5 ans après le Covid-19 : quelles régions tchèques ont vu leur espérance de vie chuter le plus ?
Le 1er mars 2020, les autorités sanitaires tchèques confirmaient les trois premiers cas d’infection par le virus SARS-CoV-2, à l’origine du Covid-19. Depuis cinq ans, plus de 4,8 millions de cas de la maladie ont été recensés dans le pays. Avec plus de 43 000 décès liés au coronavirus, la Tchéquie fait partie des pays les plus meurtris au monde, proportionnellement à leur population.
Publiée cette semaine dans la revue scientifique Applied Geography, l’étude réalisée par l’Institut national SYRI a révélé que la pandémie avait encore accentué les inégalités régionales en matière de mortalité : le nord-ouest de la Bohême et l’est de la Moravie, soient les régions vulnérables du point de vue socio-économique, ont été les plus touchées par la surmortalité pendant la crise sanitaire, à la différence des grandes villes telles que Prague ou Brno.
Entre 2018 et 2019, le taux de mortalité sur deux ans s’élevait en Tchéquie à 13,66 décès pour 1 000 habitants, alors que pendant la pandémie, plus précisément entre 2020 et 2021, il est passé à 15,88 décès (pour 1 000 habitants), soit une augmentation de 16,2 %.
« Les chiffres confirment l’aggravation des disparités régionales en Tchéquie pendant la crise sanitaire », a déclaré une des auteures de l’étude, Pavlína Netrdová de l’Institut SYRI et de la Faculté des Sciences naturelles de l’Université Charles.
Les scientifiques soulignent que dans le nord-ouest de la Bohême, c’est-à-dire dans les régions de Karlovy Vary et d’Ústí nad Labem, l’espérance de vie était faible déjà avant la pandémie. Les districts de Sokolov, Most, Chomutov, Teplice, Louny ou Děčín se distinguent également par un taux de chômage particulièrement élevé et un faible taux d’instruction qui, comme l’ont remarqué les spécialistes, ne permet souvent pas de travailler à distance.
Les auteures de l’étude estiment encore que ce climat social défavorable est lié à un manque de confiance et de respect général envers l’Etat et ses institutions. Cet aspect s’est manifesté notamment pendant la crise du Covid-19, par un rejet des mesures sanitaires imposées par les autorités. Le sociologue Tomáš Kostelecký remarque à ce propos :
« Je pense que la pandémie de COVID-19 a eu un impact majeur sur la confiance de la population dans les institutions. Tout d’abord, elle a réduit la confiance dans certaines institutions établies, elle a même réduit la confiance dans la vaccination en tant que telle. Cela a eu un effet à plus long terme. La pandémie a aussi réduit la confiance dans la capacité de l’État à réagir aux situations exceptionnelles, mais en revanche, elle a renforcé la confiance dans la société civile et ses initiatives capables de mettre en place leurs propres mécanismes efficaces. C’est une tendance sans doute positive. »
Dans l’est de la Moravie, donc dans les régions de Moravie-Silésie et de Zlín, le refus de la vaccination contre le Covid-19 est très marqué, comme le révèle l’étude de l’institut SYRI. Tomáš Kostelecký remet cette controverse vaccinale dans le contexte :
« La pandémie a été l’occasion d’intensifier la guerre hybride. On se souvient encore de ces longs débats au sujet de l’efficacité et des risques de la vaccination. Or ces débats n’ont pas été initiés par les cercles officiels ou par les médias traditionnels. Ces propos se sont diffusés via des e-mails sur Internet. Les mêmes mécanismes sont utilisés actuellement pour remettre en question, par exemple, notre soutien de l’Ukraine. La pandémie a juste permis à certaines puissances de tester ces méthodes qui se sont avérées efficaces et qui continuent donc d’être utilisées. »
Dans son étude, l’institut SYRI apporte enfin une série de recommandations qui pourraient permettre de prendre des décisions efficaces lors de futures crises sanitaires : elles concernent notamment une prévention ciblée sur les populations vulnérables ou encore l’organisation de campagnes de vaccination.






