Charbon : la Tchéquie s’apprête à fermer sa dernière mine et à dire adieu à ses « gueules noires »

La mine ČSM à Stonava

Une page de l’histoire industrielle de la Tchéquie se tournera le 31 janvier dans la région de Karviná. Au bout de quelque 250 années d’activité, la toute dernière mine dans le pays dont est extrait du charbon, cessera son exploitation. D’ici la fin du mois de février, quelque 900 employés, parmi lesquels les dernières « gueules noires », seront licenciés.

Au total, depuis 1770 et le début de l’exploitation des mines, ce sont quelque 1,7 milliard de tonnes de houille qui auront été extraites dans l’ensemble du bassin d’Ostrava-Karviná, dans l’est du pays. Et après l’extraction des quelque 40 000 dernières tonnes de la mine ČSM à Stonava, dernier site de charbon encore en activité en Tchéquie, la dernière berline remplie de gaillettes, et avec elle les derniers mineurs de fond, remontera à la surface le 31 janvier.

La mine ČSM à Stonava | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Une date qui, après la fermeture progressive ces dernières années des trois autres mines (Karviná, Darkov et Paskov) qui restaient encore dans la région, marquera donc la fin, une bonne fois pour toutes, de l’exploitation du charbon en Tchéquie, une activité qui n’est désormais plus rentable économiquement. Et ce, bien que, selon les données de la société Diamo spécialisées dans les prospections géologiques, quelque deux millards de tonnes de charbon pourraient encore être exploitées dans les régions d’Ostrava, de Karviná ou encore dans une partie du massif des Beskides.

750 mineurs, non sans anxiété pour certains d’entre eux face à un avenir professionnel parfois incertain, seront alors contraints de quitter OKD, la société propriété de l’État tchèque qui exploite la mine ČSM et qui est spécialisée dans la production de coke et de charbon thermique pour les marchés de l’acier et de l’énergie en Europe centrale.

Les mineurs, dont la moyenne d’âge est de près de cinquante ans, seront suivis de 150 autres employés un mois plus tard, le 28 février, moment où l’usine de traitement du charbon extrait à plusieurs centaines de mètres sous terre, fermera elle aussi ses portes.

Un mineur de la mine ČSM | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Dans une région, la Moravie-Silésie qui, après celle d’Ústí nad Labem dans le nord-ouest de la Bohême, possède actuellement le deuxième taux de chômage le plus élevé dans le pays (6,6 % en décembre 2025, selon le Bureau du travail), cette fermeture définitive, bien  qu’inéluctable, pourrait donc apparaître comme un coup dur.

Ce n’est toutefois l’avis du directeur général d’OKD, Roman Sikora. En décembre dernier, sur l’antenne d’Ostrava de la Radio tchèque, celui-ci avait expliqué que toutes les parties potentiellement intéressées par cet arrêt de l’activité minière en avaient été averties bien en amont :

Roman Sikora | Photo: Vladimír Šmehlík,  ČRo

« Cela fait trois ans que nous nous préparons à cette fin et je rappelle qu’en 2022 déjà, OKD aurait dû cesser d’exister. Nous avons alors mené une étude approfondie pour peser le pour et le contre, mais aussi les menaces qui pouvaient accompagner la poursuite de cette exploitation minière. Et depuis, nous avons toujours déclaré que nous arrêterions fin 2025, avec un possible léger dépassement sur 2026. Nous y sommes désormais sans jamais avoir dévié de cette ligne directrice. Durant ces trois ans, nous avons préparé nos employés et la région à cette fin de l’activité. »

« Aucun de nos employés ne peut donc être surpris, et je ne pense pas qu’il existe une seule entreprise dans la région de Karviná qui ne sache pas que nos mineurs sont disponibles sur le marché du travail. Nous avons aussi organisé, directement sur le site de la mine, ce que nous appelons des bourses de l’emploi auxquelles nous avons invité les responsables des ressources humaines des grandes entreprises de la région dont nous savons avec certitude qu’elles embauchent. Et nous savons que cette initiative a eu pas mal de succès. La fermeture de la mine ne devrait pas entraîner de changement radical ou une forte augmentation du chômage dans la région. »

Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Avec les compensations financières versées aux employés, cet arrêt de l’activité coûtera plus d’un demi-millard de couronnes (un peu plus de 20 millions d’euros) à OKD, qui à l’avenir entend réorienter son activité vers  la production d’énergies renouvelables. Ne seront alors plus conservés que 600 personnes pour l’assainissement et la réhabilitaion du site abandonné, autant d’opérations qui devraient nécessiter quelque trois années de travaux.

Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Après le 31 janvier et donc la fin de l’extraction du charbon, seul le lignite, aussi parfois appelé houille brune et utilisé essentiellement pour produire de la chaleur et de l’électricité, restera encore exploité en Tchéquie. Cette activité se concentre, elle, dans les bassins de Most et de Sokolov, dans le nord-ouest et l’ouest de la Bohême, dans les deux cas à quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec l’Allemagne. Et selon l’engagement pris par le gouvernement tchèque en 2022, la fermeture des dernières mines de lignite, qui pour l’heure contribue toujours à la production de plus de 30 % de l’électricité en Tchéquie, est, elle, prévue pour 2033 au plus tard.