Dans un même bateau face à l’Etat islamique

Irak, photo: ČTK

Les médias tchèques commentent largement les conflits au Moyen Orient et en Ukraine. Pour certains, la Tchéquie ne devrait pas se sentir à l’abri du danger lié à l’Etat islamique et aux djihadistes. Quant à l’Ukraine, un quotidien s’est demandé comment les Russes établis en République tchèque perçoivent la situation. Un sujet plus léger enfin, après une absence de cent ans sur le territoire tchèque, les loups ont fait leur réapparition dans le pays. Tels sont les sujets que nous avons retenus dans la presse, écrite ou électronique, de ces derniers jours.

Irak,  photo: ČTK
« L’Etat islamique ne cesse de s’élargir et d’acquérir des alliés en Asie du Sud-Est et en Afrique. Le monde a l’ultime chance d’intervenir, sans égard aux intérêts locaux ou aux antagonismes entre différentes parties qui, soudainement, se sont retrouvées dans un même bateau. En effet, le danger auquel la civilisation est confrontée est très grand. »

C’est ce que constate le journaliste Robert Mikoláš dans une analyse publiée sur le site ihned.cz, une de celles qui sont consacrées dans la presse à ce sujet, centre de préoccupation dans l’actualité mondiale. L’édition de samedi dernier du quotidien Právo a publié pour sa part une longue interview avec Hynek Kmoníček, directeur de la section des affaires étrangères de la chancellerie présidentielle. Considérant que l’Etat islamique constitue une menace mortelle, il a précisé :

« Ledit Etat islamique constitue désormais un nouveau type de menace, un nouveau type d’animal que nous n’avons à ce jour jamais affronté. C’est une formation bien pire qu’Al-Qaïda... L’Etat islamique est édifié sur des principes qui diffèrent foncièrement des principes de politique mondiale mis en valeur depuis le Congrès de Vienne de 1815 qui veulent que ce soient les nations qui forment les Etats. Donc, à la place d’un Etat national, l’Etat islamique donne naissance à un Etat confessionnel. »

Selon Hynek Kmoníček, il ne s’agit plus « seulement » d’une menace sécuritaire, mais d’une menace de la base conceptuelle des relations internationales. Or, l’Etat islamique constitue un danger pour le monde entier et comme tel il faut le détruire, car cela correspond aux intérêts de tous les Etats nationaux. Il explique également que la République tchèque, elle non plus, n’est pas à l’écart de ce danger. Il explique pourquoi :

« L’idée que certains en Tchéquie défendent, estimant que nous pouvons demeurer dans notre petit pays à l’abri d’une intrusion malveillant de l’Est, que tout ceci ne nous regarde pas, est naïve... Au XXIe siècle, les choses ne fonctionnent pas comme ça. L’Etat islamique représente pour nous un danger aussi grand que pour les autres Etats. »

Ceci dit, Hynek Kmoníček considère que la République tchèque n’est pas en ce moment directement menacée par des actes terroristes, ce qui ne veut pas pour autant dire qu’un jour, la situation ne puisse pas changer.

Quelle perception de la crise ukrainienne pour les Russes établies en Tchéquie ?

La présence d’agents russes en République tchèque. Tel est le principal sujet d’un entretien publié récemment dans les pages du quotidien Lidové noviny avec Alexej Kelin, représentant de la minorité russe dans le pays, descendant de cosaques russes qui s’étaient établis avant la Deuxième Guerre mondiale dans l’ancienne Tchécoslovaquie. Dans cet entretien, il a dit notamment :

Alexej Kelin,  photo: ČT
« L’Etat devrait s’occuper promptement de la propagande russe en Tchéquie, car elle représente un risque sécuritaire pour le pays. Elle influence, aussi, les Russes qui y ont trouvé refuge pour fuir la Russie de Poutine. »

Une réponse à la question de savoir pourquoi ces gens se soumettent à la propagande russe n’est pas simple, selon Alexej Kelin. Il donne toutefois quelques explications :

