Comment se porte le marché du livre en République tchèque ?

Photo: Anne-Claire Veluire

Comment se porte le secteur de l’édition en République tchèque ? Les Tchèques sont-ils une vraie nation de lecteurs comme ils en ont la réputation ? A l’occasion du salon « Le monde du livre », Radio Prague a rencontré Petr Himmel et Anežka Charvátová, de la maison d’édition Garamond.

Petr Himmel et Anežka Charvátová, photo: Anne-Claire Veluire
Petr Himmel, vous êtes le patron de la maison d’édition Garamond, et Anežka Charvátová, vous travaillez également pour Garamond. Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ?

Petr Himmel : « La maison d’édition Garamond a été créée il y a 10 ans, et nous sommes spécialisés dans les traductions du français et de l’espagnol, car avec ma collègue Anežka, nous sommes des anciens étudiants de philologie romane, donc nous avons commencé avec des traductions du français et de l’espagnol. »

Anežka Charvátová : « On fait surtout des romans, des fictions mais aussi des livres qui ne sont pas des fictions. Surtout en ce moment, les romans ne se vendent pas très bien et on a commencé à faire une nouvelle collection de grandes biographies, ou de biographies de grands personnages, et en général ce sont toujours des traductions du français. Et nous avons aussi des livres bilingues qui se vendent très bien parce que ce sont surtout les étudiants qui les achètent. Les livres contiennent aussi des commentaires ou on explique les difficultés du point de vue de la grammaire, du style, du lexique, etc. Ces éditions bilingues ne sont pas seulement à partir du français et de l’espagnol mais on a plusieurs langues. On a aussi des livres bilingues allemands, russes, anglais, et on voudrait commencer avec l’italien aussi. »

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Comment voyez-vous le marché de l’édition tchèque en général ? On dit que les Tchèques lisent beaucoup. Sont-ils vraiment une nation du livre ?

PH : « En général, le marché du livre tchèque se porte bien. Je crois que par rapport aux autres nations d’Europe centrale, je crois que ce sont les Tchèques et les Allemands qui lisent le plus. Maintenant, depuis un ou deux ans, on trouve que le marché est saturé. Il y a trop de livres sur le marché tchèque. Les gens achètent autant mais comme il y a de plus en plus de livres, cela va être de plus en plus difficile pour nous les éditeurs. »

AC : « Il est vrai qu’il y a beaucoup d’éditeurs sur le marché tchèque. Quand vous allez dans une librairie, même nous qui suivons ce qui se passe dans le monde littéraire, très souvent, on ne sait pas comment s’orienter. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de livres. Il est vrai que les Tchèques lisaient beaucoup. Je crois que la nouvelle génération lit nettement moins. Et cela, on va le voir dans une dizaine d’années, mais j’ai un peu peur que ça va décroitre. »

Qu’est-ce qui intéresse plus les lecteurs tchèques ? La littérature tchèque et les auteurs nationaux ou la littérature étrangère ?

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PH : « Ca dépend. Je crois qu’on ne peut pas dire que les lecteurs tchèques lisent de préférence la littérature nationale. On lit tout ce qui est bon à lire, ce qui est recommandée de lire. Je crois que la situation en France est différente, que les Français préfèrent la littérature nationale et parlent beaucoup de leur littérature. D’ailleurs, je ne trouve pas qu’il y ait des livres intéressants dans la littérature française actuelle, dans le domaine de la fiction. »

AC : « Je voudrais ajouter qu’ici nous avons une grande tradition de la fiction. Ici, la traduction n’est pas seulement considérée comme un métier mais aussi comme un art. Historiquement, les traductions ont toujours eu une grande importance. Mais quand on voit les enquêtes qui sont faites, souvent en fin d’année, où on pose la question ‘quel est le meilleur livre de l’année’ aux gens du métier, c’est toujours un livre tchèque qui gagne, ce n’est jamais une traduction. »

Quels sont les grands auteurs tchèques ? Pouvez-vous nous donner un exemple d’un auteur qui vend le plus de livres actuellement ?

AC : « Du point de vue commercial, je crois que c’est Michal Viewegh. Sinon, c’est par exemple Emil Hakl, qui est un écrivain très lu. Ou ce sont encore des écrivains ‘soixante-huitards’ comme par exemple Ivan Klíma qui est beaucoup traduit et qui a gagné cette année un grand prix littéraire, Magnesia Litera, avec son livre de souvenirs. Le genre souvenirs, ou cahiers, ou journal intime, ou mémoire, ce type de livres qui sont surtout biographiques se lit beaucoup. C’était très à la mode dans les années 1990, ça continue à beaucoup se vendre. »

Est-ce que les livres sont chers en République tchèque ?

Photo: Anne-Claire Veluire
PH : « Je ne trouve pas. Le prix du livre augmente mais à mon avis, le niveau du prix du livre actuellement est l’équivalent d’un billet de cinéma, ou de théâtre, bien que le théâtre soit un peu plus cher. Disons que c’est comme un billet pour un film dans un multiplex, c’est à peu près la même chose. Donc je ne trouve pas que les livres soient très chers. »

Qu’en est-il des réseaux de distribution ? Y-a-t-il beaucoup de librairies, les gens s’y rendent-ils beaucoup ? Comment cela se passe-t-il pour vous avec les distributeurs ?

AC : « Je crois que la distribution est un grand problème ici parce que souvent nos livres ont des problèmes pour être vendus hors de Prague, en province. Nous n’avons pas notre propre distributeur. Les maisons d’édition qui ont leur propre distributeur sont toujours mieux distribuées, dons c’est un peu problématique. Il faudrait s’organiser entre les petites maisons d’édition pour améliorer la situation. »

Nous sommes aujourd’hui à la foire du livre, au salon du livre de Prague. Est-ce important pour vous de participer à cet évènement ? Qu’est-ce que cela apporte à une maison d’édition comme la vôtre ?

PH : « Chaque année, on voit l’évolution du marché, on voit les nouvelles maisons d’édition, les nouveaux livres. C’est un point de comparaison pour voir ce qui s’est passé sur le marché du livre pendant un an. Si vous regardez avec un regard expérimenté, vous voyez que tel éditeur a fait un grand pas en avant, ou qu’un autre est absent. On voit un peu l’état du marché tchèque du livre. »

Photo: Anne-Claire Veluire
AC : « Ce qui est important pour nous, qui faisons des livres, qui choisissons des titres, c’est de voir les lecteurs. On vend nos livres dans ce salon, comme au salon du livre de Paris, et à la différence de celui de Francfort où c’est seulement des rencontres entre professionnels. On est donc en contact avec les lecteurs, ce qui est très important parce qu’on voit qui sont nos lecteurs, qu’est-ce qu’ils préfèrent, ce qu’ils lisent. On discute beaucoup avec les lecteurs qui viennent sur notre stand et ça, c’est intéressant pour nous, pour voir ce que nous devons améliorer. »

PH : « C’est un peu la raison d’être pour nous, de voir les gens qui consultent les livres et qui en parlent avec nous. Ca nous donne notre raison d’être et l’énergie d’exister et de continuer. »