Nouveau gouvernement : Petr Pavel met Andrej Babiš au pied du mur
Quelque quarante jours après la tenue des élections législatives, largement remportées par le mouvement populiste ANO, la Tchéquie reste toujours sans nouveau gouvernement. Mais alors que la formation d’une coalition avec le SPD et les Automobilistes est désormais une affaire quasi entendue, le conflit d’intérêts toujours non résolu d’Andrej Babiš, futur probable Premier ministre, apparaît, lui, de plus en plus comme un frein à sa nomination par un président de la République, Petr Pavel, bien décidé de son côté à ce que le leader d’ANO tienne les promesses faites avant les élections.
L’une des principales actualités politiques de la semaine écoulée en Tchéquie aura indéniablement été la rencontre au Château de Prague, mercredi, entre le président de la République, Petr Pavel, et Andrej Babiš.
Une rencontre à l’issue de laquelle le leader du mouvement ANO et (toujours) probable futur Premier ministre a réaffirmé, dans une vidéo mise en ligne sur les réseaux sociaux, que bien qu’il ait l’intention de résoudre son conflit d’intérêts - condition de toute façon sine qua non pour qu’il puisse être nommé par le chef de l’État -, il n’envisageait en aucun cas, en revanche, de se séparer de la holding qui lui a permis de devenir milliardaire et dont il est propriétaire à 100 % :
« J’ai déjà répété à plusieurs reprises que je ne vendrai pas Agrofert, comme j’ai aussi dit et redit que je résoudrai la question du conflit d’intérêts conformément aux lois de notre pays et à la législation européenne. Plus précisément, lors de la conférence de presse qui a suivi l’annonce des résultats des élections [législatives] le 4 octobre dernier, j’ai déclaré que j’avais promis au président de la République que lorsque le moment serait venu, j’irais le voir pour lui présenter une solution conforme aux attentes. »
Malgré cette annonce, la réalité n’en reste pas moins pour l’heure que, quelque quarante jours après ces élections qui ont abouti à un large succès de « son » mouvement ANO, et alors que tout semble être désormais convenu avec le SPD et les Automobilistes, deux partis d’extrême droite, pour la formation d’une nouvelle coalition gouvernementale, Andrej Babiš n’a toujours pas présenté de solution concrète au problème qui pollue sa carrière politique depuis ses débuts il y a bientôt quinze ans.
En attendant, donc, de voir quelle suite il donnera à cette affaire, mercredi dernier toujours, le président de la République a fait savoir à Andrej Babiš qu’il souhaitait qu’il présente de manière transparente et publique la solution qu’il aura trouvée avec ses avocats. Soit, donc, pas seulement entre quatre yeux avec Petr Pavel derrière les murs du Château de Prague, et ce, de manière à éviter tout éventuel malentendu entre les deux hommes.
Mais aussi et surtout pour faire en sorte que les choses soient aussi claires que possible et que les Tchèques soient en mesure de bien comprendre le bien-fondé de la solution qu’Andrej Babiš, visiblement surpris par cette demande, entend proposer.
Si le chef de l’État, il est vrai pas spécialement pressé de nommer Andrej Babiš Premier ministre tant les deux hommes semblent peu s’apprécier, ne perd pas patience, c’est moins le cas, en revanche, des quatre partis formant la coalition gouvernementale sortante.
Ainsi, ce vendredi, les chrétiens-démocrates, avec le soutien des partis conservateurs ODS et TOP 09 et de la formation libérale STAN, et probablement aussi celui des Pirates, ont exprimé leur volonté de convoquer une session extraordinaire de la Chambre des députés précisément pour qu’Andrej Babiš puisse expliquer plus en détail comment il comptait s’y prendre pour résoudre son conflit d’intérêts avant de diriger le nouveau gouvernement.
Comme le président Pavel, tous estiment que le moment est venu pour Andrej Babiš de tenir une promesse faite déjà avant les élections et que les Tchèques ont enfin le droit de savoir quelle idée concrète celui qui sera probablement leur prochain Premier ministre a donc derrière la tête...






