Coronavirus : pas encore critique, la situation dans les hôpitaux devient tendue

Photo : ČTK / Ondřej Deml

La République tchèque reste le pays de l'Union européenne le plus touché par le nouveau coronavirus par rapport à sa population au cours des deux dernières semaines. L’engorgement des hôpitaux et le manque de personnel médical sont les principales sources d’inquiétude des autorités. La courbe des hospitalisations qui poursuit sa forte ascension en Tchéquie pourrait culminer vers la mi-novembre. Elle laisse craindre le pire aux hôpitaux dont les capacités d’accueil sont épuisées à 80% selon le ministre de la Santé.

Photo : ČTK / Ondřej Deml

Alors qu’un reconfinement du pays a été mis en place par le gouvernement dès ce jeudi, pour freiner la propagation désormais incontrôlable du coronavirus, la situation devient tendue selon certains soignants. Parmi eux Šarka Štěpánková, infirmière en soins intensifs à l’hôpital de Náchod, en Bohême de l’Est :

« Au printemps dernier, nous étions complètement préparé dans notre hôpital, le service des soins intensifs était destiné uniquement aux patients atteints du Covid. Nous avons eu tout l’équipement nécessaire, nous avons appris à l’utiliser, à nous habiller comme il faut pour prévenir le risque de contamination… Au vu de la situation actuelle, ce n’était qu’un exercice. Ce n’est que maintenant que tout a commencé pour de vrai… et ce n’est pas facile. »

Photo : ČTK / Ondřej Deml

« Ce qui me touche le plus, c’est quand je vois de nombreux patients qui vont relativement bien, qui communiquent et même plaisantent avec nous. Soudainement, leur état de santé se détériore devant nos yeux au point qu’ils doivent être placés sous respiration artificielle. Avant l’épidémie de Covid, je n’étais pas habituée à voir cela. »

Tout comme les autres établissements de santé, l’hôpital de Náchod est en manque d’effectifs, et plus particulièrement de personnel spécialisé en soins intensifs. Šarka Štěpánková explique :

L’hôpital de Náchod, photo : ČTK / David Taneček

« Notre unité Covid compte en tout 90 infirmières, dont une trentaine sont hautement spécialisées et travaillent normalement en réanimation. Les autres infirmières proviennent des autres services et viennent nous aider après leur travail, pendant leur temps libre. Elles sont formées sur le tas, en soins intensifs. L’unité peut accueillir 20 patients. Actuellement, 16 lits sont occupés. Nous assurons des services de 12 heures, pendant lesquels une infirmière prend en charge quatre patients. »

Pour faire face à l’afflux de malades, un hôpital de campagne avec plusieurs centaines de lits est en train d'être installé à Letňany, dans la banlieue de Prague. Une solution « réaliste » selon Jan Kvaček, directeur de l’un des plus grands hôpitaux de la capitale, Nemocnice Na Bulovce. Spécialisée dans le traitement des maladies infectieuses, la clinique peut prendre en charge jusqu’à 250 malades du Covid, dont une quarantaine nécessitant des soins lourds. Jan Kvaček fait le point de la situation actuelle dans son hôpital :

Jan Kvaček, photo : Jessica Petrů, ČRo

« Début octobre, nous nous sommes occupés de 42 malades du Covid. Ce nombre a augmenté à 76. Le nombre de patients sous respiration artificielle reste stable : il varie autour de 13, alors pour l’instant, notre capacité d’accueil reste suffisante. Toutefois, si une partie  importante de notre personnel tombait malade, cela nous poserait de graves problèmes. »

Des étudiants en médecine, de futures infirmières, ainsi que celles qui sont à la retraite ou ont un autre parcours professionnel : ils viennent tous en aide à leurs collègues surchargés. Médecin de profession, le maire de Prague Zdeněk Hřib a lui aussi annoncé avoir repris le service dans une clinique de la capitale, tandis que le prêtre et philosophe Tomáš Halík a lancé un appel aux étudiants en théologie et aux séminaristes pour renforcer les équipes dans les établissements de soin.

Auteurs: Magdalena Hrozínková , Šárka Fenyková , Jan Bumba
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