engager le dialogue même avec ceux que nous ne considérons pas comme des alliés ».

Ainsi, Petr Pavel a explicitement mentionné la Chine, affirmant que celle-ci avait « à la fois le pouvoir, l’influence et la responsabilité d’aider à prévenir les conflits, à apaiser les tensions et à contribuer à mettre fin aux guerres ». Un appel que Zbyněk Dubský considère aussi comme une critique : « Ce n’est pas la première fois que nous entendons cela. Cette prise de conscience, tant dans le contexte tchèque que dans les pays européens, voire même aux États-Unis, découle du fait que la relation entre la Russie et la Chine est perçue comme fondamentale. Et ce, compte tenu notamment du fait que la Russie est capable de mener un conflit intense, voire une guerre intense, sur le long terme. »

La Tchéquie toujours candidate à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité

Parallèlement, le président tchèque, pour qui « c’est non pas entre amis, mais entre adversaires que la diplomatie revêt toute son importance », a également souligné la nécessité de négocier. S’il convient, selon lui, « d’alourdir le coût de la guerre pour la Russie, nous devons aussi donner une chance réelle aux efforts diplomatiques sérieux ». Et même si « les accords semblent parfois lointains, l’ONU joue (alors) un rôle irremplaçable dans les pourparlers entre les parties adverses ».

Petr Pavel | Photo: Mike Segar,  Reuters

Enfin, Petr Pavel a consacré une partie de son discours à la nécessité de réformer l’ONU, notamment dans le contexte de la candidature de la République tchèque à l’un des dix sièges de membres non permanents du Conseil de sécurité pour 2032 et 2033. Selon lui, si elle est élue, la République tchèque, qui aspire à ce statut en même temps que d’autres pays d’Europe centrale et de l’Est ou de l’ancienne Union soviétique toujours considérés aux yeux du reste du monde selon Zbyněk Dubský comme « appartenant à l’ancien ‘bloc de l’Est’ », participera activement aux travaux du Conseil et assumera sa part de responsabilité. « Nous continuerons à contribuer à la prévention des conflits et à leur résolution par le dialogue politique, l’aide humanitaire et une coopération concrète », a promis Petr Pavel.

Toutefois, le succès de la réforme de l'ONU se mesurera à « la capacité du système multilatéral à produire des résultats, à faire respecter le droit international et à garantir que ses règles aient un poids réel ». Pour le président tchèque, c’est précisément de cela que dépendra à l’avenir la légitimité de l’ONU. « Cette tâche est particulièrement urgente dans le domaine de la paix et de la sécurité. La communauté internationale doit être en mesure de prévenir plus efficacement les crises, de protéger les populations civiles et de défendre les règles qu’elle s’est engagée à respecter », a-t-il encore insisté.