Des attentes prudentes pour le gouvernement d’Andrej Babiš

Andrej Babiš, foto: ČTK / Michal Kamaryt

Que peut-on attendre du gouvernement d’Andrej Babiš qui a récemment obtenu la confiance à la Chambre des députés ? Une question qui a cette semaine préoccupé l’ensemble des médias tchèques. Cette nouvelle revue de presse vous en présentera quelques extraits. Il y sera aussi question de ces hommes et de ces femmes tchèques, qui épousent plus souvent que jadis des ressortissants étrangers. Nous nous pencherons ensuite sur les retombées d’une éventuelle nouvelle crise économique sur la Tchéquie, et sur la Croatie, pays de prédilection des touristes tchèques. Quelques mots aussi sur le football tchèque qui ne vit pas une période glorieuse.

Andrej Babiš, photo: ČTK
Dans l’hebdomadaire Respekt, Radek Špicar, vice-président de l’Union de l’industrie et des transports de la RT a, salué l’ambition du nouveau gouvernement de participer à l’amélioration de la protection de la frontière extérieure de l’Union européenne, la circulation libre en son sein ayant pour le commerce tchèque une importance clé. Dans un texte mis en ligne sur le site aktualne.cz, l’économiste Tomáš Prouza estime pour sa part qu’Andrej Babiš ne devrait pas enfermer la Tchéquie « dans le groupe toxique V4 ». Il explique :

« Pour pouvoir imposer ses intérêts, la Tchéquie doit chercher des partenaires qui ont la force de l’aider à y arriver. La République tchèque devrait acquérir l’image d’un pays qui veut participer à trouver des solutions aux problèmes plutôt que de les aggraver. En ce qui concerne la crise migratoire, le nouveau gouvernement pourrait, par exemple, augmenter son soutien au développement et offrir à l’Italie et à la Grèce l’aide dont elles ont besoin. De même, il est souhaitable qu’il trouve assez de courage pour commencer à s’approcher de la zone euro. »

L’éditorial du quotidien Mladá fronta Dnes de ce jeudi met pour sa part l’accent sur l’importance de la prochaine rencontre entre le Premier ministre tchèque et son homologue italien Guiseppe Conte au sujet de la migration illégale.

Les couples « internationaux » se font de plus en plus nombreux en Tchéquie

Photo illustrative: CzechTourism
Depuis 2010, le nombre de Tchèques qui ont épousé un ressortissant étranger a augmenté de près de 20%. Les femmes tchèques ont, au cours de cette période, majoritairement épousé des hommes slovaques, allemands et britanniques. Les hommes tchèques se sont quant à eux plutôt mariés avec des femmes slovaques, ukraniennes et russes. En dépit de cette tendance marquante, les couples dont l’un des époux est ressortissant d’un « pays tierce » doivent affronter un certain nombre de difficultés pour pouvoir vivre ensemble en République tchèque. C’est ce qu’indique un des récents numéros du quotidien Lidové noviny qui précise:

« Ceux et celles qui ne sont pas issus d’un pays de l’Union européenne et qui épousent un Tchèque ou une Tchèque sont d’abord censés demander une autorisation de séjour leur permettant de rester en Tchéquie au-delà de 90 jours. Et c’est ensuite qu‘ils peuvent demander un permis de séjour durable. Une procédure gérée par la police des étrangers et qui, souvent, traîne et s’avère compliquée. Parfois certains resortissants étrangers, ceux venant d‘Ukraine notamment, doivent attendre jusqu’à cinq ans pour recevoir ce permis. »

Compte tenu de la situation démographique défavorable de la République tchèque, cette approche donne à réfléchir selon le quotidien. Il constate qu’au moment où la société et les politiques craignent les immigrés d’Afrique et d’Asie, les nouveaux-venus de l’Ukraine et de Russie constituent une possibilité de garantir à la population des retraites décentes et d’assurer aux différents groupes et entreprises une main d’oeuvre qui manque.

Une nouvelle crise économique globale àvenir ?

Photo illustrative: Idea go / FreeDigitalPhotos.net
Avec la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Union européenne se dessine la possibilité d’une nouvelle crise économique globale. Si elle venait à se produire, la Tchéquie serait l‘un des pays les plus touchés dans le monde. Dans un entretien pour l’hebdomadaire Ekonom, l’économiste Pavel Kysilka a expliqué pourquoi:

