A Terezín, une cérémonie du souvenir telle une mise en garde pour notre époque
Le 18 mai, comme tous les troisièmes dimanches du mois de mai, s’est déroulée la traditionnelle cérémonie du souvenir à Terezín qui rend hommage aux victimes des persécutions nazies dans le camp de Theresienstadt et à Litoměřice pendant la Deuxième Guerre mondiale. Une commémoration qui s’est tenue sous le signe des parallèles entre cette époque révolue et la nôtre.
C’est sous un ciel tantôt couvert tantôt ensoleillé, l’air alternant coup de froid printanier et courte vague de chaleur de saison, qu’ont défilé les représentants institutionnels de Tchéquie, président Petr Pavel en tête, mais aussi les représentants diplomatiques de différents pays, des cultes catholique et juif ou bien ceux d’associations, pour déposer des couronnes de fleurs au pied des différents mémoriaux du cimetière national de Terezín.
80 ans après la libération du camp – par des unités de l’Armée rouge mais aussi par les 1er et 2e fronts ukrainiens de cette même armée, comme n’a pas manqué de le souligner l’ambassadeur ukrainien à Prague sur son compte X – les discours prononcés en hommage aux victimes avaient plus que jamais valeur d’avertissement et d’appel à la vigilance quant à la fragilité de la démocratie et des valeurs qui l’animent.
Rappelant que le ghetto de Theresienstadt avait avant tout été pensé comme un instrument majeur de la propagande nazie, érigé en « ville offerte aux Juifs » par Hitler, le Premier ministre Petr Fiala a mis en garde contre les résurgences actuelles de la déformation de la réalité :
« Cette dimension manipulatoire confère à Terezín une horreur bien particulière et doit nous servir d’avertissement pour que nous ne nous laissions plus jamais abrutir par la propagande. Celle-ci ne change jamais. (…) Il est de notre devoir de comparer les mensonges et les euphémismes nazis avec ceux d’aujourd’hui. La propagande continue, sous une autre forme, mais avec le même objectif : embrouiller, discréditer et surtout nous rendre apathiques. Le vol du territoire ukrainien devient la ‘protection des Russes’, l'invasion devient la ‘dénazification’, et nos appels au respect du droit international sont qualifiés par le Kremlin de ‘rhétorique de confrontation’. Nous savons déjà tout cela. Nous ne devons pas tomber dans ce jeu. »
Deux prières, une catholique suivie d’une prière juive récitée par le grand rabbin de Tchéquie Karol Efraim Sidon ont ponctué la cérémonie en hommage aux victimes de la barbarie nazie.
32 000 prisonniers, essentiellement des résistants et opposants politiques au nazisme, ont été enfermés par la Gestapo dans la Petite forteresse de cette ancienne ville de garnison du XVIIIe siècle, située derrière le cimetière national où se déroulait la cérémonie de dimanche. Le reste de la ville a connu un sort tragique également : d’abord vidée de ses habitants, puis entre 1941 et 1945, les nazis ont déporté 155 000 Juifs de toute l’Europe dans ce qui est devenu le ghetto de Theresiendstadt. On estime que parmi eux 35 000 personnes y sont mortes essentiellement en raison de la faim et des conditions de vie déplorables.
C’est là qu’est né le 20 mars 1945, Fedor Gál, homme politique et sociologue slovaque, qui s’est souvenu face au public, également composé de très jeunes gens, de la compassion et de l’aide qui a été accordée à sa mère et au bébé « couché dans une boîte de margarine » qu’il était à l’époque : « Je dois dire que certains d’entre eux (des prisonniers, souvent affamés et malades, ndlr) devraient être pour nous des modèles à suivre en tout temps de crise, » a-t-il souligné.
Celui qui, comme tant de Tchécoslovaques et d’habitants d’Europe centrale, a dû subir ensuite une autre dictature – communiste cette fois – après avoir eu la chance de survivre aux horreurs de la Deuxième Guerre mondiale, a rappelé que la lueur d’espoir qui a suivi la révolution de Velours de 1989 a été de courte durée, les mânes du nationalisme refaisant surface très vite dans la foulée.
Passant soudain du tchèque à sa langue slovaque natale, Fedor Gál a, sous des applaudissements fournis, conclu son discours par un appel en direction de son pays d’origine gangréné par le populisme :
« Depuis ce lieu, j’envoie un message en Slovaquie où le passé ressurgit avec une rapidité étonnante et une vigueur inouïe. Ne cédez pas, défendez-vous, résistez, révoltez-vous ! »
Une observation en guise de présage dans un « nouvel ordre mondial » désormais dépourvu de certitudes. La cérémonie, au ton juste et touchant, s’est achevée en fin de matinée dimanche par trois chants interprétés par un chœur de jeunes filles de la ville de Litoměřice. Parmi eux : « Ich wandre durch Theresienstadt » d’Ilse Weber, compositrice née à Vítkovice (Ostrava), employée par la Radio tchécoslovaque comme productrice dans l’entre-deux-guerres, puis infirmière pour les enfants du ghetto de Terezín pour lesquels elle a écrit des chansons et des mélodies, avant d’être déportée et assassinée à Auschwitz avec son fils, le 6 octobre 1944.