« Les Russes qui sont venus en Tchéquie au cours des dernières années diffèrent des nouveaux riches qui y venaient dans les années 1990. Il s’agit pour la plupart de gens appartenant à la classe moyenne. Aujourd’hui, on les voit déçus tant par la Russie que par la réalité qu’ils trouvent ici... De ce fait, ils constituent une très bonne cible pour la propagande russe, car la télévision, les journaux ou les réseaux sociaux qu’ils privilégient diffusent leurs informations en langue russe. Tout ce large espace est ingénieusement et professionnellement orchestré par la propagande de l’administration russe. A noter aussi que beaucoup perçoivent l’animosité des démocraties occidentales à l’égard du régime autoritaire en Russie comme une animosité envers la nation russe et ainsi envers eux-mêmes. »

D’après le représentant de la minorité russe en Tchéquie, ce sont les journaux en langue russe diffusés en Tchéquie et financés par la Russie qui se présentent comme l’instrument le plus efficace de cette propagande. Or, un travail éducatif, puisant son inspiration dans la parfaite adaptation de la première vague de l’émigration russe venue dans le pays dans les années 1920, serait pour lui un chemin menant vers une plus grande loyauté des Russes établis en Tchéquie à l’égard de l’Etat tchèque.

Les Tchèques sont-ils enclins à prêter oreille aux informations "tendancieuses" ?

Josef Pazderka,  photo: ČT
Dans un entretien pour le site aktuálně.cz, le correspondant de la Télévision tchèque en Russie, Josef Pazderka, émet l’idée que même les Tchèques, y compris les politiciens, sont dans une certaine mesure enclins à prêter oreille aux informations "tendancieuses" soumises par la propagande russe. Il explique pourquoi :

« Il s’agit peut-être d’une sorte d’adaptation ou d’affinité envers la Russie, ou encore d’un signe d’anti-américanisme... On a peut-être également affaire à l’absence tchèque de volonté de donner aux choses une interprétation et de décider ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Le pragmatisme et la capacité de tenir une distance par rapport aux événements sont des traits typiques de la mentalité nationale. Parfois, une telle approche est préjudiciable. »

Dans ce même entretien, le journaliste dénonce l’insuffisance d’informations objectives et vérifiées dont disposent parfois les politiciens tchèques, ce qui serait la principale cause d’un débat local non initié et peu qualifié sur la crise dans la région.

Retour des loups sur le territoire tchèque

Photo: Archives de Radio Prague
Finie l’absence des loups dans les pays tchèques. Ils signent leur retour, 84 ans après que le dernier d’entre eux a été abattu en mars 1914. Plusieurs loups, venus au hasard de Slovaquie, sont apparus dans les monts des Beskides, dans le nord de la Moravie. Une meute de loups a été finalement repérée et photographiée ces jours-ci, aussi, dans la région de Kokořín, une région protégée située non loin de Prague. La semaine dernière, le journal Lidové noviny a publié à ce sujet un article de la plume du biologiste Jaroslav Petr qui explique les raisons de ce retour :

« Le retour des loups ne concerne pas seulement les pays tchèques, car leur comeback est marquant à de nombreux endroits de l’Europe, en Allemagne, en Belgique, au Danemark, dans les Pays-Bas ou en Espagne. La réapparition des loups et d’autres bêtes sauvages, comme le lynx ou l’ours, est certainement en rapport avec une meilleure protection de la nature. Mais il faut aussi mentionner le concours d’autres facteurs qui ont permis ce retour, comme, par exemple, le déclin du pâturage, le dépeuplement de la campagne qui a donné une chance à ces animaux, et notamment aux loups, de proliférer. »

Jaroslav Petr souligne que le destin des loups tchèques est cependant incertain, bien qu’il s’agisse d’animaux protégés, car la société, souvent en proie à l’idée qu’elle s’est faite sur les loups sur la base du conte du Chaperon rouge, les voit d’un œil hostile. Ce sont également les transports routiers qui représentent une menace pour les loups qui sont habitués à parcourir de longues distances. Et le biologiste de noter en conclusion :

« Il n’y a aucun doute que les loups sont de retour. Mais seul le temps montrera s’ils deviendront partie intégrante de la faune tchèque et morave. »