Au DOX à Prague, la première exposition de David Lynch en Tchéquie et la dernière qu’il ait imaginé

INTERIOR #11, 2013

« Up in Flames » : tel est le titre de l’exposition événement qui présente, pour la première fois en Tchéquie, la création plastique de David Lynch. Jusqu’au 8 février 2026, le public peut découvrir, au centre d’art contemporain DOX, à Prague, près de 400 œuvres que le célèbre cinéaste américain a réalisées à partir des années 1960 jusqu’à sa mort en janvier dernier.

David Lynch à Prague en 1996 | Photo: Karel Cudlín,  ©400ASA

La création plastique de David Lynch est très variée : il s’est consacré au dessin, à la peinture, à la photographie, aux techniques graphiques, au design ou encore à l’animation. L’exposition pragoise met particulièrement en lumière ses créations les plus récentes, réalisées au cours des sept dernières années.

« Quand j’ai appris que David Lynch était aussi plasticien, j’ai commencé bien sûr à m’intéresser, en tant qu’historien de l’art, à son œuvre. Mais il était difficile d’y avoir accès : c’était dans les années 1990 et l’Internet n’existait pas encore », raconte Otto M. Urban, le commissaire de l’exposition « Up in Flames ». Il explique sa genèse :

Otto M. Urban | Photo: Jan Slavík,  Centrum DOX

« Il y a cinq ans, j’ai rejoint l’équipe du centre DOX et j’ai tout de suite pensé à ce projet d’exposition. Mais il était impossible de contacter David Lynch. Pendant longtemps, nous n’avions aucun retour de la part des galeries qui l’ont représenté. Ce n’est qu’en préparant la grande exposition sur Franz Kafka, présentée l’année dernière au DOX, que je suis tombé sur le studio Item éditions qui a collaboré pendant longtemps avec David Lynch. Son directeur Patrice Forest m’a mis en contact avec lui. Alors j’ai eu l’occasion de rendre visite à David Lynch en septembre dernier et de lui présenter notre projet. Il lui a plu, nous en avons discuté… Son accord et son enthousiasme pour le projet a été très important. Sans cette rencontre, l’exposition n’aurait pas pu être réalisée, car après sa mort, tout est devenu très compliqué. »

HEAD #1,  2013 | Photo: ©The David Lynch Estate,  Courtesy Item éditions,  Paris

Dans une ancienne usine reconvertie, David Lynch est chez lui 

« C’est la dernière exposition que David Lynch ait imaginée et Otto M. Urban l’a réalisée. C’est donc un rêve doublement accompli » estime Patrice Forest du studio Item éditions. Au micro de Radio Prague Int., il se souvient des débuts de sa collaboration avec le cinéaste :

Exposition 'Up in Flames' | Photo: Jan Slavík,  Centrum DOX

« Depuis sa plus tendre enfance, David Lynch rêvait d’être peintre. En 2007, la fondation Cartier l’a invité en 2007 à faire une sorte de rétrospective. Lynch s’est déplacé à Paris. Le directeur de la fondation Cartier, Hervé Chandès, lui a fait découvrir un lieu magique de 1400 mètres carrés en plein cœur de Montparnasse. C’est une ancienne imprimerie d’art où se trouvent les presses qui ont imprimées Picasso, Matisse, Chagall, Giacometti, Miró, Léger et bien d’autres. »

« Lynch a tout de suite senti la vibration du lieu, a trouvé cet endroit très beau, m’a demandé si je souhaitais collaborer avec lui. Depuis, nous avons fait plus de 300 lithographies. Il venait plusieurs fois par an en toute discrétion et il dessinait, il peignait, il buvait du café, il fumait. Il a donc créé, avec une liberté totale, absolue pendant dix-huit années. Le résultat est à découvrir dans cette exposition. »

Exposition 'Up in Flames' | Photo: Jan Slavík,  Centrum DOX

Donc vous avez eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises…

« Oui bien sûr, car lorsqu’il venait, il restait plusieurs semaines au cours desquelles il était enfin tranquille, il pouvait faire ce qu’il voulait, personne ne le dérangeait. C’était le paradis sur Terre pour lui. »

Comment était votre relation avec lui ?