« Une éventuelle crise économique globale aurait des retombées sociales et politiques. Elle serait pourtant d’un autre type que celle que nous avons connue il y a dix ans. Beaucoup de pays, y compris la Tchéquie, dépendent foncièrement des exportations. Or, avec une nouvelle crise, le commerce international serait confronté à des barrières financières, ce qui mènerait à l’augmentation du chômage et à la croissance des problèmes sociaux. La crise ʽlehmanienneʼ d’il y a dix ans a commencé par une crise bancaire qui s‘est transformée en une crise économique et budgétaire. Cette fois-ci, c’est la crise commerciale qui déclencherait une crise économique débouchant sur une crise financière. Le monde se trouverait alors dans un cercle vicieux dont il aurait du mal à se sortir. La Tchéquie dispose de l‘une des économies les plus ouvertes au monde, voilà pourquoi elle est aussi l’une des plus vulnérables. Donald Trump a beaucoup de sympathisants dans notre pays, mais dans ce domaine, sa politique est en contradiction directe avec les intérêts de notre pays. »

Et l’économiste de souligner l’importance de l’appartenance de la Tchéquie à l’Union européenne, car, selon lui, « faire partie d’une grande communauté exempte de barrières répond à son intérêt vital » et cela, en dépit du fait qu’elle n’ait pas encore entièrement mis en œuvre une circulation libre des services et de la main d’oeuvre en son sein.

La Croatie, destination privilégiés des touristes tchèques

Photo: Archives de Radio Prague
Avec le début des vacances scolaires, des centaines de milliers de Tchèques se sont rendus, comme chaque été, en Croatie. Un récent numéro du supplément Relax du quotidien Lidové noviny s’est penché dans ce contexte sur l’histoire des liens qui existent entre les deux pays:

« Déjà à l’époque de la monarchie austro-hongroise, l’Adriatique avait beaucoup d‘attrait pour les Tchèques, car ils faisaient avec les Croates partie d’un même Etat. C’est à la deuxième moitié du XIXe siècle que des séjours curatifs au bord de la mer Adriatique ont commencé à être régulièrement organisés. Même après l’éclatement de la monarchie, l’habitude d’aller au bord de l’Adriatique n’a pas fléchi, d’autant qu’il s’agissait d’une façon de maintenir la solidarité avec une nation slaves. Fonctionnaires, médecins, juristes, professeurs universitaires, scouts : telles étaient alors les principales catégories de la clientèle tchèque. Une nouvelle étape dans les relations tchéco-croates est survenue après la Deuxième Guerre mondiale avec la création de la République fédérative de Yougoslavie. Celle-ci est demeurée particulièrement prisée comme une destination touristique estivale, les Tchèques l’ayant privilégiée à la Roumanie, à la Bulgarie ou encore à la Pologne et à la RDA, les rares pays qu’ils pouvaient visiter sous le régime communiste. A l’époque, la demande des voyages organisés en Yougoslavie dépassait largement l’offre. »

Depuis deux décennies, la Croatie représente la première destination des touristes tchèques, à l’exception de l’année 2015 où elle a été remplacée par la Slovaquie. L’année écoulée, elle a accueilli près de 850 000 touristes, un chiffre qui risque d’être cette année égalé sinon surmonté.

À quand la résurrection du football tchèque?

Photo illustrative: John Hartley / Freeimages
Avec la fin de la Coupe du monde football qui a vu triompher les Bleus, beaucoup dʼéditorialistes des pages sportives des journaux tchèques ont cherché des explications à l’absence de la sélection tchèque en Russie, et à la crise du football tchèque qui dure depuis près de deux décennies. L’auteur d’un texte publié dans le quotidien économique Hospodářské noviny a voulu savoir pour quelle raison les footballeurs tchèques sont moins performants que ceux de l’Islande, un pays qui est pourtant petit lui aussi:

« Pendant deux semaines, les fans tchèques ont supporté la sélection de l’Islande qui, finalement, ne s’est pas qualifiée pour les huitièmes de finale. Ce constat n’amoindrit pas les sympathies à l’égard des équipes des petits pays, qui peuvent parfois devenir des géants comme cela est arrivé il y a longtemps à la sélection tchèque. En effet, en 1996, les footballeurs tchèques, tout en étant des outsiders, se sont qualifés en finale des championnats d’Europe, tandis qu’en 2004, ils ont été éliminés dans de malheureuses circonstances en demi-finale. Aujourd’hui, tout est différent. Plutôt que de donner des leçons aux Islandais, ce serait plutôt à eux de nous en donner une. »

L’auteur du texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny estime que la mauvaise période du football tchèque va sa prolonger, sauf si une résurrection imprévue et temporaire advient. Selon lui, tous ceux qui ont ces dernières années participé et qui participent à la gestion du football tchèque devraient assumer leurs responsabilités et quitter leurs fonctions, le tout au moment où le football local est isolé des tendances mondiales et où il semble avoir oublié les traditions et les spécificités à l’origine de ses précédents succès sur la scène internationale.