Deux initiatives civiques

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Deux pétitions lancées, ces derniers jours, par des associations civiques tchèques démontrent que les citoyens tchèques ne veulent pas rester passifs et désirent s'exprimer sur les problèmes publics. Vaclav Richter.

Plus de 10 000 signatures ont été apposées, déjà, sous la pétition lancée par le mouvement écologique Duha (Arc-en-ciel) contre le projet de réduction du Parc national de Sumava, la grande réserve naturelle située en Bohême du sud-ouest. Des montagnes et des collines, des forêts profondes, dont la forêt vierge de Boubin, des lacs purs - tout cela fait la beauté un peu mélancolique de cette région célébrée par les écrivains Adalbert Stiffter et Karel Klostermann. Le mouvement Duha proteste contre le projet de couper une partie du Parc national de Sumava, loi qui a été rejetée, déjà en juillet, mais qui pourrait être soumise de nouveau à la Chambre des députés, en octobre. La seconde pétition concerne un problème urbanistique. C'est au printemps de 2002, qu'on doit commencer à construire un centre administratif avec quatre tours qui seront les plus hautes en République tchèque. Le plus haut bâtiment doit atteindre 160 mètres. Cet ensemble doit dominer le quartier de Pankrac, à Prague, mais aussi tout le panorama de la capitale tchèque. Parmi les quatre gratte-ciel, il y aura également l'édifice conçu d'abord pour la radio publique tchèque et qui, vendu et remanié, fera partie du centre administratif. L'investisseur allemand, qui prépare la réalisation du projet, la firme allemande ECM, appelle l'ensemble "le Manhattan de Prague" et l'un des gratte-ciel devrait s'appeler même "Tour jumelle". Ces allusions et ces ressemblances risquent, maintenant, de nuire à la firme ECM. Depuis le début, le projet suscitait de nombreuses critiques. Ses adversaires se sont mobilisés, surtout après la catastrophe du World Trade Centre à New York, et leur initiative prend, maintenant, une ampleur inespérée. Nombreux sont ceux qui signent la pétition contre "Le Manhattan de Prague", pétition qui souligne non seulement l'incompatibilité d'une telle architecture avec le caractère urbanistique de la capitale tchèque, mais aussi la fragilité de ce genre de bâtiment face au terrorisme. Parmi les critiques il y a, entre autres, l'architecte Vlado Milunic, auteur de la Maison dansante, édifice controversé, sur le bord de la Vltava, mais aussi le maire de Prague, Jan Kasl. Ce dernier estime qu'à la suite des attaques terroristes aux Etats-Unis, il sera difficile de trouver les firmes prêtes à louer des bureaux dans les tours. Malgré ces arguments l'investisseur fait la sourde oreille et affirme que renoncer maintenant au projet serait une erreur grave. Le maire du 4ème arrondissement de Prague, Zdenek Hovorka, défenseur ardent du projet, va jusqu'à condamner tous ceux qui ont signé la pétition. Toujours est-il que, déjà en 1992, près de 80% des personnes interrogées, lors d'une enquête dans le 4ème arrondissement de Prague, se sont déclarés hostiles à la construction des tours dans leur quartier.