Amazon confirme vouloir s'implanter à Brno

L'endroit pour un centre logistique d'Amazon à Brno, photo: ČTK

L’embauche d’au moins 1500 employés, c’est ce que promet à Brno la multinationale américaine Amazon, leader mondiale de la vente en ligne. Une promesse difficile à refuser en ces temps où le chômage atteint des records en République tchèque. Pourtant, les conseillers municipaux de la principale ville de Moravie hésitent à accepter ce projet de construction d’un centre de distribution. Outre la crainte de ne créer que des emplois précaires et les protestations de certains habitants, les conditions posées par la firme américaine, qui souhaite notamment que son dépôt soit raccordé à l’autoroute, posent problème.

L'endroit pour un centre logistique d'Amazon à Brno, photo: ČTK
En plus de la construction d’un centre de distribution à Dobrovíz, non loin de Prague, qui rencontre également l’opposition des habitants du coin, l’entreprise Amazon a réaffirmé sa volonté d’implanter un entrepôt similaire à Brno, un centre logistique à la superficie gigantesque, 95 000 m2, l'équivalent de treize terrains de football. C’est ce qu’a assuré mardi le maire social-démocrate de la ville, Roman Onderka ; après avoir rencontré des membres de la direction de la société au Luxembourg ; un pays bien pratique, puisque, selon le quotidien The Guardian, le groupe y a facturé ses ventes réalisées sur le sol britannique en 2012 pour payer moins d’impôts.

A Brno, la volonté de la firme américaine, annoncée en 2013, peine pourtant à se concrétiser. Le problème clef est celui du raccordement du centre de distribution, dans le sud de la ville, à l’autoroute D1, toute proche du site. La ville et l’investisseur en charge des travaux, la société CTP, éprouvent bien des difficultés à tomber d’accord sur la répartition des charges supplémentaires qu’impliquent ces travaux. Ainsi à la mi-février, le conseil municipal s’est opposé à toute signature de contrat, avec le soutien de Libor Šťástka, du parti civique-démocrate ODS, pourtant membre de la coalition municipale aux côtés des sociaux-démocrates. Il déclarait alors :

Libor Šťástka, photo: Site officiel de Libor Šťástka
« L’investisseur et bâtisseur du centre logistique doit participer à la construction de cette bretelle d’autoroute, pour que Brno ne devienne pas un grand cauchemar en matière de transports, qui serait causé précisément par la circulation autour de ce centre. »

Après de nouvelles négociations, sociaux-démocrates et représentants du mouvement ODS se sont entendus, et l’équipe municipale a finalement validé un contrat avec l’entreprise CTP. Selon cet accord, la firme accepte d’acheter les terrains où doivent être construits le raccordement autoroutier et ce sont les autorités publiques qui prendront ces travaux en charge. Prise le 26 février dernier, cette décision doit désormais être validée par le conseil municipal. Le maire Roman Onderka est confiant :

Roman Onderka, photo: Barbora Kmentová
« Je perçois la rencontre d’aujourd’hui comme un véritable accord de la coalition formée par le parti ODS et les sociaux-démocrates. Et je suis persuadé que lors du conseil municipal du 18 mars, notre proposition obtiendra une majorité de voix favorables. »

Fin février cependant, personne ne savait si Amazon avait toujours l’intention de s’implanter à Brno. Avec la confirmation de la direction de l’entreprise américaine ce mardi, l’avenir du centre logistique de Brno est désormais dans les mains du conseil municipal. Ce dernier pourrait toutefois écouter les habitants concernés par la construction, qui craignent les nuisances sonores et la pollution issues du futur ballet incessant des camions.

La volonté même des autorités publiques de faire venir à tout prix Amazon ne va pas de soi. Analyste pour la société Akcenta, Miroslav Novák pense d’ailleurs que la République tchèque n’a pas forcément un grand intérêt à attirer les entreprises de ce genre :

Le centre logistique d'Amazon en Californie, photo: ČTK
« Si la République tchèque veut devenir une économie de la connaissance, alors elle devrait encourager les investissements et attirer les capitaux étrangers dans d’autres domaines, principalement dans l’industrie. Mais évidemment également dans la science et la recherche, puisque ces secteurs sont l’avenir de tout pays. »

Par ailleurs, si la société Amazon crée bien autant d’emplois qu’elle le promet, d’aucuns s’inquiètent de leur qualité, la firme étant connue pour les conditions précaires de travail qu’elle impose à ses salariés. « En Amazonie », ouvrage du journaliste Jean-Baptiste Malet, est édifiant à ce sujet. Fin 2013, d’importantes grèves survenues dans les centres de distribution allemands de la multinationale l’ont également rappelé.