Cuba : « C'est après avoir lu Václav Havel que j'ai su que ça valait la peine d’entrer en dissidence »

José Daniel Ferrer

Les négociations entre La Havane et Washington semblent infructueuses ces derniers jours, entre l’extension par l’administration américaine de la liste des organismes gouvernementaux et des individus sous sanction et le régime cubain qui prédit un « bain de sang » en cas d’attaque orchestrée par la Maison Blanche.

Le secrétaire général et fondateur de l’Union Patriotique de Cuba (UNPACU), l’exilé et ancien prisonnier politique José Daniel Ferrer, souvent considéré comme la figure la plus importante de la dissidence cubaine actuelle, a décrit au micro de RPI la situation dramatique que traverse son pays et expliqué pourquoi il défend une intervention militaire américaine au plus vite, tout en étant conscient des risques illustrés par les opérations de Donald Trump au Venezuela et en Iran.

José Daniel Ferrer a d’abord raconté ce qui l’avait aidé à tenir malgré tant d'années de prison, tant de coups et de mauvais traitements :

José Daniel Ferrer  | Photo: Hana Řeháková,  Radio Prague Int.

« La littérature, la littérature a été mon principal allié depuis l'âge de 12 ou 13 ans. Dans la littérature, j'ai toujours trouvé l'exemple de l'altruisme, du dévouement, du sacrifice qui vous dit : « Hé, s'ils ont pu le faire, vous devez essayer aussi et vous devez réussir. Vous ne pouvez pas vous laisser intimider, vous ne pouvez pas les laisser vous écraser, vous humilier, briser votre volonté.

On trouve de nombreux exemples dans la littérature d'Europe de l'Est. En 2016, lors de mon séjour à Prague, l'une de mes premières actions fut de rendre un hommage humble mais sincère à Václav Havel, au cimetière où repose sa dépouille. Et je l'ai fait pour une raison très importante, outre le fait que je l'ai toujours admiré comme dissident et intellectuel : j'ai toujours admiré sa personnalité, son engagement envers son peuple, sa contribution au processus de démocratisation en Tchécoslovaquie, puis en tant que dirigeant de la République tchèque. »

Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, et ce ne sera pas la première fois : ce n'est qu'après avoir lu Le Pouvoir des sans-pouvoir que je me suis pleinement engagé. Sans ce livre, j'aurais peut-être passé des années à me demander si cela valait la peine de tout risquer pour la liberté d'un peuple qui se comporte souvent comme s'il prenait plaisir à vivre en esclave, comme s'il se complaisait à vivre sans droits, sans liberté. Et quand j'ai lu Le Pouvoir des sans-pouvoir, je me suis dit : 'Oui, cela en vaut la peine'. Cela vaut la peine de se battre, et nous pouvons y arriver, car nous avons le pouvoir si nous savons comment faire ce qu'il faut. Nous pouvons avoir suffisamment de pouvoir pour maîtriser notre présent et bâtir un avenir meilleur. »

José Daniel Ferrer au ministère des Affaires étrangères | Photo: Archives de José Daniel Ferrer

Rare de rencontrer un dissident cubain qui ne connaisse pas l'œuvre de Havel

C’est précisément en raison de ce passé communiste que partage également la Tchéquie, et de la figure de Václav Havel, qu’il semble exister un lien assez particulier entre Prague et les dissidents cubains.

'Le Pouvoir des sans-pouvoir' | Photo: Encuentro

« S'il est vrai que nous avons toujours manifesté une grande solidarité avec le peuple cubain de la part de toutes les nations d'Europe centrale et orientale ayant subi le joug communiste, la République tchèque a toujours été parmi les plus solidaires. Lorsque j'ai lu Le Pouvoir des sans-pouvoir, à l'âge de 22 ans, si ma mémoire est bonne, l'une de mes premières pensées a été : 'comment a-t-il pu le définir avec une telle profondeur ?'. J'ai le sentiment de vivre la même chose, mais si je devais l'expliquer, je ne m'en sortirais pas aussi bien. Il est rare de rencontrer un dissident cubain, un opposant pro-démocratie à Cuba, qui ne connaisse pas l'œuvre de Havel et qui ne soit pas reconnaissant envers la République tchèque.

Parmi les nombreux exemples que l'on pourrait citer, le régime cubain est allé jusqu'à mobiliser des centaines de travailleurs et d'étudiants, sous la pression, pour manifester devant l'ambassade de République tchèque à La Havane, l'accusant de mener des activités contre-révolutionnaires qu'il ne pouvait tolérer. Nul ne peut mieux comprendre la situation à Cuba que ceux qui ont vécu sous un régime similaire. »

José Daniel Ferrer est également revenu sur son programme pendant son séjour dans la capitale tchèque :

José Daniel Ferrer avec Filip Vurm  (à gauche) | Photo: Archives de José Daniel Ferrer

« Nous sommes déjà allés au ministère des Affaires étrangères. Nous avons rencontré le vice-ministre et plus de six hauts fonctionnaires, dont certains que je n'avais pas vus depuis plus de dix ans, comme Filip Vurm. Mon ami František Fleišman est actuellement à Madrid, paraît-il. Nous avons beaucoup d'amis, de vieilles connaissances.

Je suis allé au Parlement et nous avons encore beaucoup à faire, mais je souhaite aussi trouver le temps de retourner sur la tombe de Havel. J'y étais il y a dix ans et je pensais qu'à mon retour à Prague, Cuba serait libre et démocratique, en pleine reconstruction. Or, je suis revenu près de dix ans plus tard et Cuba est bien pire qu'il y a dix ans : plus de répression, plus de misère, plus d'oppression. Tout est bien pire qu'il y a dix ans à Cuba. Et je souhaite revenir, je souhaite rendre un hommage humble mais sincère à Havel, qui, comme je l'ai dit, est un modèle pour nous et une personne que nous admirons pour son œuvre remarquable et son engagement de toute une vie en faveur de la liberté. »

Pour l’entretien dans son intégralité en espagnol avec José Daniel Ferrer, cliquer ici : https://espanol.radio.cz