Chapitres de l’histoire

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Une date de l'histoire tchécoslovaque qui a déterminé pour 41 ans les destinées du pays, le 25 février 1948, date du putsch communiste, début de la dictature communiste qui a duré jusqu'à 1989. Voici un bref récapitulatif de l'événement et de ses conséquences.

Le putsch communiste du 25 février 1948 a été, du point de vue formel, conforme à la Constitution. Sauf que cette voie constitutionnelle a conduit la Tchécoslovaquie sous la dépendance de Moscou et causé des tragédies et des pertes incalculables. Les changements se préparaient déjà durant la guerre, à Moscou, par un complot Staline - Gottwald, ce dernier étant un représentant du gouvernement tchécoslovaque exilé. L'effort de prendre le pouvoir a pris de l'ampleur en 1947, un an avant les élections parlementaires. Les communistes ont remporté les premières élections d'après-guerre, au printemps 1946, grâce à l'euphorie de la nation ayant dans la vive mémoire la trahison de Munich. Mais, peu à peu, le soutien de la population faiblissait. Craignant un échec aux législatives de 1948, les communistes cherchaient un moyen d'éliminer de la scène les autres partis politiques, sans que l'apparence du respect de la Constitution en soit touchée.

La lutte pour la prise du pouvoir a culminé les deux dernières semaines du mois de février 1948. Le 13, le ministre de l'Intérieur, Vaclav Nosek, communiste, révoque huit directeurs de police non communistes en les remplaçant par les membres du parti communiste. Le gouvernement s'y oppose et adopte une résolution sur le maintien des directeurs révoqués dans leurs fonctions. Douze ministres des partis non communistes - parti national socialiste, populaire et démocrate, décident de présenter leur démission, tant que la résolution ne sera pas respectée. Ils le font dans l'espoir, soit de contraindre les communistes à se soumettre à la décision du gouvernement, soit de déclencher une crise gouvernementale qui conduirait aux élections anticipées, dans lesquelles les communistes seraient fort probablement perdants.

Dans cette situation, le vice-ministre des Affaires étrangères de l'URSS, Valerian Zorin, arrive à Prague, avec un message de Staline proposant au Premier ministre tchécoslovaque, Klement Gottwald, une aide de Moscou, dont les troupes sont d'ailleurs déjà en état d'alerte à la frontière hongroise. Gottwald refuse d'accomplir la décision du gouvernement. Des 26 ministres du cabinet, 12 donnent leur démission. Les ministres sociaux-démocrates restent au gouvernement avec les communistes. Les ministres démissionnaires étant en minorité, le gouvernement ne peut pas être dissout. Les communistes affermissent leur position. Les Milices populaires, bras armé du parti, se forment. Le 21 février, une puissante manifestation communiste a lieu sur la place de la Vieille-Ville. Le congrès des conseils d'entreprises vote la nationalisation de tous les biens privés. Le 23 février, le Président Edvard Benes refuse encore d'accepter la démission. Pour son soutien, une dizaine de milliers d'étudiants marchent au Château de Prague. La police intervient brutalement contre eux. Le 25 février, Gottwald se rend au Château pour présenter au Président Benes le projet de composition du nouveau cabinet. Un quart de million de personnes, réunies au centre de Prague, attendent les nouvelles du Château. Benes cède et accepte la démission des ministres non communistes. Voilà la chronique de février 1948.

La prise de pouvoir commence sous le signe d'une épuration sanglante. De monstrueux procès politiques sont déclenchés contre les opposants au régime, mais aussi contre les ennemis, dans les propres rangs des communistes. Ce n'est qu'en 1993, après l'adoption de la loi sur le caractère illégal du régime communiste, qu'on apprend toute la vérité sur les victimes du communisme. 262 500 personnes sont passées par des prisons communistes. 2500 personnes sont mortes lors des arrestations, du passage des frontières, en prison ou dans des camps de travaux forcés. 241 personnes ont été exécutées, suite aux procès politiques des années 50.

Un an après le putsch, les communistes procèdent à la collectivisation forcée de la campagne, qui renoue avec la nationalisation de l'industrie et du commerce. La couche paysanne est prédestinée à la liquidation, la campagne au contrôle de l'Etat totalitaire. L'adoption, au printemps 1948, de la loi sur la réforme agraire n'est rien d'autre que le transfert de plus de 4 millions hectares de terre entre les mains des sans-terre et de l'Etat.

Une autre conséquence de février 48, la liquidation des ordres et des congrégations de l'Eglise catholique. Après les procès de dix représentants des ordres, accusés d'espionnage, dont le but était de compromettre les ordres pour justifier une intervention contre les couvents, le PCT adopte, le 30 janvier 1950, le projet de liquidation des ordres ecclésiastiques. La liquidation des ordres masculins commence dans la nuit du 13 au 14 avril 1950 et est achevée le 27 avril. La liquidation de la plupart des couvents féminins suit en automne de la même année. Selon les données de la Conférence épiscopale tchèque, 42 ordres masculins et 56 féminins ont été liquidés. 247 couvents avec 2528 religieux et 670 couvents féminins avec 11 896 religieuses ont été fermés, les jeunes hommes convoqués au service militaire, la majorité envoyée dans des brigades de travail pour une rééducation, les irrémédiables internés à Zeliv. Briser l'unité de l'Eglise, la seule opposition unie au régime communiste, confisquer ses biens et acquérir la main- d'oeuvre bon marché, tel a été l'objectif de l'action. Il convient de dire que l'Eglise catholique attend toujours la restitution de ses biens confisqués.