Au Soudan, un missionnaire tchèque condamné à 20 ans de prison

Khartoum, photo: Bertramz, CC BY 3.0

Médecin et missionnaire tchèque, Petr Jašek a été condamné à vingt ans de prison au Soudan. Dimanche, le tribunal de Khartoum l’a reconnu coupable entre autres d’espionnage et d’activités dirigées contre l’Etat. « Inquiète » par le verdict rendu, la diplomatie tchèque entend négocier son extradition avec les autorités soudanaises.

Petr Jašek, photo: ČT
Petr Jašek, 53 ans, est en prison depuis plus d’un an déjà. D’abord annoncé comme disparu, le missionnaire avait été arrêté par la police soudanaise en décembre 2015 avec trois autres ressortissants africains. Dans un procès ouvert en août dernier et achevé dimanche, les quatre hommes ont été reconnus coupables de sept chefs d’accusation. Ils auraient notamment menacé la sécurité de l’Etat ou encore financé des mouvements anti-gouvernementaux au Darfour et au Kordofan du Sud.

Cette décision indispose la diplomatie tchèque, ainsi que plusieurs organisations non gouvernementales, selon lesquelles Petr Jašek s’est rendu au Soudan pour aider les chrétiens de la région, et concrètement pour apporter une aide financière à un jeune Soudanais gravement brûlé lors d’une manifestation. Le ministère des Affaires étrangères entend prendre la défense de Petr Jašek, comme l’a confirmé le ministre Lubomír Zaorálek :

« Le verdict n’est pas justifié parce que les délits dont est accusé M. Jašek sont inexistants. J’ai convenu avec le ministre des Affaires étrangères soudanais d’attendre la fin du procès. Nous procédons donc comme prévu, tout en négociant avec la partie soudanaise. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer le retour de notre ressortissant en République tchèque. »

Khartoum, photo: Bertramz, CC BY 3.0
Les raisons de l’arrestation et de l’accusation de Petr Jašek restent pour l’instant inconnues. Par le passé, certains médias avaient informé que le Tchèque préparait une série de témoignages sur la situation intérieure au Soudan et sur la discrimination des chrétiens dans un pays très majoritairement musulman. Journaliste et ami de la famille du détenu, Daniel Raus considère toutefois que cette affaire est inventée de toutes pièces :

« Petr Jašek a enregistré un entretien avec l’étudiant brûlé. Il ne s’agit là que d’une spéculation, mais il est possible qu’il ait effectué d’autres interviews sur la base desquelles la partie plaignante a pu déduire qu’il soutenait l’opposition au régime. Bien sûr que tout cela est faux, comme l’a confirmé l’étudiant en question en témoignant, devant le tribunal, que cet entretien avait été réalisé pour des raisons humanitaires et devait permettre à Petr Jašek de trouver d’autres moyens financiers destinés à son traitement et au traitement d’autres personnes frappées de la même manière. »

Toujours selon les informations de Daniel Raus, qui se réfère au consul tchèque à Khartoum, Petr Jašek serait relativement en bonne condition physique et psychique, et aurait accepté le verdict avec tranquillité :

Daniel Raus, photo: Marián Vojtek, ČRo
« Nous plaçons tous nos espoirs dans le ministre Zaorálek et dans les démarches des diplomates tchèques. Nous espérons que les négociations avec le Soudan aboutiront et que Petr sera bientôt libéré et expulsé du pays. Compte tenu de la durée de la peine, je suppose cependant que la partie soudanaise déploiera toute son énergie pour négocier les meilleures conditions possibles. »

L’affaire de Petr Jašek a suscité le mécontentement également en dehors du territoire tchèque. Plusieurs députés européens ont pris fait et cause pour le missionnaire et ont appelé à sa libération immédiate. Parmi eux, la députée tchèque Michaela Šojdrová qui entend demander de l’aide à la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini :

Michaela Šojdrová, photo: Filip Jandourek, ČRo
« Nous allons de nouveau solliciter Federica Mogherini pour qu’elle prenne la défense de ce citoyen de l’Union européenne. Le président soudanais Omar el-Béchir doit savoir que cette pression est internationale et que l’UE, qui fournit une aide financière à la migration régulée et au développement, ne peut soutenir que les régimes qui respectent les droits de l’homme, ne poursuivent pas leurs propres citoyens et ne traitent pas injustement les membres d’organisations humanitaires. »

Dans un proche avenir, le vice-ministre des Affaires étrangères se rendra au Soudan pour discuter de l’affaire de vive voix. Si les négociations n’évoluent pas dans le sens souhaité c’est alors le ministre Lubomír Zaorálek qui devrait rendre visite à son homologue soudanais.