La défense, une priorité qui n’en est plus tout à fait une pour la Tchéquie

L’assemblée des commandants de l’Armée tchèque

Alors qu’était commémoré le quatrième anniversaire du début de la guerre en Ukraine, les commandants de l’Armée tchèque étaient réunis à Prague, mardi. Une assemblée semestrielle qui, pour la première fois, s’est tenue en présence du nouveau ministre de la Défense. Un Jaromír Zůna (SPD - extrême droite) représentant d’un gouvernement qui prévoit de réduire sensiblement le montant des dépenses militaires et pour lequel l’aide à l’Ukraine ne constitue plus une priorité.

Petr Macinka | Photo: MZV ČR/MFA ČR

« Aucune armée ne peut briser la volonté d’un peuple qui a décidé d’être libre », a déclaré, mardi, le ministre tchèque des Affaires étrangères, lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation en Ukraine. Comme les 106 autres pays qui ont voté pour l’adoption d’une résolution réaffirmant le soutien des Nations Unies à Kyiv, Petr Macinka a appelé la Russie à mettre fin à la guerre et à donner une chance à la paix, « non pas comme un geste de faiblesse, mais comme un acte de responsabilité ». L’occasion aussi pour le chef de la diplomatie tchèque, qui dans son discours s’est adressé à son homologue russe Sergueï Lavrov, absent à New York, de rappeler que « l’Ukraine ne se défend pas seulement elle-même, mais défend aussi l’idée que la souveraineté a un sens ».

De défense de la souveraineté et de l’idée selon laquelle la Russie demeure la principale menace sécuritaire, il a également été beaucoup question tout au long de la journée de mardi à Prague, où différents événements se sont tenus pour commémorer le quatrième anniversaire du début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine.

Ne pas rester les bras croisés face à une responsabilité commune

Petr Pavel lors d’une audience publique organisée au Sénat | Photo: Kateřina Šulová,  ČTK

Lors d’une audience publique sur le sujet organisée au Sénat, le président de la République, Petr Pavel, a ainsi rappelé que l’agression russe constituait « un test pour la sécurité, la résilience et la capacité de l’Europe à réagir conjointement aux situations de crise ». Citant la Finlande en exemple, le chef de l’État a appelé la République tchèque à faire preuve de davantage de confiance et de fermeté vis-à-vis de la Russie, sans céder à la pression de ceux qui ont tendance à l’intimider. « L’Europe possède tout le potentiel nécessaire pour faire comprendre à la Russie où se trouvent les limites », a-t-il déclaré, tout en souligant qu’il n’était pas dans l’intérêt de la République tchèque que le territoire de la la Russie s’étende au-delà de ses frontières reconnues et se rapproche progressivement des frontières tchèques. « C’est aussi pour cette raison que les Ukrainiens ne se protègent pas seulement eux-mêmes, mais nous protègent nous aussi », a également insisté Petr Pavel.

Mais alors que le ministre de la Défense, le chef d’état-major des Armées et tous les autres commandants de l’Armée tchèque étaient réunis quelques heures plus tôt pour évaluer l’état actuel de celle-ci et ses priorités de développement, le président a aussi rappelé la nécessité de ne pas rester les bras croisés et le fait que la qualité de membre de l’OTAN impliquait « une responsabilité commune ». Autrement dit, Petr Pavel, lui-même ancien général et président du Comité militaire de l’Alliance atlantique, a encouragé la République tchèque, dont « l’avenir est clairement aux côtés de nos alliés de l’OTAN et de l'UE », à tenir ses engagements en termes de dépenses militaires, et ce, de manière à pouvoir « mettre en œuvre les capacités concrètes auxquelles elle s’est engagée ».

« Un retard de développement de 6 à 10 ans » de l’Armée tchèque, selon son chef d’état-major

Ces dépenses militaires et, plus généralement, le financement de l’armée avaient été longuement évoqués dans la matinée lors de l’assemblée des commandants, une réunion qui se tient deux fois par an et à laquelle le nouveau ministre de la Défense, Jaromír Zůna, participait, donc, pour la première fois.

Jaromír Zůna | Photo: Jan Schejbal,  Ministère de la Défense

Une réunion qui se tenait aussi une semaine après que la Commission parlementaire en charge des affaires de défense a recommandé à la Chambre des députés d’approuver le budget de près de 155 milliards de couronnes (un peu plus de 6 milliards d’euros) que le gouvernement dirigé par Andrej Babiš prévoit d’allouer pour 2026 au ministère de la Défense. Soit 21 milliards (860 millions d’euros) de moins que ce que le précédent gouvernement pro-ukrainien de Petr Fiala prévoyait lors de la présentation du projet de budget de l’État avant la tenue des élections législatives à l’automne dernier.

Une réduction des dépenses militaires que le président Petr Pavel a qualifiée « d’irresponsable dans le contexte actuel », mais que le ministre de la Défense, représentant d’une formation politique - le SPD - opposée à l’aide à l’Ukraine, a défendue, mardi, en déclarant que le plus important pour l’armée était « la prévisibilité budgétaire ». Quant à la question de savoir quelle part de son PIB la République tchèque consacrerait aux dépenses militaires, dans un souci de respecter les engagements pris auprès de l’OTAN, Jaromír Zůna a critiqué le manque de vision stratégique qui, selon lui, a prévalu au sein de l’armée ces dernières années, tout en déclarant qu’il ne s’agissait pas là « d’une course aux pourcentages » mais « des capacités concrètes » d'une armée dont « les projets de modernisation ne sont pas remis en cause ».

Jaromír Zůna et Karel Řehka | Photo: Jan Schejbal,  Ministère de la Défense

Une vision des choses que ne partage toutefois bien évidemment pas le chef d’état-major des Armées, puisque celui-ci a insisté, au contraire, sur la nécessité d’investir davantage. Tout en soulignant lui aussi l’importance d’un financement stable, Karel Řehka, qui a regretté « la négligence prolongée de la défense », a porté l’attention sur le fait que l’Armée tchèque accusait « un retard de développement de six à dix ans » par rapport aux capacités requises.

« Il ne faut plus jamais que se reproduise la situation où la défense de la République tchèque tombait en ruines et où tout le monde faisait comme si de rien n’était », a averti Karel Řehka tout en estimant lui aussi que la Russie, qui « s’attaque à notre liberté et à notre souveraineté », constituait aujourd’hui la principale menace à la fois pour la République tchèque et l’Europe dans une situation sécuritaire « pas simple » et qui, toujours selon lui, « ne s’améliorera pas dans un futur proche ».