Exposition 'Up in Flames' | Photo: Kateřina Srbková,  Radio Prague Int.

« La relation était un émerveillement. Voilà quelqu’un à qui l’on donne une liberté totale et le retour est une générosité absolue. Un artiste à qui vous donnez les moyens d’y arriver est le plus heureux des hommes. Donc on a eu beaucoup de chances de le rencontrer. »

Comment décririez-vous sa personnalité ?

« C’est un visionnaire, il avait une sorte de paradoxe vivant entre un profond questionnement sur le réel puis à la fois une sorte d’apaisement. C’est quelqu’un de très calme qui faisait beaucoup de méditation. C’était donc un couple en mouvement à travers ces deux tendances. »

Exposition 'Up in Flames' | Photo: Jan Slavík,  Centrum DOX

Comment était sa relation à Paris ?

« Il y a une tradition française d’accueillir des artistes et Lynch a eu, au début des 2000, cette possibilité de faire des films, étant soutenu par Canal+ ou Francis Bouygues. Il se sentait aimé en France. »

Il a même dessiné le Club Silencio, où se trouve une salle de cinéma et élu le meilleur club de Paris…

Exposition 'Up in Flames' | Photo: Jan Slavík,  Centrum DOX

« Effectivement il était sollicité pour réaliser son rêve en lui disant qu’il y avait un lieu en sous-sol où se trouvaient les anciennes imprimeries qui imprimaient les journaux de Zola. En lui disant également qu’il pouvait faire ce qu’il souhaitait de ce club. Il s’agissait donc d’une commande. Il a découvert le lieu et en a fait ce qu’il a voulu. Le lieu est à son image et s’appelle le Silencio. »

Nous pouvons trouver combien de lithographies dans l’exposition ?

« Otto M. Urban a eu une totale liberté pour choisir ce qu’il voulait. Il y en a un certain nombre et il ne pouvait évidemment pas toutes les mettre. Il fallait trouver un équilibre entre les différents moyens d’expression. Il y a donc des photos, des dessins, des vidéos et la combinaison est vraiment extraordinaire. Surtout, ce qui est extraordinaire, c’est le lieu. Pour ceux qui ne connaissent par le centre DOX : c’est une ancienne usine réhabilitée il y a 20 ans et Lynch est ici chez lui !  Il avait trois passions : les femmes, les machines et les usines donc tout était réuni pour que ce soit un lieu où il se serait senti très bien. »

Exposition 'Up in Flames' | Photo: Kateřina Srbková,  Radio Prague Int.

Vous disposez toujours de ses 300 lithographies. Est-ce qu’en France, il y a de l’intérêt pour son art ?

Exposition 'Up in Flames' | Photo: Jan Slavík,  Centrum DOX

« Ce qui est intéressant avec cette technique de la lithographie c’est que c’est un art du multiple. C’est une œuvre originale qui est imprimée à plusieurs exemplaires. Lynch travaillait directement sur les pierres, c’est lui qui dessinait et ensuite on imprimait un petit nombre d’exemplaires, trente par exemple. Ce qui est intéressant est que ces lithographies circulent, pas seulement en France, mais dans le monde entier : on au Japon, en Chine, aux États-Unis… »

Exposition 'Up in Flames' | Photo: Jan Slavík,  Centrum DOX

L’exposition « Up in Flames » a été réalisée en partenariat avec Item éditions, le studio de David Lynch ainsi que sa galerie représentante, Pace, basée à Los Angeles. Le projet comprend également des événements musicaux, cinématographiques et littéraires et notamment les projections des films de David Lynch qui ont lieu tout au long de l’été, sur le toit du centre DOX, dans le quartier pragois de Holešovice.

Source: Centrum DOX