Des parachutes d'or pour des gardiens de prison corrompus

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Il y a quelques jours, les détenus de langue russe ont préparé, dans onze prisons tchèques, une révolte. Cet événement inquiétant témoigne d'une réalité encore plus inquiétante : les gardiens tchèques sont facilement corruptibles. Magdalena Segertova explique...

Etre gardien dans une prison tchèque n'est pas très joyeux : un salaire au dessous de la moyenne et un léger mépris de la société... Il va de soi que les candidats à ce poste ne font pas les queues devant les prisons. Mais les 20 000 incarcérés, il faut bien que quelqu'un les surveille. Voilà pourquoi les gardiens se recrutent souvent parmi les chômeurs dont on ne veut nulle part, des gens qui n'ont même pas passé le bac. Pour gagner plus d'argent que la prison leur propose, ils se font soudoyer. Par exemple, un gardien qui prête à un détenu son téléphone mobile empoche le coût de l'appel multiplié par dix. A la rigueur, on peut payer aussi par cigarettes. Quant à la mutinerie des prisonniers de l'ex-URSS, qui a été, heureusement, conjurée, on sait déjà qu'au moins dix gardiens ont collaboré avec les révoltés. Pas un seul n'a encore été accusé. "Il est assez difficile de prouver la corruption. En réalité, il faut attraper le coupable sur le fait", explique le directeur de la prison pragoise de Ruzyne, Jan Hoffman. Mais ce n'est pas le seul obstacle : il y a un certain temps, plusieurs gardiens corrompus avaient été renvoyés d'une autre prison pragoise, celle de Pankrac. Mais le tribunal a constaté que leurs délits n'étaient pas suffisamment prouvés. Par conséquent, la direction de la prison a dû les réintégrer dans leurs postes...

Un autre paradoxe : souvent, à cause des lacunes dans les lois, les gardiens soudoyés sont même "rémunérés" pour leur délit. Avant de se faire renvoyer, ils quittent, eux-mêmes, la prison. Dans ce cas-là, ils ont droit à une belle indemnisation, autrement dit à un "parachute d'or". Comme ce jeune gardien corrompu de Ceske Budejovice, qui recevra de la part de l'Etat 5 000 couronnes par mois, et ceci jusqu'à la fin de sa vie...

Il est vrai que certains gardiens sont victimes d'un chantage, étant donné qu'en République tchèque, les criminels sont incarcérés dans la prison la plus proche de leur domicile. Il est courant que les deux familles, celles du détenu et du gardien, habitent dans le même quartier, dans le même immeuble... "Ces problèmes, nous ne les cachons pas. Mais ils n'existent pas seulement dans les prisons. Ils reflètent l'état de toute la société tchèque", constate Bohuslav Burkiewicz de la direction du Service pénitentiaire.

Auteur: Magdalena Segertová
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