Après avoir annoncé renoncer à son holding Agrofert, Andrej Babiš sera bien nommé Premier ministre
Leader du mouvement ANO, grand vainqueur des élections législatives le 4 octobre dernier, Andrej Babiš sera nommé Premier ministre mardi prochain. C’est ce qu’a annoncé le président de la République, Petr Pavel, jeudi soir, peu après qu’Andrej Babiš, auquel un conflit d’intérêts était reproché, a expliqué qu’il avait décidé de renoncer au holding Agrofert, dont il est le propriétaire, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.
« C’est vous, citoyens de la République tchèque, qui avez décidé de mon avenir lors des élections en donnant à moi-même et au mouvement ANO un nombre record de voix et en exprimant clairement votre choix pour le poste de Premier ministre. Après la victoire aux élections, j’aurais bien sûr pu me retirer de la vie politique et mener une vie confortable, ou le mouvement ANO aurait pu nommer quelqu’un d'autre au poste de Premier ministre. Mais je suis convaincu que vous auriez considéré cela comme une trahison. C’est pourquoi j’ai pris une décision que je n’aurais jamais pensé prendre. J’ai décidé de renoncer définitivement à l’entreprise Agrofert, avec laquelle je n’aurai plus rien en commun, que je ne posséderai plus jamais, avec laquelle je n’aurai plus aucun lien économique et avec laquelle je n’aurai plus aucun contact. »
Andrej Babiš l’a également admis : cette décision d’abandonner une « entreprise [qu’il a] passé la moitié de [sa] vie à bâtir », et qu’il considère comme « [son] enfant », n’a « pas été facile » à prendre. Néanmoins, en agissant finalement ainsi, deux mois après la tenue d’élections dont tous les sondages l’avaient pourtant donné vainqueur longtemps à l’avance, le milliardaire a « rempli la condition imposée par le président de la République ».
En effet, soucieux de respecter la loi sur les conflits d’intérêts, qui vise à interdire aux entreprises détenues par un membre du gouvernement de percevoir des subventions et d’obtenir des marchés publics, un texte aussi parfois désigné comme « lex Babiš » adopté en 2017 peu avant précisément l’arrivée au pouvoir de ce dernier, le chef de l’État avait jusqu’à présent refusé de nommer Andrej Babiš Premier ministre.
Tout en lui ayant confié, comme le veut l’usage, la responsabilité de former une nouvelle coalition gouvernementale en tant que vainqueur des élections, Petr Pavel exigeait d’Andrej Babiš qu’il explique publiquement la manière dont il entendait résoudre le conflit d’intérêts auquel il aurait été exposé en tant que chef à la fois du cabinet et d’un groupe, Agrofert, qu’il a lui-même fondé au début des années 1990, peu après la chute du régime communiste, qui a fait sa fortune et bénéficie de nombreuses subventions nationales et européennes. Intransigeant sur une question qu’il considère de principe, le président avait fait de cette explication aux Tchèques une condition sine qua non à sa nomination.
Dans la vidéo mise en ligne jeudi, Andrej Babiš a expliqué que les actions de son futur ex-conglomérat seront gérées par un administrateur indépendant via une structure fiduciaire et contrôlées par un protecteur indépendant. Tous deux seront désignés par une personne elle aussi indépendante, selon l’ancien et futur chef du gouvernement, dont les descendants n’hériteront d’Agrofert qu’après son décès. Sans préciser qui seront ces divers intervenants indépendants, le futur Premier ministre, poste qu’il a déjà occupé entre 2017 et 2021, a précisé qu’il ne reprendra pas la direction d’Agrofert même à la fin de sa carrière politique.
En attendant de voir quelle suite concrète sera donnée à cette annonce, nombre de ses opposants continuant d’estimer que celle-ci ne constitue que de la poudre aux yeux et que, dans les faits, malgré les distances prises formellement, il continuera de tirer les ficelles d’Agrofert, Andrej Babiš a pour l’heure satisfait à l’essentiel et renversé (ou contourné pour ceux qui se trouvent dans le camp de ses détracteurs) le dernier obstacle qui se trouvait sur la voie de son retour au pouvoir. Dans le même temps, le leader d’ANO, a rempli un engagement qu’il avait pris depuis de logs mois auprès de ceux qu’ il a appelés jeudi soir ses « chers concitoyens ».
« J’avais clairement promis avant les élections que je réglerais mon prétendu conflit d’intérêts de manière à ce qu’il ne subsiste aucun doute quant au respect de l’ensemble des exigences du droit tchèque et du droit européen », a-t-il ainsi confirmé.
« Je salue la manière claire et compréhensible dont Andrej Babiš a respecté notre accord et annoncé publiquement la manière dont il compte résoudre son conflit d’intérêts », a pour sa part réagi Petr Pavel sur le réseau X. « J’ai donc décidé de le nommer Premier ministre mardi 9 décembre à 9 heures. Je respecte ainsi les résultats des élections législatives et le déroulement des négociations en cours pour la formation d’un gouvernement de coalition.»
Alors que le président achèvera, en début de semaine prochaine, la série de consultations informelles menées au Château de Prague avec les quinze candidats aux fonctions ministérielles, ce nouveau cabinet tripartite sera composé du mouvement « attrape-tout » ANO, du SPD (Liberté et démocratie directe), formation d’extrême droite, et des Automobilistes, parti lui aussi très à droite sur l’échiquier politique tchèque. Et avec donc bien Andrej Babiš à sa tête.






