Candidats en lice pour Skoda Vyzkum

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On connaît bien Skoda Auto et son immense usine à Mlada Boleslav. Mais si Skoda Auto est la vitrine clinquante de la marque, elle possède aussi quelques cousines éloignées, regroupées sous le label Skoda Holding. Skoda Auto et Skoda Holding sont deux entités séparées et cette dernière a été rachetée, en 1998, par le groupe financier tchèque Appian Group. Acteur de l'ombre, Skoda Holding n'en possède pas moins une filiale de prestige : Skoda Vyzkum (Recherche). Or, celle-ci n'affiche pas d'assez bons résultas pour la direction : vente ou partenariat, l'avenir le dira. Pour l'heure, Skoda Recherche est particulièrement convoitée par la concurrence.

L'origine des célèbres usines Skoda se trouve à Plzen, en Bohême de l'Ouest. C'est là que l'industriel Emil Skoda fonda, à la fin du XIXe siècle, ce qui deviendra plus tard une entreprise renommée en Europe. Aujourd'hui, même après le rachat par l'allemand Volkswagen, Skoda Auto est resté en République tchèque mais plus au nord puisque c'est Mlada Boleslav qui abrite la principale unité de production.

Ce que l'on sait moins c'est que Plzen abrite Skoda Recherche, filiale du groupe indépendant Skoda Holding mais aussi l'une des premières entreprises de recherche dans le domaine de l'ingéniérie automobile. La société devrait toutefois connaître dans les mois à venir de grands changements. Face à des résultats qu'elle juge non optimaux, la société-mère semble opter pour une collaboration étroite avec son fournisseur et concurrent britannique, Bodycote. Officiellement cependant, les négociations sont actuellement en cours avec quatre sociétés.

En 2004, l'entreprise comptait 125 employés et a dégagé un bénéfice net de 2,5 millions de couronnes pour une recette dépassant les 90 millions. Elle a reçu, l'année dernière, un total de 400 commandes, un chiffre que la direction juge bien en-dessous de ses capacités.

Sous le label Skoda Recherche - Skoda Vyzkum en tchèque - se cache toute une série de filiales méconnues du grand public : Skoda Locomotives, Skoda Transports en commun, Skoda Tracteur... Les commandes sont passées par des filiales même de la Holding, mais aussi par de nombreux clients étrangers. Skoda Recherche a ainsi réalisé des tests de fatigue pour les trams de Linz en Autriche, des simulations informatiques pour les bus Karosa-Renault ou encore des tests de traction électrique pour Siemens.

On comprend que le rachat de toute ou partie de la société attire les convoitises. Bodycote, leader mondial sur le marché des instruments thermiques et du testage de matériel, se montre le plus intéressé. La société anglaise est déjà présente dans 22 pays et possède, à Plzen, l'une de ses sept succursales en République tchèque. Bodycote et Skoda Recherche ont déjà entamé des négociations mais à Plzen, le directeur Miloslav Kepka refuse de préciser s'il s'agit de la vente pure et simple de l'entreprise ou d'une autre forme de collaboration. Le porte-parole de la Holding, Radka Pistoriusova, nie, quant à elle, que la société mère souhaite se débarasser de Skoda Recherche.

A la fin 2003, le patron d'alors, Martin Roman, avait déjà évoqué une restructuration de l'entreprise. Mais il s'agissait avant tout d'une réorientation plus spécifique vers la recherche et le développement, érigés comme priorité numéro 1 pour les usines de Plzen. En janvier de cette année, Skoda Holding a ainsi acquis la fime pragoise VUKV, un institut de recherche spécialisé dans les véhicules sur rails. Plus généralement, l'entreprise compte accorder de plus en plus d'importance à l'ingéniérie électrique, la métallurgie et l'électronique.

Une stratégie que n'approuve pas Jan Naxera, de l'agence régionale de développement de la région de Plzen. Pour lui, les secteurs de la recherche métallurgique et sidérurgique n'ont plus d'avenir. Les tendances ont changé et la demande pour la recherche est aujourd'hui limitée. "Les investisseurs étrangers résolvent ces problèmes généralement tout seul et les petites et moyennes entreprises, dans notre pays, ne font pas appel au développement", confiait-il récemment dans une interview au journal Hospodarske Noviny.

En comparant la part du secteur de la recherche dans les entreprises d'Etat parmi les pays occidentaux, on constate effectivement que la République tchèque se place au-dessus de la moyenne. Son indice est de 23, alors que la moyenne européenne se situe autour de 14 et que les Etats-Unis sont à 7 ! Les services de recherche et de développement dans le secteur automobile sont-ils appelés à se réduire dans le pays ?

Plusieurs éléments permettent de nuancer cette vision pessimiste. D'une part, la Commission européenne parle actuellement de "conditions exceptionnellement favorables sur le marché de l'acier". A cela s'ajoute l'installation récente, en République tchèque, de deux entreprises opérant dans ce même domaine.

La société américaine Gates Europe s'est installée à Karvina, en Moravie, précisément en raison de ses traditions métallurgiques et du savoir-faire de sa main-d'oeuvre. Elle travaille en partenariat avec l'agence d'Etat Czech Invest afin d'attirer les investisseurs. Spécialisée dans la production de tubes hydrauliques à haute pression, Gates Europe compte se concentrer sur la recherche et le développement. La société est déjà implantée en Europe, en Amérique du sud, en Australie et en Asie.

Une autre entreprise s'occupant de services techniques pour les véhicules à moteur s'est également installée en Moravie. Il s'agit de la société espagnole Grupo Recyde. C'est, en tout, une centaine d'emplois qui devrait se créer dans la région !

On peut donc se demander si le secteur de la recherche automobile est vraiment à bout de souffle. Dans un tel contexte, on imagine mal que la société-mère Skoda Holding songe à vendre sa filiale de Plzen, Skoda Vyzkum. Le partenariat avec une société tierce devrait être la solution privilégiée.

C'est en 1993 qu'est fondée, sous forme d'unité commerciale indépendante, Skoda Recherche, société à responsabilité limitée. Mais son histoire remonte à 1907, quand des laboratoires modernes de chimie et de métallurgie s'inscrivent dans le paysage tchèque. Créée en 1953, la section Ingéniérie mécanique des automobiles Skoda contribuera à faire de la Tchécoslovaquie une vitrine du bloc de l'Est. C'est l'acquisition, en 1993, du statut de Laboratoire National de Test, qui aboutit à la création d'une filiale officielle. En 1998, celle-ci passe sous le contrôle de Appian Group. En 2001, il y a tout juste quatre ans, Skoda Recherche développait deux nouveaux laboratoires, aussitôt accredités. L'aventure ne devrait normalement pas s'arrêter là.