Carnaval chic contre carnaval « popu » à Prague

Фото: Штепанка Будкова

En République tchèque, c’est la saison du carnaval. Si, aujourd’hui, le carnaval est plutôt associé au déguisement des tout petits, cela n’empêche pas les adultes de s’y adonner. Et ce avec plus ou moins d’accessibilité et de simplicité selon les endroits.

Photo: CTK
Très clairement ouvert à tous, dans la joie et la bonne humeur, le traditionnel carnaval de Žižkov, du premier week-end de février jusqu’au Mardi Gras, table sur une atmosphère de bonne franquette. La 15e édition de ce carnaval rend d’ailleurs hommage à Jaroslav Hašek, né il y a 125 ans et créateur du personnage bon vivant Švejk, symbole prisé lorsqu’il s’agit d’évoquer le caractère des Tchèques…

Zlatuše Müller, photo: Štěpánka Budková
Outre les carnavals de quartier, un autre événement se tient à Prague jusqu’au Mardi Gras : Bohemian Carnevale, une version très chic de cette fête populaire. Son organisatrice, Zlatuše Müller, insiste toutefois sur une filiation plus ancienne :

« Bohemian Carnevale s’efforce de prendre la suite d’une tradition qui existait dans les pays tchèques et qui a disparu : les bals masqués et l’amusement de palais. Seuls les carnavals de village sont restés. Je fais de la scénographie, et c’est de là qu’est partie l’idée de base : retrouver cette tradition bohème, c’est-à-dire artistique et tchèque. »

Jan Nepomuk Assmann, photo: Anna Kubišta
Défilé de carnaval avec des artistes venus de Sardaigne, pièce de théâtre et conférences étaient au programme. Mais aussi menus gastronomiques spéciaux dans différents restaurants de la ville. Car le carnaval, à l’origine, c’est aussi une histoire de bonne chère, comme le rappelle Jan Nepomuk Assmann, du Musée de la Ville de Prague :

« De l’Epiphanie jusqu’au mercredi des Cendres, on pouvait organiser des carnavals. Tout le monde avait le droit de faire la fête. Mais dès le mercredi des Cendres, il fallait jeûner jusqu’à Pâques. C’était donc une longue période. Mais pendant le carnaval, on tuait le cochon et on avait le droit de manger, de beaucoup manger. C’était une fête de la gourmandise et tout était permis. Ce sont des traditions qui remontent très loin, pas seulement au Moyen-âge. Elles sont liées à la culture païenne et au retour du Printemps. Les gens se réjouissaient du printemps à venir et du retour de la vie. »

Photo: Štěpánka Budková
Jan Nepomuk Assmann est historien de l’art, et dans le cadre de sa conférence à Bohemian Carnevale, il s’est intéressé plus particulièrement aux bals masqués à Prague au XVIIIe siècle. Des soirées qui se déroulaient alors dans la maison U Vusínů, dans la Vieille-Ville de Prague :

Photo: Štěpánka Budková
« Il existait ce qu’on appelait un Bal Ordnung, un règlement de bal, qui décrivait comment on devait arriver, comment on devait s’habiller. A cet égard, tout était autorisé, les gens aimaient énormément se déguiser. A cette époque, tout ce qui était turc était à la mode, n’oublions pas que c’est l’époque de Mozart… Tout ce qui était oriental était aussi à la mode. Mais bien sûr, seule la noblesse était concernée. Ce qui est intéressant, c’est qu’on ne jugeait pas un déguisement cher, mais un déguisement original. »

Quoiqu’il en soit, une chose s’est toutefois perdue avec le temps, même si l’atmosphère bon enfant des carnavals plus populaires peut un peu l’évoquer. Au Moyen-âge, le carnaval était un moment où le bouffon pouvait devenir roi et le roi bouffon, un renversement des valeurs et de l’ordre social dont l’idée reste plutôt séduisante…