Sommet de l’OTAN : à Ankara, une Tchéquie qui s’est contentée de rester en retrait
Si le sommet de l’OTAN à Ankara a été marqué notamment par l’engagement des pays européens à renforcer leur rôle dans la défense de l’Alliance et l’annonce du prolongement du soutien à l’Ukraine à hauteur de 140 milliards d’euros, vu de Prague, l’événement est d’abord considéré sous l’angle de la participation trop peu active, aux yeux de beaucoup, de la République tchèque.
Jusqu’au dernier moment, la participation de la République tchèque au sommet de l’OTAN, mardi et mercredi, aura davantage été marquée par les querelles entre le gouvernement et le Château de Prague relatives à la composition de sa délégation et au bien-fondé de la présence, ou non, du président de la République à Ankara. Finalement, et tout en voyageant séparément, puis en veillant attentivement une fois sur place à ne jamais apparaître côte à côte, Andrej Babiš et Petr Pavel ont tous deux bien assisté à la réunion annuelle de l’Alliance atlantique en Turquie.
Mais au-delà de cette lutte d’influence et de pouvoir sur la scène politique nationale, au terme d’une séance plénière où les trente-deux pays membres ont finalement affiché une image d’unité et se sont entendus pour rappeler leur « engagement indéfectible en faveur de leur défense collective » et réitérer leur soutien à l’Ukraine, la conclusion principale pour la République tchèque restera que celle-ci continue de consacrer trop peu de moyens aux dépenses militaires.
De fait, et bien qu’avant son départ pour Ankara Andrej Babiš ait fait part de l’intention de son gouvernement d’augmenter en 2027 le budget du ministère de la Défense de manière à atteindre pour la première fois l’objectif des 2 %, un engagement pris par tous les alliés lors du sommet de 2014, la République tchèque est, avec l’Albanie, le pays de l’Alliance qui consacre la plus faible part de son produit intérieur brut à ces dépenses.
Un constat d’autant plus embarrassant, comme le note par exemple le quotidien Hospodářské noviny, que de massifs investissements et de multiples contrats pour l’achat de nouveaux équipements militaires, d’un montant total de plus de 50 milliards d’euros, ont été annoncés à Ankara par Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, et que de nombreux pays européens, y compris les plus petits, sous la pression des États-Unis, unissent leurs forces précisément pour montrer leur bonne volonté en la matière.
De même, le gouvernement d’Andrej Babiš, qui a qualifié le déroulement du sommet de « serein » et s’est félicité de ne pas s’être fait tirer les oreilles par Donald Trump comme il le redoutait initialement, est resté sur sa position en ce qui concerne le soutien à l’Ukraine, laquelle, selon la déclaration finale d’Ankara, « contribue à la sécurité transatlantique et défend sa liberté, sa souveraineté et son intégrité territoriale ».
Alors que les Alliés ont, pour 2026, pris « l’engagement de consacrer 70 milliards d’euros aux équipements, à l’assistance et aux formations militaires à destination de l’Ukraine » et se sont engagés, pour 2027, « à lui fournir une aide au moins équivalente », tout en soulignant « que cet effort doit être réparti de manière équitable », la République tchèque a, elle, réaffirmé qu’elle ne participerait pas au financement de cette aide.
Tout juste se contentera-t-elle donc de transférer vers le programme PURL (Priority Ukraine Requirements List - Liste des besoins priorisés de l’Ukraine), une initiative visant à l’achat d’équipements et de munitions fabriqués aux États-Unis au profit de l’Ukraine, les fonds déjà alloués par le gouvernement précédent dirigé jusqu’à la fin de l’année dernière par Petr Fiala. Un transfert dont le ministre de la Défense, Jaromír Zůna, apparenté au parti d’extrême droite SPD et qui était lui aussi présent à Ankara, a affirmé, dans un entretien publié ce jeudi par le site du quotidien Deník N, qu’il n’avait pas été mis au courant, mais qu’il s’agissait là de toute façon de quelque chose de « tout à fait marginal »...
Ainsi donc, comme le constate cette fois le site Seznam Zprávy, qui regrette que ce sommet ait « mis en évidence l’attristante position [au sein de l’Alliance] de la République tchèque », celle-ci « se contente de suivre le mouvement plutôt que de jouer un rôle actif ».






