Courage, vaillance, humanité et justice récompensées par le prix Arnošt Lustig

Bedřich Utitz, photo: ČTK

Vétéran de guerre, journaliste et éditeur en exil, Bedřich Utitz a reçu le prix Arnošt Lustig le weekend dernier à Prague. Décerné tous les ans par la Chambre de commerce tchéco-israélienne, le prix a été attribué pour la première fois en 2012 à l’occasion du premier anniversaire de la mort du célèbre écrivain tchèque, Arnošt Lustig.

Bedřich Utitz, photo: ČTK
Au micro de Radio Prague, le président de la chambre de commerce, Pavel Smutný, explique tout d’abord d’où est venue l’inspiration pour la création de ce prix, qui ne se veut pas être un prix littéraire, malgré le fait qu’il porte le nom d’un écrivain :

« Nous avons souhaité créer un prix pour rappeler ses qualités extraordinaires. Du débat que nous avons mené sont sorties quatre qualités. La première, c’est bien le courage. Il s’agit du courage de mener l’action. Ensuite, la vaillance : pour subir ou pour vivre les conséquences de ce courage. Et puis, l’humanité, parce qu’Hitler était aussi vaillant et courageux cela est sûr, c’est pour cela que nous ajoutons l’humanité et la justice. Toutes ces quatre valeurs représentent pour nous un héros. »

Bedřich Utitz et Pavel Smutný, photo: ČTK
Finalement, le choix de nommer ce prix selon l’écrivain tchèque d’origine juive Arnošt Lustig était presqu’une évidence pour Pavel Smutný. Rescapé des camps de concentration nazis, Arnošt Lustig a consacré son œuvre artistique au témoignage de ce qu’il avait vécu. Il a honoré par sa vie les quatre vertus pour lesquelles le prix est attribué. Et puis, il était également un membre d’honneur de la Chambre de commerce tchéco-israélienne.

Les candidats au prix Arnošt Lustig sont désignés par un comité composé de quinze personnalités tchèques, parmi eux se trouve la sociologue Jiřina Šiklová, l’ancien ministre de l’Industrie Miroslav Grégr ou encore Ilja Kotík, médecin personnel du président Václav Havel ainsi que d’Arnošt Lustig.

Le prix n’est pas attribué à titre posthume et son lauréat doit être Tchèque. Cette année le jury a désigné Bedřich Utitz, vétéran de guerre, journaliste et éditeur. Il a également travaillé en tant que chef des émissions en langues étrangères de la Radio tchèque. Pavel Smutný présente sa vie en grandes lignes :

Pavel Smutný, photo: MZV ČR
« Du haut de ses 94 ans, Bedřich Utitz représente une trace verticale de l’histoire du XXe siècle. C’est un héros militaire, il s’est battu à Tobrouk ainsi qu’à Dunkerque. Suite à quoi il est rentré au pays, où il a travaillé en tant que journaliste. Il a dû quitter encore une fois le pays en 1968 au moment de l’invasion soviétique. Il a donc vécu deux immigrations. Il est parti pour l’Allemagne fédérale. A Cologne il a fondé la maison d’édition Index, par le biais de laquelle il a publié 230 ou 240 livres d’auteurs tchèques interdits par les communistes et d’auteurs étrangers traduits en tchèque. Il a travaillé pour l’esprit tchèque. Sa vie est un exemple de courage et de vaillance parce qu’il était militaire et un combattant contre les Nazis. C’était un exemple de l’humanisme et de la justice car tout ce qu’il a fait était juste et humaniste. »

La nomination de Bedřich Utitz a été proposée par la sociologue Jiřina Šiklová et sa désignation a été unanime. Il a reçu le prix des mains du Premier ministre Bohuslav Sobotka. Les lauréats des années précédentes ont été l’évêque et le résistant anti-communiste, Václav Malý, et la présentatrice de télévision qui avait annoncé l’invasion des chars soviétiques en 1968, Kamila Moučková.