Cent ans depuis la naissance d’Olbram Zoubek, le sculpteur qui a donné un visage à la mémoire
Il y a 100 ans naissait Olbram Zoubek, auteur du masque mortuaire de Jan Palach et du Monument en mémoire des victimes du communisme de Prague. Ses œuvres associent un savoir-faire classique et un profond humanisme.
La beauté et la douleur
Les sculptures d’Olbram Zoubek sont en ciment, en plomb ou en étain, souvent recouvertes de teintes dorées ou bleues. Son style s’inspire de la tradition antique ; néanmoins, il est également moderne et expressif. Il travaille presque exclusivement avec des silhouettes humaines, qu’il présente de façon fragile et vulnérable, mais dressées à la verticale.
Dans les années 1960, c’est l’une des personnalités les plus marquantes de l’art tchèque. Néanmoins, à partir de 1969, sa vie est considérablement affectée par la situation politique. En effet, après qu’il a moulé le masque mortuaire de Jan Palach, étudiant qui s’est immolé par le feu en signe de protestation contre l’occupation de la Tchécoslovaquie, il devient la cible du régime communiste. Il subit les interrogatoires de la police secrète et n’a ni le droit d’exposer ses œuvres, ni de voyager. Pendant de longues années, il se consacre donc principalement à la restauration de monuments historiques.
Le Monument en mémoire des victimes du communisme
Le courage et l’oppression des humains sont des thèmes récurrents dans les œuvres de Zoubek. Il est l’auteur du Monument en mémoire des victimes du communisme, monument pragois parmi les plus connus du pays. Il est également l’auteur des pierres tombales de Jan Palach et de Jan Zajíc, un jeune homme qui s’est lui aussi immolé par le feu en 1969 en signe de protestation contre le régime.
Il termine sa dernière œuvre peu de temps avant de mourir. Après avoir lu un livre sur Josef Toufar, un prêtre catholique torturé à mort par la police communiste en 1950, il crée une sculpture métallique de plus de deux mètres représentant un ecclésiastique la tête courbée. Cette statue se trouve dans l’église de Zahrádka, unique vestige de ce village de la région de Vysočina qui a été englouti sous les eaux d’un lac de barrage et où Toufar a été prêtre. « Il ne s’agit pas de son portrait, mais d’une statue en son honneur, » a expliqué Zoubek, pour qui cette œuvre était un geste personnel et un remerciement a posteriori.
Un héritage au-delà des frontières
Aujourd’hui, les œuvres d’Olbram Zoubek font partie de l’espace public et de collections privées. Elles associent un savoir-faire classique à un humanisme profond, et rappellent que l’art peut non seulement offrir une expérience esthétique, mais aussi se faire voix de la conscience. Cent ans après sa naissance, Olbram Zoubek reste une personnalité particulièrement marquante de la culture tchèque.






