Athlétisme : des médailles et des Mondiaux positifs pour les Tchèques

Petr Frydrych, foto: ČTK

Trois médailles, dont une d’or, toutes décrochées par les lanceurs de javelot. Tel est le bilan tchèque à l’issue des championnats du monde d’athlétisme qui se sont achevés à Londres dimanche. Un bilan plus positif qu’il y a deux ans de cela à Pékin, et auquel s’ajoutent de nombreuses places d’honneur.

Barbora Špotáková, photo: ČTK
Pour les Tchèques, le grand temps fort de ces Mondiaux très réussis restera assurément la victoire de Barbora Špotáková au lancer du javelot. A 36 ans, pour ce qui était probablement sa dernière grande compétition, l’ancienne double championne olympique (Pékin 2008 et Londres 2012) a décroché le deuxième titre mondial de sa carrière, dix ans après le premier à Osaka. En l’espace d’une décennie, l’hymne Kde domov můj a plus souvent résonné dans les stades du monde entier en l’honneur de Barbora Špotáková que pour tout autre athlète tchèque.

Résumer ces championnats à cette seule performance serait toutefois une erreur. Car les hommes, eux aussi, ont fait fort. En battant tous deux leur record personnel, avec respectivement 89,73 mètres pour le premier et 88,32 mètres pour le second, Jakub Vadlejch et Petr Frydrych ont décroché les médailles d’argent et de bronze au lancer du javelot.

Tous deux entraînés par le légendaire Jan Železný, Jakub Vadlejch et Petr Frydrych sont montés sur le podium d’un grand championnat pour la première fois de leur carrière au terme d’un concours remporté par l’Allemand Johannes Vetter, auteur d’un jet à 89,89 mètres. Pour autant, il ne s’agissait pour l’un comme pour l’autre que d’une demi-satisfaction. Jakub Vadlejch explique pourquoi :

Jakub Vadlejch, photo: ČTK
« Je suis d’abord très heureux d’avoir battu mon record personnel. C’était mon premier objectif en venant à ces Mondiaux. A partir de là, il est difficile d’avoir des regrets, même si perdre de seize petits centimètres en finale de Mondiaux en laisse forcément un peu. Champion du monde ou médaillé d’argent, ce n’est pas tout à fait la même chose. Il faut reconnaître que Johannes Vetter était le meilleur aujourd’hui et le féliciter. Cette deuxième place reste un grand succès qui me motive déjà pour les prochaines saisons. »

Jakub Vadlejch le savait bien : l’or et la gloire qui va avec auraient très bien pu être siens avec un lancer encore un peu meilleur :

« Mon entraîneur a comme toujours vu tout un tas d’erreurs. Moi-même, je pense que ce n’était pas le lancer idéal. En même temps, le javelot est retombé à près de 90 mètres, donc tout n’est sans doute pas à jeter non plus. Il est toujours possible de lancer mieux, et c’est ce qui nous pousse à continuer. »

Le sentiment de Jakub Vadlejch était partagé par son collègue d’entraînement Petr Frydrych. Si les mots prononcés au moment de revenir sur sa performance du jour n’étaient pas les mêmes, le fonds de la pensée du médaillé de bronze, lui, était sensiblement identique :

Petr Frydrych, photo: ČTK
« C’est un sentiment un peu étrange. C’est même un peu un choc. Je ne peux pas dire que je suis surpris de finir sur le podium, mais il y a beaucoup de très bons lanceurs cette saison. Franchement, je m’attendais davantage à être dépassé dans la dernière série. Ça n’a pas été le cas, et tant mieux. En même temps, je sais que je peux mieux lancer encore. Mon entraîneur m’a dit qu’il y avait la place aujourd’hui pour dépasser les 90 mètres. La victoire n’était pas loin, et j’en avais très envie. C’est aussi pourquoi je n’ai pas sauté de joie pour cette médaille de bronze, même si je pense que j’apprécierai davantage cette performance à sa juste valeur avec le temps. »

Ce mélange de satisfaction et de relative déception était aussi celui de Jakub Holuša. Cinquième de la finale du 1 500 mètres remportée par le Kényan Elijaho Motonei Manangoi en 3’33’’62, le Tchèque, auteur d’un temps de 3’34’’89 et d’un finish remarquable, est resté à 36 centièmes de seconde du podium. Cinquième à l’arrivée, soit le meilleur classement d’un coureur de fond tchèque dans l’histoire des championnats du monde, Jakub Holuša ne pouvait s’empêcher de formuler lui aussi quelques regrets :

Jakub Holuša, photo: ČTK
« Je dois d’abord dire que courir trois 1 500 mètres en quatre jours est extrêmement difficile. Mais mon idée était de m’accrocher afin de pouvoir rester le plus près possible de la tête de la course. Le premier tour en 61’’ a été un tour de chauffe, et c’est un rythme qui me convenait alors parfaitement. Mais les Kényans ont accéléré dès le deuxième tour, couru 5’’ plus vite, et c’est alors devenu pratiquement un sprint de 1 100 mètres jusqu’à l’arrivée. Je n’ai pas su suivre, cela allait trop vite pour moi, et je regrette d’avoir perdu le contact, car je suis ensuite parti de trop loin dans le dernier tour pour revenir sur les trois premiers. Même si j’ai été le plus rapide sur les 300 derniers mètres en 39’’06, cela n’a malheureusement pas suffi. »

Reste que ces Mondiaux ont confirmé le potentiel de Jakub Holuša, champion d’Europe en salle à Prague en 2015. A 29 ans, le Tchèque peut envisager la suite de sa carrière avec optimisme :

« Je pense pouvoir affirmer sans prétention que je fais partie de l’élite mondiale depuis quelque temps déjà. Mon problème est qu’il fallait que je démontre mon potentiel aussi dans une grande compétition en plein air. Je suis donc très satisfait d’avoir progressé sur ce point-là cette saison avec plusieurs performances de très bon niveau. Ces Mondiaux confirment aussi cette tendance, je suis cinquième au monde, et c’est déjà quelque chose d’incroyable ! »

Et si l’on ajoute à tout cela les quatrièmes places de Zuzana Hejnová et de Tomáš Staněk, respectivement sur 400 mètres haies et au lancer du poids, ou encore la huitième d’Adam Sebastian Helcelet au décathlon, les Tchèques peuvent repartir de Londres avec le sentiment légitime du devoir accompli.