Charlemagne à l’origine du mot tchèque « král » - roi

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Comme vous le savez, les chrétiens d’Occident célèbrent, ce dimanche 6 janvier, la visite de l’enfant Jésus par les mages Balthazar, Melchior et Gaspard à Bethléem, une fête appelée Epiphanie en français et Tři králové – « Les trois rois », en tchèque. L’occasion donc de nous intéresser à plusieurs choses à la fois, notamment aux coutumes et traditions qui accompagnent en République tchèque la célébration d’une fête aussi appelée « jour des Rois » mais aussi, tout d’abord, au petit mot « roi » - král, dont les origines, comme nous allons le découvrir, recèlent quelques secrets bien cachés.

Selon le dictionnaire étymologique de la langue tchèque, le mot « král » - roi, que l’on retrouve sous des formes similaires dans toutes les langues slaves et plus curieusement également en hongrois, possède une origine étrangère. Le jésuite, linguiste, philologue, historien de la période des Lumières Josef Dobrovsky, grande figure de ce qui fut appelé le Réveil national au XIXe siècle avec notamment la publication de sa Grammaire tchèque, fut le premier à émettre l’idée que le mot « král » provienne du nom du roi des Francs Charles 1er, mieux connu pour les Français sous le nom de Charlemagne ou de Charles le Grand, Karl der Große en allemand et Karel Veliký en tchèque, du latin Carolus. A l’époque de celui qui est parfois considéré comme le fondateur de l’Europe avant l’heure, c'est-à-dire au tournant des VIIIe et IXe siècles, les Slaves occidentaux, et plus particulièrement ceux qui vivaient dans la vallée de l’Elbe, entre les fleuves l’Elbe et l’Oder, sur le territoire de l’actuelle Allemagne, appelés Slaves de l’Elbe – Polabští Slované, craignaient et redoutaient le monarque guerrier qu’était Charles le Grand. C’est pourquoi on peut supposer que ce dernier était considéré par les Slaves comme un symbole du pouvoir, à une période où ceux-ci n’avaient pas encore de souverains aussi puissants.

Le nom germain de Karl lui-même ne possède aucune signification élevée ou sublime, mais il est devenu toujours plus apprécié, et ce dans toutes les langues sous des formes différentes, du fait de son port par des souverains puissants comme le furent ceux des Maisons de Bourbon, de Luxembourg ou encore de la dynastie des Habsbourg, qui contribuèrent ainsi en quelque sorte à le populariser. Ne restait donc plus ensuite pour ce qui est de la langue tchèque, et comme cela fut également le cas pour d’autres mots anciens, à ce que le nom allemand « Karl » se transforme en « král », et désigne donc désormais un roi en référence à Charles le Grand – Karel Veliký, symbole du pouvoir. Ainsi donc pour l’étymologie du roi tchèque et plus généralement slave.

Mais revenons à nos trois Rois mages – Tři králové, une fête aussi dite de l’Apparition du Seigneur – svátek Zjevení Páně, puisque le mot Epiphanie provient du grec pour ensuite être traduit en latin et finalement donné « apparition ». Mais dans les deux cas, il s’agit bien de la même chose, à savoir que Dieu apparaît en tant qu’homme et même en tant que nouveau-né.

De tout temps, le jour des Rois a été accompagné de différentes coutumes populaires. En Europe centrale et dans les Pays tchèques, on avait notamment l’habitue de bénir les maisons en inscrivant sur la porte avec une craie bénite les lettres C+M+B, ou plus précisément K+M+B en Bohême et en Moravie. Comme le croient beaucoup de gens, il ne s’agit cependant pas des initiales des trois Rois Mages qui, en tchèque, s’appellent Kašpar, Melichar et Baltazar, mais plutôt d’une abréviation de la formule latine « Christus mansionem benedicat », qui en tchèque donne « Kristus žehnej tomutu domu », soit « Dieu bénisse cette maison ». Et si parmi les trois lettres, le K a remplacé le C dans l’inscription tchèque, c’est tout simplement parce que le Christ – Kristus, s’écrit avec un « K » en tchèque.

Si cette tradition a pratiquement disparu aujourd’hui, en revanche depuis quelques années, l’Epiphanie en République tchèque s’accompagne de la collecte dite « des trois Rois » - Tříkrálová sbírka, organisée par la Charité catholique. A cette occasion, pendant plusieurs jours, des enfants déguisés en Rois mages font la quête dans les rues pour différentes œuvres caritatives selon les villes et les régions en chantant ces fameuses « koledy » que nous avions évoquées dans une récente émission, ces cantiques célébrant la Nativité et chants populaires inspirées par Noël.

C’est ainsi que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » consacré donc à la fête des Rois mages et au mot roi – král. En attendant de vous retrouver pour d’autres découvertes dès la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !